Un vote de défiance contre Franz-Olivier Giesbert à La Provence

Info Marsactu
Jean-Marie Leforestier
15 septembre 2017 16

Une consultation organisée par le syndicat SNJ et des journalistes du quotidien a conduit une petite moitié de la rédaction à s'exprimer. 74 d'entre eux ont dit ne pas avoir "confiance" dans le directeur éditorial après plusieurs choix critiqués en interne. Franz-Olivier Giesbert, lui, assume et garde son cap.

Quatre mois et déjà un vote de défiance sur son nom. La greffe Franz-Olivier Giesbert à La Provence ne prend pas aussi bien que l’aurait espéré son actionnaire Bernard Tapie. De mardi à jeudi, les journalistes du quotidien étaient invités à se prononcer sur la question suivante : avez-vous encore confiance en Franz-Olivier Giesbert ? A l’arrivée, 87 journalistes – le journal recense 164 journalistes en CDI et ceux en CDD (que nous n’avons pu chiffrer) étaient aussi invité à voter – ont répondu par mail.

Le résultat n’est sur le papier pas brillant pour l’ancien patron du Point. Seulement six personnes ont affirmé leur confiance au directeur éditorial en charge des projets, sept se sont abstenues et 74 ont voté contre, selon les résultats transmis aux salariés par le syndicat SNJ. « On aurait préféré qu’il y ait plus de participants mais, dans un contexte de pression sur les journalistes, nous sommes fiers que 74 aient relevé la tête », commente Serge Mercier, journaliste et élu SNJ au comité d’entreprise. Joint par Marsactu, Franz-Olivier Giesbert minimise la portée du vote : « C’est tout de même pas terrible. Ils n’ont pas eu énormément de votants. Et les gens qui m’étaient favorables n’ont pas voulu jouer le jeu du SNJ et leur donner du crédit ».

Des choix éditoriaux contestés

L’initiative a été, dit le syndicat, « votée à la majorité des journalistes présents [mardi] soir sur le plateau marseillais » après une réunion infructueuse entre Franz-Olivier Giesbert et des représentants de la rédaction, syndiqués ou non. En cause, une succession de décisions éditoriales qui a suscité le courroux d’une partie de la rédaction, déjà très remontée contre son actionnaire et très inquiète quant à son avenir. « Bilan de ses 100 jours de présence : des positions sur la réforme territoriale qui flirtent avec les politiciens locaux, une « Une » sur les boues rouges totalement hors sujet, un éditorial qui dénonce le travail de la justice dans des affaires marseillaises », liste l’appel au vote du SNJ.

Parmi ses griefs, le désaccord avait été particulièrement marqué concernant l’éditorial (à lire ici) à propos de l’affaire des contrats de l’eau de la communauté urbaine qui ont notamment valu une garde à vue à Martine Vassal et une audition à Jean-Claude Gaudin. Le journaliste fustigeait un parquet national financier qui met en cause « la probité de personnalités qui ont peut-être à ses yeux, entre autres défauts, celui d’être Marseillais ».

Une une qui ne passe pas

Mais ce n’est pas cet épisode qui a déclenché la consultation mais bien la une très critiquée du 5 septembre concernant les malades psychiatriques. « Comment la société les gère : les barjots, les schizos et les autres… », était-il écrit en première page. Des associations de patients et des professionnels de santé ont critiqué vertement un titre discriminatoire et offensant. « Cette consultation, c’est un moyen de dire que les dérapages, ça suffit ! Ça fout en l’air tout le travail de qualité des rédacteurs qui ont travaillé derrière », rage Serge Mercier du SNJ. Dans un éditorial trois jours plus tard, FOG avait dit « assumer ». Il avait présenté ses excuses « si nous avons blessé des personnes en souffrance et leurs familles » pour mieux dénoncer le « politiquement correct qui prétend nous interdire de nommer les problèmes ».

« Pourquoi tant de haine ? »

Franz-Olivier Giesbert a ce jeudi envoyé un communiqué en réponse à cette consultation. Sur la forme, il formule sans détailler « les plus expresses réserves sur les conditions du vote et son organisation » et s’étonne de la tournure prise par les événements : « Pourquoi tant de haine ? C’est la première fois que je suis accusé de n’écouter personne alors que je crois écouter tout le monde et changer facilement d’avis. […] Je ne suis pas arrivé en « sauveur » à La Provence. J’ai beaucoup écouté la rédaction et je n’ai pas fini de l’écouter. »
Au téléphone, il complète : « Pour ma part, je ne suis pas du tout dans le ressentiment, j’ai des heures de vol et le cuir bien solide. Un journal, on le fait avec tout le monde et d’abord avec tous ses journalistes. »

