Le journal a une nouvelle fois réussi à mobiliser ses lecteurs via une souscription pour passer un cap difficile. Un an après la reprise par les Fédérés, il revendique des abonnements en hausse et vise l'équilibre à la fin de l'année. Mais le quotidien qui se veut à la pointe de la défense des salariés doit maintenant l'assumer en interne.

La date du 31 mai est passée, mais l’appel aux dons orne encore la une du site internet de La Marseillaise. Il y a un mois, le journal annonçait avoir besoin de 300 000 euros et si « l’appel a été entendu », selon le président délégué Fabrice Lecomte, « la souscription va se poursuivre car nous sommes toujours fragiles, comme tous les journaux indépendants des grands groupes ». Dans son appel à ne pas se laisser « voler le printemps de La Marseillaise », le PDG Pierre Dharréville, par ailleurs secrétaire départemental du PCF, insistait sur l’enjeu démocratique : « Notre journal est en train de faire à nouveau la démonstration de son utilité et de son intérêt public. »

Alternative à La Provence, ce journal passera donc le printemps. Après son placement en redressement judiciaire fin 2014, l’association Les amis de la Marseillaise avait déjà réussi à réunir plusieurs centaines de milliers d’euros, permettant de consolider l’offre de reprise validée par le tribunal de commerce en avril 2015. Aujourd’hui, Fabrice Lecomte se refuse à donner le montant collecté. « On n’est ni dans le crowdfunding, ni dans le Téléthon », argue cet ancien de l' »Huma« , d’autant plus que « certains lecteurs nous ont soutenus via l’abonnement ». L’État a également mis de l’huile dans les rouages en acceptant le versement anticipé d’aides à la presse.

L’équilibre visé à la fin de l’année

Après avoir reçu en avril une lettre annonçant des difficultés, le personnel peut donc souffler. Pour l’instant. « Il y avait un problème conjoncturel mais il y aussi un problème structurel de modèle économique. Ce qu’on veut, c’est qu’on ne nous dise pas tous les mois qu’on ne sait pas comment on va payer les salaires », prévient Jean-Marie Dinh (SNJ-CGT) au sortir du comité d’entreprise de jeudi dernier. Du côté de la direction, on « pense pouvoir atteindre l’équilibre sur l’année 2016 en fin d’exercice, assure Fabrice Lecomte. Les salariés sont évidemment inquiets, mais de manière constructive. Tout le monde est sur le pont. »

Le débat ancien de la diffusion

Fabrice Lecomte dément toujours catégoriquement le chiffre avancé en avril par Le Ravi, selon lequel « le titre vend à peine plus d’un millier d’exemplaires par jour dans les Bouches-du-Rhône ». En l’absence de statistiques certifiées par l’OJD, l’organisme professionnel du secteur, le débat sur la diffusion réelle du titre continue… Mais l’ordre de grandeur « officiel » ne semble plus si éloigné : toutes éditions (Marseille Bouches-du-Rhône, Provence et Languedoc), « on tire entre 15 et 20 000 exemplaires, en fonction de l’actualité », dévoile Fabrice Lecomte.

Ces prévisions se basent notamment sur les résultats de la nouvelle formule, lancée en mars et présentée comme un succès. Outre l’arrivée de la couleur, elle s’appuie sur un déroulé mettant davantage en valeur les informations locales, même si la proximité a été réduite en même temps que le nombre d’éditions. « En 2015, on a retrouvé le stock d’abonnés. Depuis, on est à + 10%. On est globalement sur la même tendance en kiosques. »

En parallèle, le titre pâtit d’un marché publicitaire fluctuant et globalement à la baisse. L’année 2015 a été en deçà des attentes et le mois de janvier, noir. « La collecte de publicité de l’agence 366 [régie publicitaire commune des titres de presse quotidienne régionale, ndlr] a baissé de 65 % », déplore Fabrice Lecomte. Ces fonds arrivent trois mois après », d’où le « trou de trésorerie important » à l’origine de l’appel. Une occasion pour lui de rappeler le statut du titre – « indépendant des grands groupes, sans réserves financières ou appuis bancaires lourds » – ainsi que l’enjeu de pluralisme. « Il y a un an, ce qui était en débat, c’était la mort pure et simple du journal. Il a vraiment failli disparaître. »

