Bernard Tapie veut licencier le principal syndicaliste de La Provence

Actualité
le 16 Nov 2018
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Le patron du journal reproche au représentant du personnel d'avoir enregistré la séance du conseil d'administration. Le Syndicat national des journalistes, auquel appartient ce salarié, dénonce une décision "disproportionnée et inacceptable". La grève reconductible a été votée lundi 19 novembre.

Bernard Tapie jouait les hommes sandwiches au Salon de l'auto en 2014. Photo : Esther Griffe.

Bernard Tapie jouait les hommes sandwiches au Salon de l'auto en 2014. Photo : Esther Griffe.

Actualisation le 19 novembre : « C’est juste historique », lance une salariée peu après le vote à bulletins secrets. L’assemblée générale (AG) du journal La Provence a voté lundi 19 novembre la grève contre le licenciement annoncé par Bernard Tapie du syndicaliste Serge Mercier par 161 voix pour et 155 contre. Cette réunion du personnel était convoquée par une intersyndicale de l’entreprise représentant tous les corps de métier. Une nouvelle AG aura lieu ce mardi pour décider de poursuivre ou non le mouvement alors qu’est attendu dans la journée le délibéré du tribunal de commerce de Paris concernant le plan de sauvegarde du groupe Bernard Tapie, propriétaire de La Provence.


La scène se déroule non pas à Marseille mais à Paris d’où Bernard Tapie dirige son journal, La Provence. L’actionnaire principal tient ses conseils d’administration dans son propre appartement de la capitale. Autour de la table ce lundi 12 novembre se trouve, outre les représentants des actionnaires, un représentant du personnel. Serge Mercier, photographe, 35 ans de maison, fait partie de ceux qui depuis longtemps pointent des errements en interne dans la ligne éditoriale comme dans la gestion du personnel. Ce jour-là, son téléphone est sur la table et enregistre les propos tenus. Les actionnaires finissent par s’en apercevoir et lui demandent d’effacer le fichier.

Avec Jean-Christophe Serfati, le PDG qu’il a maintenu après l’affaire des faux billets de football, Bernard Tapie choisit la mesure forte : mise à pied puis convocation à un entretien, la semaine prochaine, en vue d’un licenciement pour faute grave. « On a découvert qu’il enregistrait lorsqu’on a vu son téléphone à la fin du conseil d’administration. C’est une faute grave ! », assure Jean-Christophe Serfati, joint par nos soins. Dans un courrier adressé au personnel, que Marsactu a pu consulter, il semble imputer à Serge Mercier l’intention de faire fuiter l’enregistrement dans la presse.

Un conflit de longue date

« La volonté de le virer, elle ne date pas d’aujourd’hui », rappelle une source proche de l’actionnaire principal. Déjà, lorsque le responsable syndical avait dénoncé l’irréalisme du plan de redressement de Bernard Tapie pour éviter la liquidation de ses sociétés devant le tribunal de commerce de Paris, le patron l’avait vivement insulté et menacé de le virer. Selon nos informations, des tensions internes étaient alors nées entre l’actionnaire principal et le DRH du journal, Michel Clau, qui rappelait les règles relatives aux salariés protégés car élus du personnel.

Mais cette fois, la direction pense avoir trouvé un biais. Jean-Christophe Serfati cite l’article L225-37 du Code du commerce et l’article L226-1 du Code pénal. Le premier stipule que « les administrateurs, ainsi que toute personne appelée à assister aux réunions du conseil d’administration, sont tenus à la discrétion à l’égard des informations présentant un caractère confidentiel et données comme telles par le président du conseil d’administration ». Le second punit « l’enregistrement sans le consentement de leur auteur, des paroles prononcées à titre privé ou confidentiel ». Il estime que cela permettra à l’inspection du travail, compétente en la matière, d’autoriser le licenciement de l’intéressé.

« Le seul à avoir le cran de contredire Tapie »

L’intersyndicale de La Provence, avec le Syndicat national des journalistes, auquel appartient Serge Mercier, ne l’entend pas ainsi. Dans un communiqué, elle dénonce une décision « disproportionnée et inacceptable eu égard à « la faute » invoquée et au parcours professionnel exemplaire de notre confrère dans l’entreprise ». Estimant qu’il ne s’agissait là que d’une aide à la prises de notes, elle appelle en conséquence sa hiérarchie à « revoir sa position en levant cette mise à pied et la menace de licenciement ». Elle prépare aussi une assemblée générale qui aura lieu lundi à la mi-journée.

Dans un contexte où le journal est toujours suspendu au sort judiciaire de son patron, les représentants du personnel soulignent que la situation nourrit « un contexte social tendu » où les brimades à l’encontre de ceux qui s’engagent pour représenter leurs collègues sont régulières. L’intersyndicale a pu rencontrer Jean-Christophe Serfati qui n’a pas bougé d’un iota : « Je ne peux pas cautionner ce genre de méthodes », leur a-t-il répété, bien décidé à aller « au bout ». Et le PDG d’assurer à Marsactu : « Si ça avait été quelqu’un d’autre cela aurait été pareil ». Un syndicaliste maison est persuadé du contraire : « Bernard Tapie semble prêt à aller jusqu’à un procès perdu d’avance si ça lui permet d’écarter celui qui est le seul à avoir le cran de le contredire lorsqu’il dit des bêtises ».

(avec Julien Vinzent)

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