En matière de transports en commun, les candidats aux municipales ne promettent pas de révolution, même si le financement reste incertain. En scrutant Carticipe Marseille, certains oublis sautent aux yeux : quid des plages, de certains quartiers des 3e et 14e arrondissements, du réseau de bus, des espaces piétons ?

Les transports c’est du lourd. En terme d’enjeu pour une ville qui collectionne les pics de pollution, comme au niveau du budget pour ce qu’on appelle les « modes lourds » (métro, tramway). En la matière, les sentiers sont déjà tracés, listés, chiffrés dans un plan de déplacements urbains (PDU) à 4 milliards d’euros. Voté en juin 2013, il anticipe les chantiers des 10 prochaines années (nous vous avions fait une chronologie interactive à l’époque).

Seule une petite partie du PDU de 2006 a été réalisée. Voici, huit ans après, l’état des projets dans les cartons… et dans la plupart des programmes municipaux, si ce n’est le métro à l’hôpital Nord, ressurgi à la faveur d’une visite du premier ministre.

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Légende : en pointillés, les projets de métro (rouge), de tram (orange) et de bus à haut niveau de service (magenta). Afficher la carte en plein écran.

Pour élargir le regard et sortir des lignes toutes tracées, Marsactu s’est plongé dans les propositions des internautes sur Carticipe Marseille. Les transports constituent en effet la moitié de l’activité de notre site participatif, avec près de 200 idées et 2500 votes. Comme les candidats, les Carticipants ont une préférence pour le métro : à Château-Gombert voire Allauch, à l’Estaque, à Bonneveine, et pourquoi pas carrément une ligne 3 Saint-Jérôme-Mazargues, que propose H.L. Nous les avons regroupées sur une carte.

1 Et les bus, bordel !

Du métro, encore du métro… « Et les bus, bordel ! » C’est par cette adresse volontaire que le blogueur Lagachon a interpellé les candidats il y a quelques jours. « On parle un peu de transports dans cette campagne mais c’est toujours à propos des énormes projets qui ne verront le jour qu’en 2020, 2024, 2030 ou pire : « à terme » (une expression qui à tendance à signifier jamais ou dans un futur très très éloigné) », regrette-t-il.

Pourtant, poser la question des bus, c’est aborder la desserte de tous les quartiers de Marseille, ainsi que la mobilité le soir et la nuit. Nous ne pourrons pas résoudre toute la question des déplacements par des projets de métros, et encore moins le faire à court-terme.

Apparemment, il suffisait de demander, puisque la plupart livrent de bonne grâce une vision pour ce mode. « Dans un programme municipal, on ne rentre pas dans ces détails là », justifie Karim Zéribi, candidat sur les listes PS/EELV. Pourtant, « un tiers des usagers prennent le bus, un tiers le métro ou le tram, un tiers les deux, rappelle François Costé, spécialiste transports sur les listes Diouf. On parle beaucoup des modes lourds, mais pour beaucoup ils ne peuvent être utiles que si des bus permettent d’y accéder. » Il défend donc l’idée d’une « grande enquête » sur l’évolution du réseau de bus : « Les élus ont tendance à décider des lignes sans demander l’avis des gens, ou bien sous la pression parce qu’à tel endroit un CIQ dit qu’il faut desservir le quartier. »

Mais au-delà du « où », c’est le « comment » qui préoccupe les candidats. Pour Karim Zéribi, « le réseau de bus ne vaudra en attractivité que si on lui donne la priorité sur la voie publique. Si on met plus de bus, sans sites propres, on va dans le mur ». Tête de liste Front de gauche dans le 1/7, Christian Pellicani complète : « Dans le 7e par exemple, nous avons un maillage satisfaisant de lignes. Ce que nous disent les habitants, c’est d’améliorer le cadencement et l’amplitude horaire. Pourquoi est-ce que les gens vont en voiture le soir à l’Escale Borély ? Parce que sinon ils seraient coincés au retour. Il faut éviter le couvre-feu. »

Dans la foulée de la ligne 95 des Hauts de l’Estaque, Karim Zéribi préconise « beaucoup plus de petites navettes pour desservir les hauts de quartiers ». Ceux du 15/16 qu’il connaît bien (« Verduron haut, le Mont d’Or ») mais aussi « Notre-Dame de la Garde, La Panouse ». À tout seigneur tout honneur, c’est dans le programme écrit de Jean-Claude Gaudin que cette idée figure noir sur blanc : « Les transports courts seront facilités par des micro-bus électriques ». « On a vu beaucoup de grands bus arriver, avec des lignes rapides, par contre ce qui fait défaut quand on va dans les réunions de CIQ c’est la desserte de zones un peu inaccessibles comme les hauts de Périer, notamment le dimanche », commente Laure-Agnès Caradec, adjointe au maire.

