Contre la loi travail, la divergence des luttes

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le 18 Mai 2016
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Ce mardi, la manifestation contre la loi Travail a débouché sur deux manifestations. Tenue par les syndicats, la première s'est achevée sans encombres place Castellane. La seconde - sauvage - a donné lieu à une course-poursuite avec les forces de l'ordre dans les rues du 5e arrondissement. Reportage.

Des manifestants de la CNT font face à la police devant la gare de la Blancarde.

Des manifestants de la CNT font face à la police devant la gare de la Blancarde.

Le divorce a pris la forme d’une tangente. Cours Lieutaud, les milliers de participants au cortège de l’intersyndicale contre la loi Travail se dirigent lentement vers la place Castellane quand deux cents manifestants, dont de nombreux lycéens choisissent de changer d’itinéraire. Durant plusieurs heures, de Chave à la Blancarde, ce cortège non officiel a suivi son propre chemin, parfois hasardeux, avant d’être stoppé par les forces de l’ordre, non loin du boulevard Sakakini. Ce n’est pas la première fois que les opposants à la loi Travail divergent dans leurs modes d’action. Ni qu’une partie du cortège musarde en fin de parcours en empruntant le boulevard Baille. Mais cette manif autonome signale une cassure nette dans les modes d’opposition.

Le 12 mai dernier, place Castellane, des heurts ont opposé de jeunes manifestants à des membres du service d’ordre de la CGT qui encadraient le cortège. « Depuis le début des manifestations, certains ont décidé de manifester devant le cortège, souvent cagoulés, présente Olivier Mateu, secrétaire général de l’union départementale CGT. Ce sont eux qui se sont attaqués à nous alors qu’on s’enquillait dans une petite rue. » Selon plusieurs sources, les militants de la CGT ont alors fait usage de gaz lacrymogène, voire de battes de base-ball. À leur tour, des jeunes manifestants ont tiré des projectiles sur les cégétistes.

Le secrétaire général de la CGT ne dément pas… « Quand on décide de manifester en toute sécurité, nous nous organisons en conséquence. Mais je regrette surtout qu’on laisse de la place à ceux qui ont d’autres intentions que de manifester et qu’on divise ainsi le mouvement », souligne Olivier Mateu, qui pointe la responsabilité de la police. Sur un autre mode, l’union syndicale Solidaires 13 a elle aussi dénoncé un « étau » mis en place par les forces de l’ordre le 12 mai.

Ces tensions ont fini par déboucher par une claire divergence. Dans un tract, le collectif 13 en luttes mettait en cause la CGT dans ces heurts et appelait à poursuivre la manifestation par l’action en organisant un « blocage économique ».

Manif de traverse

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(Pour plus de confort, lire cette galerie en plein écran)

Cette manifestation divergente a été réfléchie et organisée. Les manifestants réunis autour des drapeaux rouge et noir de la Confédération nationale du travail (CNT) et des banderoles dépourvues de sigles syndicaux ont d’abord fait un premier tour de chauffe par le cours Julien avant de réintégrer le cortège quelques minutes. Parmi eux de nombreux jeunes et lycéens, entourés par des manifestants plus chevronnés empruntent alors la rue des Bergers. Auparavant quelques uns de ces manifestants déterminés s’engouffrent dans une entrée d’immeuble. Ils en sortent munis de boucliers en carton, décorés de symboles « peace and love ».

D’autres manifestants ont des intentions moins pacifistes. Certains se servent dans les poubelles. Apparaissent bouteilles, barres de fer, un poing américain. À chaque croisement, les conteneurs à poubelles sont renversés pour bloquer les voies. À maintes reprises, des mains anonymes y ajoutent une giclée d’alcool à brûler, vite enflammée. Si certains affichent l’intention d’en découdre – ou en tout cas de faire face -, l’atmosphère est plutôt bon enfant même si les slogans les plus repris sont « Tout Marseille déteste la police ! » et « grève, blocage, manif sauvage ! ».

