"Ne pas faire à la place des gens mais les aider à faire"

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le 26 Déc 2012
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Marcher dans une rue marseillaise avec Nicolas Soulier demande une certaine patience. L'architecte et urbaniste s'arrête à chaque encoignure, croque une forme. Ici, c'est un étale à Noailles qui déborde sur le trottoir et met à profit les potelets pour arrimer sa marchandise. Là, c'est une petite cabane de récup collé au mur qui suscite son intérêt et la sortie d'un appareil qui clique-claque comme on croque une note.

Le pas de l'architecte

L'architecte et urbaniste était en visite à Marseille à l'invitation du Conseil général il y a quelques semaines. Il y venait pour participer à une réunion autour du concept plutôt kitsch de "villes et villages fleuries". Signe des temps, lui l'apôtre du fleurissement en bas de chez soi, de l'entremêlement entre espace privé et public, entre initiative individuelle et collective, était convié à une manifestation que l'on pourrait aisément ranger dans la catégorie esthétique du giratoire. Pourtant, là aussi, une prise de conscience vient bousculer l'idée reçue et le parterre de fleurs. "J'étais justement invité pour voir comment le riverain peut s'impliquer là-dedans". Car, en France, on a envie que la rue bouge.

"Quand les gens découvrent le titre de mon livre Reconquérir les rues, ils ne me demandent jamais pourquoi mais comment. On est tous avec cette petite conscience parfois confuse, parfois plus nette que quelque chose ne va pas dans nos rues, analyse Nicolas Soulier. Je ne parle pas des rues de centre ville avec des cafés, des commerces. Pas celle de Marseille, où il y a trop de vie. Dès qu'on va du côté La Penne-sur-Huveaune, de Meyreuil, dans ces villes de lotissements, alors les rues se font décevantes, mornes, mortes, sans un chat".

Détourner les potelets

A l'inverse, dans les centres, on trouve de plus en plus d'initiatives collectives qui visent justement "à une bonne fabrication collective de l'espace". Ainsi, à Noailles, rue de l'Arc puis rue Châteauredon, les habitants ont pris en main le fleurissement de leur rue. En passant un coup de balai puis en sortant des pots de fleurs, la rue en est sortie transformée. Et le phénomène gagne du terrain, on retrouve les plantes en pots rue Sénac, sur La Plaine et ailleurs encore. Ravi de voir que son mot d'ordre trouve un écho à chaque pas de porte, l'urbaniste marchant y va de son conseil : "Certaines rues sont envahies par les potelets,dans le but d'en chasser la voiture. Cela part d'un principe positif: empêcher le stationnement sauvage mais, ce faisant, on découpe l'espace public, on le barre. On peut détourner ces potelets. Cela peut-être une boîte à conserve que l'on enfile sur ce potelet avec une plante grimpante qui l'utilisera pour sa croissance". L'horrible poteau d'acier devient le tuteur d'une plante verte.

Une manière douce de lutter contre la stérilisation de nos espaces publics. "Normalement, une rue est un espace vivant. Les gens, les animaux y vivent, y passent, les enfants y jouent, les plantes y poussent… plein de choses la rendent vivante. A l'inverse, en France, quelque chose stérilise nos rues. Il s'agit d'une volonté d'interdire, d'appliquer la même solution partout avec une volonté d'égalité parfois magnifique, parfois dangereuse. Or, ces réglementations finissent par poursuivre le même objectif : empêcher que les choses se fassent. Comme quand on coupe un arbre pour qu'il n'y ait plus de feuilles qui tombent"

A l'inverse, l'Allemagne mais aussi la Hollande, la Grande Bretagne ou même les Etats-Unis vivent différemment l'espace public. "Pour la génération à laquelle j'appartiens, l'Allemagne est synonyme d'ordre et de discipline. Or, au contraire, on y trouve des espaces et des modes de vie que l'on aime. J'ai appris en me promenant dans la région marseillaise le sens du mot cafoutche [le placard où rangeait tout ce qui déborde, ndlr]. Or la rue allemande est plein de cafoutches". En s'inspirant de ces exemples étrangers, Nicolas Soulier plaide donc pour une ville où la puissance publique ne sert pas qu'à produire du règlement mais permette de mieux vivre nos rues ensemble.

"Reconquérir les rues" de Nicolas Soulier aux éditions Ulmer, 2012.

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Commentaires

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  1. Idir Dominique Idir Dominique

    Rue de l’Arc ,c’était à l’initiative de l’association Artriballes non pour végétaliser la rue ou pour plaire aux urbanistes mais c’était un travail commencé au Domaine Ventre avec les enfants de nos ateliers cirque et peinture .
    Nous sommes partis car notre action prenait une ampleur qui nous dépassez nous qui luttions pour l’accés au logement décent pour tous dans notre quartier et l’accés à la culture pour tous. Nous sommes partis quand s’est crée l’association plus Belle la rue une fois que le travail était fait.

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  2. chtoc chtoc

    pourquoi faut-il toujours tout s’approprier dans cette ville ? vous avez fait quelque chose de magnifique – pourquoi vouloir absolument en garder la paternité? si ça fait des petits n’est-ce pas là votre réussite?

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  3. Picard Picard

    En ce qui concerne La Penne-sur-Huveaune, les lotissements des quartiers sud, les grands ensembles des quartiers nord par exemple, je pense que c’est surtout un problème d’urbanisme, lors de la construction de ces zones résidentielles on a délaissé l’alignement sur rue -donc la rue- et la ville telle qu’elle se faisait depuis l’antiquité pour se tourner vers le privé, créer des “villes dans la ville” résultat : la ville s’étend toujours plus, ces zones sont très difficilement desservies par les transports en commun, toujours plus de bagnoles et de centres commerciaux fermés sur l’extérieur et les gens ne se mélangent pas. Pour moi le meilleur modèle reste l’îlot haussmannien que ce soit en terme de densité, de diversité sociale et de beauté. Regardez cette vidéo très intéressante http://www.youtube.com/watch?v=ShBj8GMPzS4&list=UUSiRRULrGACKUvFmjGZZD4A&index=7

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  4. Vieux-Port Vieux-Port

    A Marseille, les services qui sont censés encadrer la vie, (propreté et police) dans les rues sont largement déficients ou absents. J’habite à côté de la mairie. Les places Bargemon et Victor Gélu sont squattées chaque nuit par des bandes donc insécurité, agressions, saleté, nuisances sonores. Les habitants veulent faire enlever les bancs quand c’est possible.

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