Culture, sport, associations : avis de rigueur au conseil départemental

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le 14 Jan 2016
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Le conseil départemental va imposer une baisse de 20% sur l'ensemble de ses compétences facultatives. Un sacré tour de vis pour le premier vrai budget de la présidence Vassal sur fond de baisse des dotations de l'État.

C’est la première fois qu’elle se pliera au rituel des vœux à la presse. Successeure de Jean-Noël Guérini à la tête du département depuis mars dernier, Martine Vassal y trouvera ce jeudi une occasion de réaffirmer sa feuille de route. Pour le département, selon les éléments que nous avons recueillis, l’année 2016 sera clairement celle de la rigueur. “Il y aura une baisse de 20 % sur les prestations facultatives”, confirme Didier Réault, le vice-président aux finances qui énonce ainsi la règle générale. Principale victime de ce tour de vis : le monde associatif.

La baisse des dotations de l’État à la collectivité est selon lui à l’origine de ces restrictions budgétaires : “Nous perdons 35 millions sans compter notre participation au fond de péréquation [un système contraignant les départements les plus riches à aider les plus pauvres, ndlr], explique Didier Réault. L’an dernier, le département perdait déjà 35 millions et l’an prochain, ce sera pareil.” Martine Vassal a réaffirmé qu’elle ne voulait pas toucher à la fiscalité, ni emprunter comme le lui suggérait son opposition de gauche.

Pour la nouvelle majorité, il a donc fallu faire des choix. Parmi les premiers budgets touchés figure celui de la culture. Il a toutefois échappé à la baisse drastique des -20% lors d’une réunion d’arbitrage, début décembre. Avant celle-ci, Sabine Bernasconi, deuxième vice-présidente du conseil départemental en charge de la culture indiquait “qu’elle n’envisageait pas une telle coupe”. Un mois plus tard, l’élue a donc obtenu gain de cause. La baisse est limitée à -10% pour sa délégation.

“Le budget de la culture n’a cessé de diminuer depuis l’année 2013, capitale européenne de la culture, poursuit la vice-présidente. Il aurait été injuste que celle-ci contribue au même niveau que les autres délégations”. De fait, le budget du département en la matière est passé de 34,8 millions d’euros en 2013 à 24,7 millions en 2014, puis à un peu moins de 19 millions en 2015. Il devrait encore perdre plus d’un million d’euros cette année. Mais l’élue estime qu‘”il va être possible d’absorber cette baisse sans que cela soit trop douloureux”.

Les acteurs culturels ont peur d’être “fragilisés”

En dépit de ces paroles rassurantes, l’inquiétude demeure du côté des acteurs culturels. Le responsable d’une structure longtemps choyée par l’ancien président Jean-Noël Guérini se dit préoccupé. “Le conseil départemental représente entre 30 et 40 % de notre budget. Comment ferons-nous pour payer les artistes ? Il faudra se reconvertir ou tout réinventer”. La directrice de l’association d’arts de la rue Karwan, Anne Guiot concède de son côté qu’à force de restrictions budgétaires, “cela risque de nous fragiliser de manière considérable”. En 2014, elle avait déjà dû faire face à une annulation pour raisons budgétaires de la sixième édition de son festival Salon public. Pour elle, le salut réside dans la collaboration artistique, “ce qui est de toute façon pertinent pour Karwan, dont la vocation est d’accompagner les structures sur l’ensemble du territoire”.

Des réunions auront lieu dès la semaine prochaine pour décider de la façon dont sera ventilé le budget. “On va rogner sur les frais de fonctionnement, on fera une exposition de moins aux archives départementales par exemple. Il faudra aussi discuter de la vente éventuelle du château d’Avignon (un domaine situé aux Saintes-Maries-de-la-Mer, ndlr)”, esquisse Sabine Bernasconi. Pas question en revanche de toucher à ce que Sabine Bernasconi nomme “des fleurons culturels” tels que le festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence, celui de la Roque-d’Anthéron et le festival de photographie d’Arles. Et puisqu’il est “nécessaire de préserver un environnement propice à la création” estime l’élue, des équipements culturels comme la Friche de la Belle de Mai, “marqueur fort de l’identité culturelle du territoire des Bouches-du-Rhône”, ou encore le théâtre du Gymnase, situé dans le 1er arrondissement, dont Sabine Bernasconi est maire, continueront de recevoir des aides de manière prioritaire.