Clause de cession

Garantie par l’article  L7112-5 du code du travail, la clause de cession permet à un journaliste de bénéficier des mêmes conditions de départ qu’en cas de licenciement lorsque le titre auquel il collabore change de propriétaire. À titre indicatif, pour un salaire de 2000 euros bruts et dix ans d’ancienneté, l’indemnité due dépasse les 20 000 euros.

Dans ce contexte d’assise financière incertaine, le journal « essaie de faire des économies en refusant les départs en clause de cession », regrette l’avocate Laure Daviau, qui défend plusieurs salariés aux prud’hommes. Comme l’a détaillé Le Ravi, d’autres avocats travaillent au total sur une quarantaine de dossiers, dont la plupart concernent l’ancienne société éditrice. En revanche, la clause de cession (voir ci-contre) doit être versée par la nouvelle, les Éditions des fédérés. Certaines décisions sont annoncées pour octobre.

S’ils n’ont pas d’impact financier direct, les autres dossiers alimentent l’image d’« un journal qui n’a jamais respecté la convention collective et le code du travail », dénonce Me Olivier Kuhn-Massot, « très gêné par le côté Tartuffe de La Marseillaise qui défend tous les salariés sauf les siens » et la mansuétude de la CGT qui siège aux prud’hommes. L’air est connu, mais n’avait jamais donné lieu à une telle vague de procédures, alimentée par le plan social consécutif à la reprise devant le tribunal de commerce. « Les gens que je défends, journalistes ou imprimeurs, ont pour point commun d’être extrêmement dévoués, investis. Ils ont l’impression d’avoir été cocufiés », commente Olivier Kuhn-Massot.

Comme Laure Daviau mais aussi Dany Cohen, il a déjà remporté des victoires aux prud’hommes, même si la plupart ne font pas droit à la totalité des demandes. Pour lui, cela pourrait « servir d’exemple à ceux qui restent ». L’offre de reprise des Fédérés, que Marsactu avait consulté à l’époque, précisait que « le repreneur s’engage à engager un plan de rattrapage salarial et à améliorer les conditions de travail des salariés dans ses locaux ».

Interrogé, Fabrice Lecomte précise que « les négociations annuelles obligatoires (NAO) sont en cours. Quant on vise l’équilibre en 2016, c’est en intégrant des éléments d’évolution de la masse salariale ». L’idée, partagée par Jean-Marie Dinh, serait d’étaler le rattrapage sur trois ans. « Le dossier social avait été laissé de côté pendant un an. Nous sommes dans une volonté à la fois réaliste et constructive, estime le syndicaliste, traduisant bien l’investissement presque militant de la maison. Ce que va proposer la direction dans le cadre des NAO sera un gage pour ce plan de rattrapage. » Avec tout de même un œil sur les décisions des prud’hommes ?

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Julien Vinzent_
Journaliste.

Commentaires

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  1. barbapapa barbapapa

    La Marseillaise, depuis des décennies, est le moins bon employeur du centre ville de Marseille, et sa direction le meilleur client des grandes tables de la ville…

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    • JL41 JL41

      Et que s’est-il passé à la tête de la CGT ? Un luxe dans l’aménagement du bureau de la direction probablement du même ordre que chez Gattaz, sa tête de turc habituelle. Il y a des comportements propres aux élites, qui expliquent d’ailleurs pourquoi les faits de favoritisme ou de corruption ne sont pas punis à hauteur de ce que la loi prévoit déjà. Alors des naïfs viennent ajouter des dispositifs et des chartes dont les mêmes (dont ils font ou feront partie) se contrefoutront.

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