2 Muscler le trait de côte

Autre angle mort des candidats : le littoral Sud, de la Corniche aux Goudes, pourtant pas le moins embouteillé en période estivale. La proposition qui recueille le plus de votes sur Carticipe est d’ailleurs celle d’un tram littoral. « Une des difficultés des transports, c’est que tout le monde est un peu spécialiste et que certaines idées peuvent faire boule de neige parce qu’on verrait la mer, que ça ferait beau, qu’il y en avait un avant etc, réagit François Costé. Il est nécessaire de faire des évaluations : combien ça coûte, combien on dessert de population, combien ça rapporte en exploitation. » En l’occurrence, il se dit peu convaincu par l’intérêt en terme de densité d’« une ligne sur le littoral qui par principe ne dessert pas de chaque côté ».

L’enjeu est pourtant criant, comme l’illustrent notamment les bouchons chroniques à la Pointe-Rouge. Le secteur du parc national des Calanques a fait l’objet d’études de l’agence d’urbanisme de Marseille (Agam), avec le constat qu’« aujourd’hui, 80% des usagers du parc utilisent leur voiture et seulement 10% les transports collectif ». Là encore, François Costé s’en remet à l’avis de la population, avec « un mini plan de déplacements urbain. Si on fait un débat public et qu’on demande aux gens comment organiser l’accès aux Calanques, ils s’approprieront les solutions. Celles-ci peuvent être assez dures, comme un point au-delà duquel on ne peut venir qu’en transports en commun, le terminal du bus 19 à Saména par exemple. »

Plus en amont, un Carticipant propose un bus en site propre du rond-point du Prado à la Pointe-Rouge, en s’appuyant sur une autre étude de l’Agam.

Capture d’écran de Carticipe Marseille

Laure-Agnès Caradec approuve. « Très bonne proposition, peu coûteuse », embraye Karim Zéribi. Il écarte en revanche des investissements plus lourds à court terme : « Il faut prendre en considération qu’on a 30 ans de retard. Si on veut être sérieux, il faut donner les priorités pour les 6 ans qui viennent ». Pour lui, « le littoral et les plages représentent un enjeu » mais derrière l’hôpital Nord et le Sud-Est.

Au rayon des mesures peu coûteuses c’est donc toujours le bus – comme quoi – qui est plébiscité par Zéribi et Pellicani pour la Corniche, avec deux voies dédiées. Laure-Agnès Caradec n’est pas convaincue, à cause du « goulet d’étranglement à partir du marégraphe ». Dans la même optique, l’une des idées les plus appréciées est l’extension du service de navettes maritimes. Défenseur historique de ces dernières, Christian Pellicani abonde : « Nous sommes pour un renforcement de l’offre de transports maritimes, avec une liaison estivale du J4 aux portes des Calanques et à l’arrivée une navette électrique pour aller jusqu’à Callelongue. »

3 Sortir la Belle-de-Mai de l’impasse

 Via l’enceinte de la gare Saint-Charles, par un tram, « en utilisant la voie ferrée existante », avec un téléphérique ou, plus attendu, par le métro. Au-delà de la solution technique, l’enjeu de desserte de la Belle de Mai semble en tout cas partagé. L’enquête sur l’accessibilité du pôle média actuellement menée par l’Agam – encore elle – pourrait le confirmer dans les prochaines semaines.

Capture d’écran de Carticipe Marseille

« Notre projet c’est de permettre le lien entre le boulevard Camille Flammarion et la Friche, répond Laure-Agnès Caradec, fidèle à l’esprit du programme Gaudin de s’appuyer sur des réflexions déjà en cours à la mairie. Aujourd’hui, il y a la barrière des voies SNCF. En couvrant une partie on peut avoir une transversalité, des cheminements pour les piétons et modes doux. » En complément, elle revient à ses chères navettes : « Depuis Désirée Clary on peut organiser une desserte rapide, en changeant les calibres des bus. »

Au Front de gauche, Christian Pellicani voit plus lourd : « Avec la Friche qui se développe, on est favorable à un renforcement de la desserte bus et à terme, le point de départ de la ligne 3 du métro pourrait être la Belle-de-Mai. » De leur côté, François Costé et Karim Zéribi partagent l’idée d’utiliser les voies ferroviaires.

