Au département, l’observatoire des droits des femmes s’en va par la porte des services

Actualité
le 29 Nov 2016
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Au sein du conseil départemental, un observatoire des droits des femmes existait depuis 2005. La majorité de Martine Vassal prévoit de le fondre dans un observatoire des discriminations plus global. Pour la présidente de cette institution, c'est "un outil qui a fonctionné" qui va disparaître.

Photo Julien Vinzent

Photo Julien Vinzent

Le vendredi 25 novembre, c’était la journée internationale contre les violences faites aux femmes. Et la présidente du département Martine Vassal (LR), femme la plus puissante des Bouches-du-Rhône, n’a pas manqué de marquer le coup, notamment sur les réseaux sociaux. Mais il y a une personne pour qui cette démonstration de féminisme a eu un goût particulièrement amer, Geneviève Couraud, la présidente de l’observatoire des droits des femmes du département. Deux jours auparavant, un membre du cabinet de la même Martine Vassal lui annonçait la fin de cet observatoire, créé en 2005 par la majorité Guérini (ex-PS).

Depuis quelques mois, des indices laissaient entrevoir cette fin de parcours pour l’observatoire des droits des femmes des Bouches-du-Rhône, un organisme réunissant entre 17 et 21 experts bénévoles, universitaires ou de la société civile, missionnés pour réaliser des études et “formuler des propositions politiques entrant dans les compétences du conseil départemental” pour favoriser l’égalité homme-femme sur son territoire. Le 29 janvier, en préambule du débat d’orientation budgétaire de la collectivité, la question de fondre l’observatoire dans un autre plus global dédié à “toutes les discriminations” avait été évoquée, suscitant l’inquiétude de plusieurs élues de l’opposition. À la tribune, Martine Vassal avait assuré qu’il ne fallait surtout pas y voir un retour en arrière. “On ne lâche rien sur le droit des femmes”, avait martelé celle qui s’était alors revendiquée “pur produit de la parité”.

“Les femmes ne sont pas une minorité”

Geneviève Couraud attendait depuis que la présidente ou son équipe lui expliquent clairement leurs plans, mais les mois ont passé et “pas moyen de les rencontrer”. Elle préférait donc ne pas prendre la parole sur le sujet. Jusqu’à la semaine dernière. “L’observatoire sera dilué dans un observatoire des discriminations, divisé en trois pôles : un pour les discriminations liées à la sexualité, un pour les femmes et l’égalité des chances et un pour les violences au collège”, explique Geneviève Couraud, dépitée. “Les femmes ne sont pas une minorité ! C’est la moitié de l’humanité et elles se retrouvent dans toutes les minorités !”, s’indigne-t-elle. Présidente de l’association L’assemblée des femmes, Geneviève Couraud a milité dans de nombreuses associations depuis les années 70, avec notamment un passage au bureau du Planning familial. Autre point particulièrement préoccupant selon elle, “ce ne sont plus des experts extérieurs mais les services du département qui feront le travail. Je ne veux pas du tout dire que les services ne sont pas à la hauteur, mais ils n’auront ni les compétences ni le temps pour”.

Contacté, le conseil départemental a répondu à Marsactu en deux phrases rédigées par mail : “Conformément aux engagements pris par la présidente pendant la campagne électorale, un Observatoire sur la lutte contre les discriminations sera créé. Sa composition, son fonctionnement et ses missions seront dévoilés au début de l’année 2017.” Les contours de ce nouvel organisme peinent donc à se dessiner, alors que Martine Vassal promettait une annonce officielle pour le 8 mars dernier. Il faudra encore un vote en assemblée plénière pour mettre fin aux prérogatives de l’observatoire créé il y a 11 ans. Celui-ci devrait se faire en février, précise la présidente éconduite. “Ça me laisse le temps de vider mon bureau” au département, relativise-t-elle.

“Choix politique”

Ce qui consterne le plus Geneviève Couraud, c’est, au delà du symbole, la “destruction d’un outil qui a fonctionné. Au conseil départemental, ça ne va pas se voir. Mais depuis toutes ces années, j’ai formé des tas d’agents, de fonctionnaires, à la question de l’égalité homme-femme. Reconstruire le fil sera compliqué.” Elle revient sur les chantiers engagés au long des années, comme “la mise en place d’un processus pour amener les femmes au RSA vers des métiers culturellement masculinisés” ou encore une étude visant à établir “un panorama des associations féministes dans le département”.