Le sport lui aussi touché

Côté sports aussi, le tacle pourrait être mal vécu. Mais Maurice Di Nocera, le vice-président aux sports jure qu’il évitera le carton jaune. Pourtant, son budget de 17 millions d’euros va lui aussi baisser de 20 %. “C’est pas baisser, c’est réactualiser, euphémise l’élu. On ne parle pas d’une baisse identique pour tout le monde ! Nous avons mis en place des critères comme la division dans laquelle évolue le club ou le nombre de licenciés et fixé des priorités : le sport santé, le sport handicap et l’action pour la jeunesse. Il y a des associations qui méritent moins 40 %, d’autres de conserver la même chose et d’autres de recevoir un peu plus.”

Aux structures touchées, l’élu recommande désormais le recours à d’autres sources de financement publiques et privées. “Il faut qu’ils se tournent vers les autres collectivités. L’époque où un élu pouvait dire : “Ma collectivité met 50 000 euros au lieu de 30 000 et je suis le partenaire principal” est terminée. Il faut aussi qu’ils trouvent des partenaires privés qui les aident.” Mais il est certainement plus simple de trouver des sponsors pour les disciplines qui attirent le plus de public et de participants.

Mutualisation recommandée

Autre délégation affectée, la vie associative, dont Solange Biaggi a la charge. Elle confirme que les -20% devraient s’y appliquer. Pour elle, il est nécessaire que les structures associatives mutualisent leurs ressources. “Pour celles qui font sensiblement la même chose, je leur demande de mettre leur matériel en commun par exemple. C’est le cas des associations qui luttent contre la précarité. Il faut apprendre à travailler ensemble. Idem pour les associations qui œuvrent dans le secteur de la petite enfance. Ce n’est pas nouveau, il faut essayer d’anticiper les baisses budgétaires”.

Ces coupes viendront s’ajouter à celles déjà connues dans les politiques sociales du département. Comme Marsactu l’a déjà raconté, deux mesures ont particulièrement touché les bénéficiaires des minimas sociaux : l’attribution de la prime de Noël aux seules familles avec enfant (lire ici) et le durcissement des critères d’accès à la carte de transports gratuite (lire là).

D’autres budgets n’ont pourtant pas bougé comme l’aide accordée aux seniors ou la sacro-sainte aide aux communes maintenue au niveau colossal de 150 millions d’euros fixé par Jean-Noël Guérini. Par rapport à la précédente majorité, Martine Vassal a promis un rééquilibrage territorial mais n’entend pas se priver de ce levier d’investissement très politique.

Par Jean-Marie Leforestier et Élodie Crézé

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Commentaires

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  1. Electeur du 8e Electeur du 8e

    C’est toujours difficile de répartir la pénurie, et je suis loin d’être sûr que les choix effectués par la majorité de Madame Vassal sont les bons : toucher aux aides aux plus fragiles d’entre nous sans revenir sur les largesses de Jean-Nono dans l’aide aux communes me paraît problématique.

    Mais ce qui est positif, c’est qu’enfin des élus se mettent à gérer leur collectivité avec l’argent dont celle-ci dispose, plutôt que de céder à la faciliter de se tourner vers le contribuable vache-à-lait. A une époque où l’inflation est nulle et où, par conséquent, les négociations salariales dans les entreprises aboutissent à pas grand chose, il n’est plus possible d’augmenter la fiscalité année après année.

    On ne peut pas, à droite, à la fois attaquer en permanence le “matraquage fiscal” supposé être un monopole de la gauche et, comme Gaudin l’a si bien fait sitôt réélu maire, augmenter les impôts après avoir promis leur stabilité.

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  2. Laetitia Laracca Laetitia Laracca

    Personnellement, je trouve tout cela détestable.
    On appauvrit la culture, les associations et le sport dans un département où c’est exactement ce genre de structure qui fait la différence. Tout ce monde là contribue à entretenir du lien social et oeuvre contre la précarité aussi bien physique qu’intellectuelle.
    Inciter à mutualiser les ressources peut très bien être fait sans que cela soit motivé par quelconques restrictions budgétaires. C’est de l’ordre d’une dynamique à enclencher, d’un changement d’habitudes.
    Par ailleurs, je crains que la dernière phrase de l’article suffise à résumer à elle seule les réelles motivations qui se cachent derrière tout ça : pour ne pas se priver d’un levier politique, il faut savoir sacrifier quelques secteurs…

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  3. LN LN

    Trouver un équilibre juste. Avant de supprimer, il faudrait déjà, en amont, contrôler les finances de bon nombre d’associations et pas des moindres (!) (insertion, aide à domicile…) qui fonctionnent avec des directeur(trice)s peu scrupuleux du bien public, de ses beneficiaires en s’octroyant des contre parties, des passe droits et des biens matériels (véhicules, indemnités, personnel…) Un droit établi de fait. C’est souvent habile et immoral mais tellement banal dans le département…

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  4. Pierre Coronas Pierre Coronas

    Il est triste de voir que le CG assure ne pas vouloir toucher aux “fleurons culturels” du département alors que, dans un même temps, de nombreuses petites associations souffrent depuis deux ans de la baisse des subventions.