Sur le fond, il assume tout. Les critiques contre le parquet national financier ? « Nous sommes là pour défendre la région et l’identité régionale. Et je pose une question : pourquoi c’est le parquet national financier qui s’occupe des élus locaux alors que l’affaire Ferrand est restée au parquet de Brest ? », nous explique-t-il, pointant ainsi un éventuel critère politique dans les choix du PNF. La collusion dénoncée avec la droite locale ? « Il m’a toujours semblé qu’un grand journal comme La Provence ne devait rouler pour personne, ni pour M. Mennucci ni pour un autre – à droite par exemple ». En citant l’ex député socialiste, il fait sienne une critique de la droite locale reprise par Bernard Tapie qui a considéré qu’en 2014, pour les municipales, la rédaction marseillaise avait « roulé » pour lui contre Jean-Claude Gaudin.

Période d’adaptation

Droit dans ses bottes donc, même si la question de l’adaptation de Franz-Olivier Giesbert au quotidien d’une rédaction de presse quotidienne régionale pose question. « C’est une envie de Bernard Tapie d’avoir un grand nom, c’est son truc, il croit que ça le protège. Mais il ne regarde pas vraiment comment ça peut se passer ensuite. Ça n’avait déjà pas marché avec Mazerolle même si lui était respecté pour son implication », explique un connaisseur du journal. Sa vision romantique de la ville ne cesse d’étonner, marquée par un reportage ahurissant sur le quotidien idyllique des quartiers Nord de Marseille pour lutter contre le « Marseille bashing », expression popularisée par Jean-Claude Gaudin.

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Le SNJ s’en est moqué mais l’intéressé assume « un reportage bisounours et humoristique qui a beaucoup plu dans les quartiers Nord ». Et Franz-Olivier Giesbert d’ajouter : « J’aime bien arriver sur les quolibets et repartir sous les hourras ». À ses yeux, une diffusion « qui baisse beaucoup moins et se rapproche de la stagnation » serait le premier pas vers les vivats. Mais le chemin qui y mène semble encore long.

16
commentaires

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  1. julijo julijo

    Le célèbre « fog » qui hante la Provence et les plateaux télés….. il n’a pas l’âge de la retraite ????
    Pas assez cotisé ??

    Pas un journaliste plus jeune au sein de cette rédaction qui pourrait faire le boulot ? on y gagnerait peut être en fraîcheur. Cela semble facile d’être moins sentencieux et donneur de leçon que « fog ».

    Lecteur de la Provence, pas assidu mais, j’ignorais qu’il y avait une « ligne éditoriale » précise. Pas bien vu. Par contre je le trouve de plus en plus versé dans les « potins » divers. Certaines enquêtes mériteraient d’être menées et elles sont parfois à peine effleurées, certains sujets parfois oubliés. Dommage.

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  2. patrick patrick

    « Et les gens qui m’étaient favorables n’ont pas voulu jouer le jeu du SNJ et leur donner du crédit »…
    en fait ils n’ont pas voulu le soutenir parce-qu’ils le soutiennent ? c’est ça monsieur fgo ?
    cette presse papier « faits-divers/pub » est foutue, à jeter. L’avenir est une presse indépendante réellement payée par ses abonnés.

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  3. darkvador darkvador

    …comme Marsactu par exemple 🙂

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  4. Antoine de Meria Antoine de Meria

    Regardez bien cette fin de semaine dans la Provence , je serais dans trois articles différents et en photographies:

    a) La photographie de mon centenaire à la maison de retraite du « Vallon des TUVES » de Saint Antoine avec un z’élu , y en a tellement que je sais plus lequel.
    b) La photographie du repas annuel des anciens de l’école communale de la rue « François Moisson », avec un z’élu , y en a tellement que je sais plus lequel.
    c) La photographie du concours de boules de l’Amicale Bouliste du boulevard ODDO , avec un z’élu , y en a tellement que je sais plus lequel.

    Le reste du journal c’est des photos de Jean Claude GAUDIN., car GAUDIN c’est comme Martine, il va à la plage, sur le ferry boat, à la Bonne Mère et ainsi de suite.

    Voilà la ligne éditoriale de la PROVENCE . Bravo FOG

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  5. LaPlaine _ LaPlaine _

    A-t-on vu un jour une dossier approfondi dans La Provence? Ben non, faut plaire à tout le monde, surtout à certains. Le vide intersidéral ce canard. Quand on voit la une du 5 septembre on croirait voir la version papier de certaines émissions de la TNT « Drogue, prostitution, trafics en tous genres… »

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  6. darkvador darkvador

    Quand FOG (brouillard en anglais…) est arrivé, ça ne m’a pas étonné du tout que ce « caméléon » politique en fin de carrière embauche à La Provence. Servile dans beaucoup de chapelles, il continue d’exceller dans ce qu’il fait de mieux : servir.