La gare de la Blancarde en ligne de mire

Le cortège fait des tours et des détours, passant par les rues étroites du 5e arrondissement. L’objectif qui se dessine peu à peu est d’atteindre la gare de la Blancarde, au bout du boulevard Chave, afin de bloquer le trafic. Plus la gare se rapproche, plus la présence policière se fait pressante. Un des porteurs de boucliers peine à suivre le gros de la troupe tant le cortège s’étire. Le souffle court, il cherche un relais, en vain. À la traversée du Jarret, le ton s’échauffe. Des automobilistes veulent passer à toute force et un rétroviseur manque d’être arraché. Là encore, des poubelles sont enflammées.

Une fois arrivée à la gare, la brigade anti-criminalité entre en action avec gaz lacrymo et matraques télescopiques. Projectiles et insultes fusent de toutes parts. À leur tour, les CRS chargent pour écarter le gros des manifestants des voies ferrées. En vain, une partie d’entre eux parviendra à bloquer les voies pendant près d’une heure selon la préfecture de police. La majeure partie des manifestants est alors repoussée à coups de lacrymo jusqu’au boulevard Jeanne-d’Arc où les CRS ferment la souricière. Dans le ciel, un hélicoptère reste en vol stationnaire.

8 arrestations et 50 contrôles

Une cinquantaine de manifestants de tous âges sont plaqués alors sans ménagement contre la devanture d’un salon de coiffure. D’autres s’engouffrent dans un parc pour enfants poursuivis par les forces de l’ordre. Ainsi bloqués, ces dernières procèdent à des contrôles d’identité et embarquent huit manifestants après une fouille minutieuse. À l’écart, d’autres manifestants observent : « Franchement, les flics cherchent à nous tabasser. Ils nous prennent à coups de bombe dans le cortège, constate un lycéen qui dit avoir fait toutes les manifs de ces dernières semaines. Mais là ça n’était pas la pire. Le 28, ils voulaient vraiment nous frapper ».

Un de ses camarades, en classe prépa à Notre-Dame-de-Sion, tient là sa première manif. « Franchement, je suis choqué par l’attitude de la police », dit-il d’un ton posé avant de conclure sur une insulte. Un autre a encore les joues rouges et les yeux qui pleurent. Lui n’est pas lycéen mais « en troisième ». « Mais parce que j’ai redoublé », lâche-t-il penaud.

Sortie de parc

D’autres militants plus aguerris font la leçon à des lycéens qui commencent à détailler le blocage de la gare. « Tu ne sais pas à qui tu parles. Cela peut être des flics, ils ne se sont pas présentés. Cela peut être retenu contre toi, ce que tu dis », sermonne une jeune femme. Les jeunes lycéens s’éloignent sans demander leur reste. Les CRS achèvent de disperser le groupe qui s’est peu à peu constitué sur le trottoir d’en face et crie « libérez nos camarades ! ».

Les derniers à être libérés sortent du parc pour enfants encadrés par des CRS casqués. Les jeunes sourient, visiblement soulagés. « Franchement, ils nous ont bien traités », soupirent deux d’entre eux. L’image de cette sortie de parc, sourires aux lèvres, n’efface par le souvenirs des poings levés et matraques dressées. Prochaine manifestation, ce jeudi à l’appel de l’intersyndicale.

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Commentaires

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  1. mrmiolito mrmiolito

    Je profite de cet article pour rappeler aux manifestants, cégétistes, autonomes et CRS, qu’il y a une école maternelle, 75 petits de 3 à 4 ans dans 3 classes de petite section, rue des Bergers. A leur âge ils n’ont pas à subir le fracas social…
    J’ai déjà eu peur pour leurs petites têtes une fois en y déposant mon fils : l’entrée de l’école se fait vers 13 h 30, heure où les manifestations « pourrissent » habituellement à Marseille et où, comme vous le rappelez, la rue des Bergers semble servir de chemin de traverse de plus en plus souvent.
    Jusqu’ici tout va bien…

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