    Certains acteurs culturels qui font un travail quotidien couplé à de l’action sociale et d’éducation meurent à petit feu, à Marseille et ailleurs dans les Bouches-du-Rhône, leurs salariés se retrouvent au chômage, leurs adhérents démunis et tout cela dans l’indifférence quasi-générale.

    Certains contribuables du département préféreraient peut-être payer un peu plus d’impôts et disposer d’une offre culturelle riche et variée, contrairement à ce qu’a l’air de penser Mme Vassal…

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  5. JL41 JL41

    Ils en font une tête sur la photo, on vient d’assassiner la culture, à moins qu’il ne s’agisse que de changer de tuteur ? Le conseil départemental va imposer une baisse de 20 % sur l’ensemble de ses compétences facultatives, dont culture, sport et associations, mais finalement de 10 % seulement pour la culture. Marsactu SVP :
    Pouvez-vous nous donner un chiffre global des financements dont bénéficient culture, sport, associations dans le département, avec leurs principaux contributeurs ?
    Pouvez-vous nous dire ce que représentent ces « compétences facultatives » sur le budget départemental et quel était l’objectif (apparent et caché) de cette ligne budgétaire ?
    Vous prenez comme repère l’année 2013 pour expliquer la diminution de ces subventions. L’année 2013 était quand même une année particulière, n’est-ce pas biaiser la démonstration ?

    Les violons se font enchanteurs pour dire que la culture, le sport et les autres activités associatives, jouent un rôle dans la construction du lien social. C’est sans doute souvent le cas, mais certaines activités culturelles au public parfois infinitésimal par rapport à la population du département, n’entretiennent-elles pas davantage un lien de copinage entre certains élus et ceux qui profitent des subventions ? Dans le domaine du sport des affaires ont défrayé la chronique, parce que par exemple un club de tennis subventionné faisait tout pour rester entre soi, plutôt que de s’ouvrir aux jeunes du quartier. Quant aux associations, il y a à boire et à manger comme on le dit. Il n’y a pas que Sylvie Andrieux, dont on a fait une victime propitiatoire, qui distribuait.

    Tout cela avait cours lorsque la région et le département étaient PS. Des subventions souvent justifiées et destinées à être reconduites je l’espère, d’autres fois, il s’agissait de pratiques clientélistes et électoralistes, permettant d’étendre et d’orienter dans la bonne direction tout un glacis d’électeurs. Les communes elles-mêmes, plaçaient et remplaçaient avec le plus grand soin, les responsables de tous ces clubs.

    Martine Vassal cherche manifestement à faire le ménage, sous des dehors de restrictions budgétaires. Il n’est pas admissible de mon point de vue, que la culture soit modelée, via les subventions, par un bord politique ou un autre. Il faut trouver autre chose qui aille vers un plus grand pluralisme, le développement du lien social en franchissant les barrières idéologiques. Il faut que des élus de toutes les tendances politiques travaillent ensemble en commission. Il ne faut pas laisser le pouvoir seulement aux spécialistes de la culture, et le moins possible s’ils doivent être juge et partie dans une attribution de crédits. Il faut faire participer des personnalités extérieures. Il faudrait écouter/enquêter ceux qui étaient dans la salle après un spectacle. Il faudrait entendre ceux qui ne viennent plus, lassés de prestations jugées réservées aux « intellos ». Il faut une révolution dans les approches. Et du côté des associations en général, la mise en place de critères et un contrôle de l’utilisation de l’argent public. Pourquoi ne pas subventionner davantage d’ailleurs ? Après la mise en place de règles et d’un contrôle où le citoyen soit présent. Peut-être que cela existe déjà plus ou moins, ou pas du tout. Merci à Marsactu d’éclairer un peu l’arrière-scène.

