Au tribunal, pas de “système Joissains” mais la menace d’une lourde sanction pénale

Actualité
Jean-Marie Leforestier
15 Mai 2018 7

Au terme d'un procès qui s'est tenu jusqu'à une heure avancée de la nuit, le procureur de Montpellier a requis 18 mois de prison dont neuf ferme et 10 ans d'inéligibilité contre la maire d'Aix, poursuivie pour avoir favorisé la promotion et l'embauche de proches. Des faits constituant, aux yeux du parquet, une prise illégale d'intérêts et un détournement de fonds publics.

“Je travaille 12 heures par jour. C’est pas pour accepter un emploi fictif au sein de ma collectivité”, martèle Maryse Joissains. Depuis une demi-heure, la maire Les Républicains d’Aix-en-Provence répond aux questions précises de la présidente du tribunal correctionnel de Montpellier. Celle-ci s’efforce pourtant de lui rappeler qu’il ne lui est pas reproché d’avoir octroyé des emplois fictifs mais d’avoir favorisé un proche, son chauffeur Omar Achouri, pour l’obtention d’une promotion, et embauché à la communauté du pays d’Aix (CPA) une collaboratrice de cabinet pour satisfaire un thème de prédilection personnel, la cause animale, en dehors des compétences de la CPA.

Deux situations professionnelles agrémentées de relations privilégiées avec les intéressés, constituant pour le parquet une prise illégale d’intérêts et un détournement de fonds publics. Elles lui vaudront d’entendre, alors que la nuit est déjà tombée sur l’Hérault, le procureur réclamer à son encontre 18 mois de prison dont la moitié avec sursis et 10 ans d’inéligibilité.

L’affaire est pourtant circonscrite à ces deux cas. Même si “ça sent mauvais”, comme le note le procureur adjoint de Montpellier Dominique Sié, celui-ci n’a pas retrouvé dans le dossier ficelé par le juge d’instruction Rivet le “véritable système Joissains de népotisme et de clientélisme” que certains promettaient. Le tribunal n’est pas là pour humer l’air du temps mais bien pour se pencher sur deux cas précis et circonstanciés.

“L’autorité territoriale, c’est moi !”

Pendant trois heures, l’audience s’est donc révélée très technique. Maryse Joissains, faisant face à la présidente assise à moins de deux mètres d’elle, a défendu pied à pied ses choix. “L’autorité territoriale, c’est moi”, a-t-elle précisé à plusieurs reprises. Oui, son chauffeur et collaborateur ne faisait peut-être pas de rapports écrits mais il avait “un rôle de coordination. Tous les jours, je reçois des réclamations. Il résout les problèmes en téléphonant aux chefs de services pour permettre que des solutions soient trouvées”. Ce travail et sa dévotion méritaient selon elle d’être récompensés.

Quant à la collaboratrice dévouée à la “cause animale”, Maryse Joissains “ne savait pas” qu’elle aurait dû obtenir un vote du conseil de la communauté du pays d’Aix qui l’employait. Que faisait Mme Roche comme collaboratrice de cabinet à la communauté du pays d’Aix ? “Elle intervenait dans les caves contre les combats de chiens, contre les combats de coqs. Elle allait au contact des voyous qui maltraitent des animaux” selon Maryse Joissains. “Pour Maryse Joissains, la maltraitance animale, c’est un fer de lance politique, parce que la maltraitance animale c’est le signe qu’il peut y avoir de la maltraitance humaine”, dira pour elle son avocate Mireille de Portalon qui aura garni sa plaidoirie de souvenirs de barreau commun avec “Maryse, comme tout le monde l’appelle à Aix-en-Provence”.

Mais ses arguments ne convainquent clairement pas le procureur adjoint Dominique Sié.  Celui-ci ne cesse de se réjouir de ne pas être un crustacé supplémentaire du “panier de crabes” aixois qu’il croit deviner et duquel on a extrait ce procès. Une manière de battre en brèche la théorie du complot politique rabâchée par Maryse Joissains qui ne peut s’empêcher de voir que les principaux actes de procédure sont quasiment concomitants de l’élection de 2014 lors de laquelle elle a été élue pour un troisième mandat.

“Des faits d’une gravité extrême”

“Ces faits sont d’une gravité extrême car ils sont négation de la probité qui est attendue d’une personne chargée d’un mandat public, argumente le représentant du parquet. La sanction des urnes c’est une chose. Mais il faut aussi une sanction pénale qui doit être à la hauteur de la gravité des faits ; c’est-à-dire de faire sa chose de deniers publics dont on connaît la rareté”. La peine réclamée à l’égard de Maryse Joissains est à lire à cette aune, de même que celle qui est sollicitée concernant Christophe Achouri, co-prévenu. Le fils d’Omar, embauché dans une piscine où on le voyait peu, est accusé d’avoir vécu sur l’argent public tout en n’effectuant pas les tâches de conciergerie auxquels il était affecté : un an de prison dont la moitié avec sursis assorti de cinq ans d’interdiction d’exercer une fonction publique.

“S’il ne s’appelait pas Achouri”

Invitée à conclure les débats, la défense reviendra sur plusieurs points, développant notamment un argument consistant à dire que les cas jugés ici sont bien banals. “Si l’on regarde la jurisprudence, il ne faut quasiment rien pour caractériser la prise illégale d’intérêts. Si c’est vrai dans ce cas, on peut dire qu’il existe dans ce cas comme dans 36 000 autres”, estime Alain Roustan, second avocat de Maryse Joissains. “S’il ne s’appelait pas Achouri, il n’aurait pas été poursuivi”, veut croire le défenseur de Christophe Achouri, Michel Pezet.

Opposé à Maryse Joissains aux municipales 2008, l’avocat a rappelé avec force au procureur qu’il ne pouvait pas “faire abstraction” de la vie politique dans sa décision. Avant d’entendre qu’elle serait fixée sur son sort le 18 juillet au matin, Maryse Joissains est allée dans le même sens, semblant chercher à éviter l’inéligibilité : “Je mène un combat politique très important contre la métropole. C’est très important pour moi de continuer ma mission dans les 3 ans à venir parce que mon territoire a besoin de moi et de mon esprit combatif.”

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