La présidente bientôt déchue se défend de vouloir conserver un quelconque fromage politique ou financier. “Je ne parle pas pour moi, vu l’âge que j’ai, la reconnaissance je l’ai eue par ailleurs.”, assure celle qui est membre du haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, instance placée auprès du Premier ministre. “Ce qui nous réunissait avec les experts, ce n’était pas la politique, c’était cet engagement-là”, poursuit-elle, ne cachant pas qu’elle a été, par le passé, élue sous l’étiquette du PS. Conseillère des 15e et 16e arrondissements entre 2008 et 2014, elle a surtout été la déléguée nationale au droit des femmes du parti.

Geneviève Couraud ne voit pas non plus en quoi la dilution de l’observatoire pourrait représenter une économie pour le département même en période de coupes budgétaires. “Je ne représentais aucun coût, à part peut-être à une époque certains déplacements. (…) Nous disposions d’une enveloppe annuelle de 35 000 euros que nous ne dépensions pas toujours dans sa totalité, en fonction des projets”. Après l’arrivée de Martine Vassal, elle avait cru pouvoir compter sur son soutien et la pérennité de sa mission. “Je m’incline devant ce choix politique”, dit-elle aujourd’hui.

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Commentaires

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  1. Germanicus33 Germanicus33

    C’est un signal pour que Fillon détruise tout ce qui a été acquis dans ce domaine, si par malheur il est élu à la tête de l’état..

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    • LaPlaine _ LaPlaine _

      J’allais le dire, la machine est déjà en route, bientôt Boyer ministre de…l’Education…religieuse?

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  2. eolienne eolienne

    Eolienne :
    comment le département fera des économies en intégrant le travail qui était fait par des experts extérieurs sans créer de nouveaux postes et de nouvelles compétences dans ses services ? Soyons clairs ! S’agit-il à bientôt d’un abandon des femmes et des violences dont elles sont victimes, du planning familial, etc…?

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  3. corsaire vert corsaire vert

    …et dans tous les domaines d’ailleurs ! ce type et tous ceux qui le suivent sont des vandales ignares et sots .

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  4. marseillais marseillais

    L’éclairage porté par cet Observatoire va manquer. Des “experts” de l’administration suffiront’ ils pour dégager des lignes force sur le droit des femmes ? Les associations, dont le planning, feront elles les frais de cette vague Fillon qui se prépare…au moins jusqu’en mai 2017 ?

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  5. Renardsauvage Renardsauvage

    Quand une femme a le pouvoir, elle a vite fait d’oublier ce qu’elle a dû consentir et supporter pour obtenir sa fonction. Il n’existe pas de classe de femmes comme cela peut exister chez les hommes. Les femmes sont sottes et soumises qu’el que soit leur statut. Un observatoire ne sert à pas grand chose, des actes voilà ce dont ont besoin les femmes. Des portefeuilles ministériels, des prix Nobel, des récompenseses réservées habituellement aux hommes et surtout la volonté de commander. Arrêtons d’obliger les femmes journalistes à s’habiller de manière provocante, chaussées de talons de 10 cm. Les laides, les grosses, les petites, les mal fagotées ont le droit comme les hommes de travailler. L’intelligence n’est pas l’apanage des seuls mâles !

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    • VitroPhil VitroPhil

      ” Les femmes sont sottes et soumises qu’el que soit leur statut.” versus “L’intelligence n’est pas l’apanage des seuls mâles !” un peu de mal à comprendre le message…

      Si comme le chantait Brassens “Le temps ne fait rien à l’affaire,” question connerie, le genre non plus en matière d’intelligence.

      Et j’ajouterai qu’oublier d’où l’on vient quand on a du succès n’est pas l’apanage des seules “femelles”.

      La question de fond est de savoir si l’égalité H/F viendra d’une politique active basée sur un constat étayé ou bien d’une génération spontanée.

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