La promotion turbo du chauffeur de Maryse Joissains

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le 12 Avr 2013
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Photo Max Missak

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On ne peut pas reprocher à Maryse Joissains de ne pas être fidèle en amitié. Jeudi dernier encore, elle a offert un joli cadeau à un proche parmi les proches, son chauffeur Omar Achouri. Après une progression éclair, celui-ci va ainsi d’être promu au rang d’attaché territorial, soit la catégorie A de la fonction publique territoriale. Sur le papier, cet agent avait le droit de postuler pour le poste. Problème, ils étaient 168 à pouvoir prétendre à l’un des deux postes de cadre ouverts à la promotion interne.

Dans un bel élan de transparence démocratique, la Ville d’Aix-en-Provence s’est pourtant essayée à la critérisation, remède supposé au clientélisme. Les aspirants à la montée en grade sont évalués selon des critères définis par le règlement intérieur de la commission administrative paritaire (CAP) en charge de l’évolution professionnelle des agents. Ils sont jugés sur leur investissement, leur adaptabilité, l’appréciation formulée par la hiérarchie et la direction générale. Et sur ce coup-là, Omar était garé en 46e place. Honorable mais a priori insuffisant pour prendre la voie express. L’intervention explicite de la maire, Maryse Joissains, présidente de la commission administrative paritaire, lui a permis d’accéder à la pole position alors que les membres s’écharpaient sur les valeurs comparées des candidats classés aux deux premières places.

Une grosse augmentation

Cette promotion ne sera officielle que dans un mois, au terme du délai laissé à Joissains pour suivre ou non l’avis consultatif de la CAP mais on ne voit pas comment madame le maire pourrait revenir sur sa propre décision. Celle-ci intervient à point nommé pour Omar qui a vu s’évanouir une importante source de revenus lorsque sa patronne a perdu son poste de députée au mois de juin. Il cumulait en effet jusqu’alors son poste de chauffeur avec celui d’attaché parlementaire. Son nouveau grade validé, il verra son salaire augmenter de 50 %  au minimum quel que soit le résultat de l’élection municipale de mars 2014.

C’est d’ailleurs parce qu’il n’avait pas démissionné et pourtant fait campagne à ses côtés que Maryse Joissains a vu ses comptes de campagne annulés par le conseil constitutionnel en février. Après avoir échappé de peu à l’inéligibilité, la maire n’a visiblement toujours pas renoncé à servir celui avec qui – c’est un rituel – elle déjeune tous les jours. La rumeur les évoque amants, elle dément. « Il est bien plus que ça, un ami fidèle » confiait-elle spontanément à une journaliste de Marianne l’été dernier.

Ce choix étonnant n’a pas trouvé de contestation au sein de la CAP. Des adjoints plus ou moins en froid avec le maire, Jean Chorro et Patricia Larnaudie, sont étrangement arrivés en retard, une fois le cas Achouri traité. Surtout, les représentants des salariés ont tous voté pour : c’est le principal argument du conseiller municipal délégué aux ressources humaines Gérard Deloche pour défendre sa chef. « Chacun y trouve son compte. Le maire propose certains noms, les syndicats en proposent d’autres, c’est comme ça que ça se passe », devise cet ancien secrétaire général des Territoriaux FO recruté en 2008 par Joissains. Celui-ci poursuit :

Même les ministres de gauche ont tendance à demander la médaille du mérite pour leur secrétaire. Chacun peut être tenté de gratifier ses collaborateurs.

Seul proche du maire à avoir accepté de répondre à nos questions, Deloche avance en outre un argument de carrière. Depuis quelques mois, « en plus de son travail de chauffeur », ce « proche collaborateur » travaille à la mission centre-ville de la mairie. « Il gère les relations avec l’usager et fait la jonction avec les services de la ville, les transports, le nettoiement, etc. », affirme-t-il évasif. « Il y a un encadrement d’au moins plusieurs personnes, c’est certain » qui justifierait selon lui ce changement de statut. Entré en catégorie C, Achouri aura pourtant connu une avancée express à l’hôtel de Ville : « Avec l’armée, les collectivités sont le seul endroit où l’ascenseur social fonctionne toujours. » Gérard Deloche a visiblement transmis sa fibre syndicale à Maryse Joissains.

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