4 Sainte-Marthe… en 2033

Bien plus éloigné des discours politiques et même des clics des Carticipants, le quartier de Sainte-Marthe est emblématique des interstices oubliés de la ville. Le métro 2 passe trop à l’ouest, le métro 1 trop à l’est. Pourtant, une zone d’aménagement concertée prévoit « 30 000 habitants, une ville comparable à Carpentras », soulignait sur notre plateau Maurice Sappe, président du CIQ du cru. Ou Vitrolles ou La Ciotat, si vous préférez. François Costé adhère au diagnostic, auquel il « ajouterait même le Merlan. C’est très compliqué, pour des raisons de topographie notamment, et il faut bien dire que pas grand monde ne s’en occupe. »

Capture d’écran du plan de déplacements urbains – Schéma 2033

« Faute d’autre solution en surface, je pense au train ou à la rocade Nord », François Costé évoque « une troisième ligne de métro ». Pour Le Merlan, elle figure d’ailleurs dans les réflexions du plan de déplacements urbains à horizon 2033. Karim Zéribi rappelle qu’à défaut de métro le quartier accueille déjà une halte ferroviaire, « qui permet d’être dans le centre en 7 minutes ». Encore faut-il qu’elle soit indiquée, valorisée, intégrée au maillage des bus. « Je suis stupéfait des difficultés entre autorités », tempète le président de la RTM.

Laure-Agnès Caradec écarte elle tout grand investissement dans la mandature : « On ne pourra pas aller partout dans une échéance de 6 ans ». Elle revient donc à un projet bien identifié dans notre carte introductive : le très grand bus « transversal » sur la L2, prévu pour 2017. Le parcours a la mérite de rompre avec la logique radiale classique : « On pense toujours à aller au coeur de Marseille, mais on ne dit pas combien c’est compliqué de passer du 13e au 15e », glisse Karim Zéribi. Au-delà de cette approche circulaire encore « défaillante » pour Zéribi, François Costé appelle à réfléchir à « des dessertes internes spécifiques » aux quartiers Nord.

5 Faire marcher les piétons

Mais revenons à un mode de déplacement moins coûteux en finances publiques et moins aérien que le téléphérique : la marche à pied. La première mesure du PDU est en effet de « réaliser un inventaire des places publiques situées dans les lieux de centralité, et de lancer un programme d’aménagement de ces places destiné à supprimer l’usage automobile qui en est fait, en prenant en considération les besoins des riverains (livraisons, déménagement, …), à travers une réglementation des horaires par exemple ». Force est de constater que les programmes municipaux ne regorgent pas de propositions dans ce sens, contrairement à Carticipe Marseille : nous avons recensé une dizaines d’idées (visibles sur cette carte), sans compter les multiples demandes de libération de trottoirs de l’emprise du stationnement anarchique. Certains veulent même – soyons fous – « semi-piétonniser », comme sur le Vieux-Port…

 

Capture d’écran de Carticipe Marseille

« Je dis banco !, s’enthousiasme François Costé. C’est très important, ces gens sont dans l’expression d’un besoin extraordinaire à Marseille, celui de la pacification de la circulation. » Il met en avant « l’idée du livre blanc du collectif vélo en ville que l’intérieur du Jarret doit être en zone 30. Cela permet de trouver un modus vivendi avec les voitures. On leur a trop longtemps rendu la circulation confortable, il faut inverser le processus. »

Sur le principe, les autres candidats s’engagent dans ses pas, avec chacun son exemple en tête. Christian Pellicani pense à la « place de la Providence, où depuis longtemps nous avons discuté avec les habitants de faire un parking enterré résident et une plate-forme logistique. C’est notre approche de l’espace public : concerter, car on ne va pas plaquer la même solution partout. » « Ça fait longtemps qu’on a écrit au président  [socialiste de MPM] Eugène Caselli pour la semi-piétonnisation de la rue Paradis, avance Laure-Agnès Caradec. L’élue UMP plaide pour « une voie circulable pour les bus et les livraisons, des trottoirs élargis et des stationnements remplacés par des éléments de service (aires de livraison, parkings vélos, containers à déchets). »

« Le jour où nous aurons des responsabilités, on ne lésinera pas », assure pour sa part Karim Zéribi. Quant on lui fait remarquer que ce point n’est pas forcément affiché comme une priorité des listes Mennucci, il rétorque : « Avec des conseils de quartier, des CIQ, un conseil économique, social et environnemental, des citoyens tirés au sort, on fera une autre démocratie. Pas seulement celle de ceux qui ont décidé de s’investir mais aussi de ceux qui n’en ont pas le temps ou même l’envie. Je suis convaincu que les écologistes s’appuieront alors sur l’opinion et la bataille politique sera gagnée ». De toute manière, les débats ne s’arrêteront pas le soir de l’élection.

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