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  7. Electeur du 8e Electeur du 8e

    FOG, 68 ans, a succédé à Mazerolle, 74 ans. Tous les espoirs sont permis à Elkabbach, 79 ans, s’il veut à son tour diriger La Provence… Je ne sais pas si, au moment où la presse écrite doit totalement se réinventer, les gérontes sont les mieux placés pour imaginer les solutions du XXIème siècle.

    Mais dans une ville dirigée (à temps partiel) elle-même par un jeune de 77 ans qui prépare les cinquante prochaines années avec les recettes des cinquante dernières, il y a une cohérence… Cohérence d’autant plus remarquable que, on s’en souvient, FOG ne fait pas mystère de son soutien à Gaudin et, en période électorale, avait transformé sans aucune gêne son hebdo, Le Point, en tract gaudiniste.

    Entre Tapie (74 ans) et FOG, les salariés de La Provence ont bien du mérite…

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    • corsaire vert corsaire vert

      bravo » Electeur du 8e  » ! j’aime bien ( pas toujours quand même ) la justesse et l’humour de vos commentaires .
      Celui là est à point !

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  8. Coulet Coulet

    A propos de la Une de La Provence sur les « malades psychiatriques » : le titre à la une de La Provence que vous reproduisez dans l’article beaucoup plus général de Jean-Marie Le forestier à propos de F. O. Giesbert éditorialiste et de ses rapports avec une majorité de journalistes de La Provence.
    Le titre en question est incontestablement à la fois racoleur ( et fait pour « vendre » le journal) et calomniateur (c’est-à-dire ici mensonger) : il renvoie en miroir au public la stigmatisation des « malades psychiatriques » qui seraient « par essence » plus violents que l’ensemble de la population et également par « essence » différents des autres malades et même, si je comprends bien, des autres personnes en général : comme si ni Freud, ni Lacan, ni Dolto, ni la psychanalyse n’avaient existé. Il est vrai qu’ils sont aujourd’hui – si l’on entend bien – fort contestés . Et ceci à tort, à mon humble avis
    Mais par ailleurs

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  9. darkvador darkvador

    FOG se moque du tiers comme du quart de toutes les évolutions psy que vous évoquez, hélas. Il est là pour augmenter le lectorat et toutes les recettes même les plus racoleuses (putassières si j’osais) ils les emploiera. Dans ses précédents postes il n’y est pas parvenu, pas plus dans celui là. Patience, il sera vite remplacé et cela dit, il y a belle lurette que La Provence ne fait plus l’opinion, fort heureusement!

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  10. Michele Poncet Michele Poncet

    Il est curieux pour un journaliste qui se veut respectable de commenter une décision de justice sur le sujet du contrat de l’eau de Marseille . De quelle compétence argue-t-il ? As-t-il lu le contrat ? En tant que co- auteure de ce recours , la position de FOG
    me choque profondément .Si il croit défendre les marseillais par sa position, il se trompe , les marseillais seront contents de récupérer quelques millions qui abaisseront le prix de leur facture d’eau . Du reste la communauté urbaine n’a pas fait appel de cette décision du tribunal , seule l’entreprise privée , filiale de Veollia
    a protesté. Avant d’écrire , toujours tourner 7 fois la langue dans sa bouche ou bien lire le dossier … ce qui est bien le moins pour un journaliste .

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  11. darkvador darkvador

    « ce qui est bien le moins pour un journaliste »… Chère amie, vous demandez certaines qualités journalistiques essentielles à FOG si j’ai bien lu… Vous avez certainement compris, à la lecture des commentaires, que c’était peine perdue…

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  12. Antoine de Meria Antoine de Meria

    FOG se résume en un mot : girouette .Comme disait cet excellent Edgar FAURE , » ce ne sont pas les girouettes qui tournent mais le vent » et FOG, cela il le sent bien . Car passer directement du « Nouvel Observateur  » au « Figaro », faut le faire mais c’était au bon moment. Le vent tournait (88).
    Alors chère Michèle et cher DARKVADOR , soyez rassurés à la chute de Jean Claude , FOG le démolira après lui avoir ciré les pompes pendant des années. Simplement par intérêt « journalistique ». Le vent aura sans doute tourné entretemps.

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  13. darkvador darkvador

    et bien « bon vent » alors, et vite! 🙂

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