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  6. leravidemilo leravidemilo

    —-Quelle surprise! On savait bien que, hors l’investissement (qui va également souffrir et avec lui l’emploi) , les associations seraient bien les premières victimes des coupes claires dans les dotations aux collectivités mises en oeuvre par hollande/valls et en musique par vassal et sa fine et droitière équipe; (elle le sont déjà depuis quelques années, et avec elles l’emploi encore.). — Les explications de texte apportées par ces fins gestionnaires en laisseront tout de même abasourdis bien des acteurs associatifs. —-Comme Marsactu l’a déjà indiqué, le fouet de la rigueur a déjà frappé les primes de noêl des “bénéficiaires” des minimas sociaux et les réductions de transports des mêmes et ont déjà épargné la “bassine” de Mm Vassal à l’opéra ainsi que la convention ad hoc avec cet établissement (pardon, ce fleuron). — M Di Nocera ajustant ses belles phrases sur “ma collectivité met 50 000 euros au lieu de 30 000 et je suis le partenaire principal, c’est terminé” a t il oublié que cela va à l’opposé de toute la réforme des collectivités sur la fin du partage des compétence, (et autres “milles feuilles”) réforme mortifère s’il en est pour ce qui concerne la vie associative. — Il est assez ahurissant de voir la caste politicienne, royaume privilégié de la lutte des places, de l’individualisme le plus outrancier (souvent poussé jusqu’à la paranoïa) venir, par la voix de Mm Biaggi, donner des leçons de mutualisation aux associations, qui l’ont tout simplement inventée cette mutualisation dans notre beau pays et la pratiquent régulièrement, ne serait ce d’ailleurs que du fait des contraintes budgétaires . — Les savants calculs de Mm Bernasconi arrivent difficilement à cacher que le budget culturel passera grâce à son “gain de cause”, en 2016 à un peu moins de 17,1 millions d’euros (1,9 – 10%) contre 34,8 millions d’euros en 2013, ce qui nous fait quand même une baisse de plus de 50% sur 3 ans (pour ceux qui ne l’avaient pas compris à l’époque de la fabuleuse capitale arnaque, “la fête est finie”!). Avec le temps, ce sera tout à l’honneur des associations culturelles qui, à l’époque, avait compris le film et ne s’étaient pas prêtées à cette farce et à la course à l’échalote qui en avait résulté. Il y en a eu, même si la presse (et pour une fois Marsactu inclu) n’y avaient prêté à l’époque guère d’attention! — Bon, l’essentiel est quand même sauvegardé puisque les fleurons du tourisme culturel sont sanctuarisés (et sans doute avec eux, ” loges et bassines” idoines). Mais on aurait aimé quelques commentaires bien sentis sur ce qu’il en est des 20% en matière de budget pour l’industrie touristique, ou pire, pour ce qui en tient lieu, dispersé en toute transparence dans les divers budgets. —Bon, le malheur sert toujours à quelque chose et, avec cette politique plus la métropole et pour peu que le conseil régional s’y mette à son tour, ceux qui n’ont que très partiellement saisi l’importance des rôles que joue la vie associative dans notre pays et dans ce département, pourront d’ici quelques temps faire le compte des effets délétères massifs que ces choix ne manquerons pas d’entrainer, et mieux comprendre la chose in vivo. Particulièrement à Marseille où, du fait des traditions defferistes, les associations ont fort mauvaises presse, alors qu’en la matière les pratiques d’Andrieux ou de Guérini sur cette ville, sont sans aucune commune mesure avec les mauvaises manières que l’on peut, malheureusement, trouver ailleurs. ( Même s’il y a quelques glorieuses exceptions, telles la saignante période Anglade à Vitrolles.). Bien plus encore qu’à l’époque de defferre, les assos de bouches du rhône vont cher payer le phénomène politique auquel il a généreusement donné son nom.

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  7. .44 .44

    SCANDALEUX.

    Personne ne se rend compte des conséquences réelles de telles restrictions !

    Couper les aides aux assocs c’est prendre le RISQUE DE BLOQUER DE BEAUX PROJETS, on n’imagine pas JUSQU’OU CA PEUT REMONTER…

    Je connais quelqu’un qui participe à une association culturelle.

    Les collectivités vraoudaient qu’ils aient un local décent.

    C’est bloqué.

    Et les petites entreprises du bâtiment, obligés d’employer des travailleurs pas toujours déclarés car ils n’ont que du cash (bien acquis ça va sans dire), qui y pense ?

    Et le réseau bancaire national qui doit financer l’opération, alors ? Le pauvre, qui y pense ?

    Et le parti politique qui serait lié à ce réseau (d’après la procédure pénale en cours), qui y pense ?

    Et le président de ce parti qui galère pour trouver le financement de sa campagne présidentielle, qui y pense ?

    Vraiment, ‘faudrait voir à prendre un peu de hauteur, ça aiderait à comprendre les enjeux réels……………et comment 1-3 et 9-2 sont reliés directement via un TROU DE SOURIS…….

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    • .44 .44

      comm n°7

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