Où se situe le vote Macron à Marseille ? Où François Fillon a-t-il résisté, dépassant parfois les 50 % ? Quels bureaux de vote ont (encore) été marqués par une abstention forte? Réponse en cinq cartes, commentées par Joël Gombin, politiste et chroniqueur de Marsactu.

À Marseille, où a-t-on voté Fillon, Macron, Le Pen et Mélenchon ? Quel visage offre l’abstention ? Ce nouveau jeu de cartes permet de saisir en un coup d’œil quelle est l’implantation locale des quatre principaux candidats du premier tour de la présidentielle. Pour cela, nous avons classé les résultats dans les 480 bureaux marseillais en cinq tranches de 96 bureaux (arrondissons à 100 si vous le voulez bien).

La première tranche, représentée par la couleur la plus claire, correspond aux 100 plus mauvais résultats du candidat. Ainsi, le centre-ville de Marseille est une zone blanche pour Marine Le Pen. On trouve ensuite une deuxième couleur avec 100 bureaux plus favorables, et ainsi de suite jusqu’au 100 meilleurs bureaux (les plus foncés sur les cartes). On découvre ainsi qu’Emmanuel Macron compte parmi ses territoires de prédilection l’ouest du 12e arrondissement, là où notre précédente carte se limitait à illustrer la domination de François Fillon.

Outre la carte électorale de chaque candidat, ces images font ressortir des clivages frappants entre nord et sud, votes bourgeois et populaires, centre et périphérie. Nous avons demandé à Joël Gombin, politiste à l’université de Picardie et chroniqueur de Marsactu, de les commenter.

Marsactu : plutôt qu’une analyse pour chaque candidat, ces cartes semblent se répondre. Que peut-on en dire ?

Joël Gombin.

Joël Gombin : Il me semble que deux logiques s’entremêlent. D’une part une logique nord-sud assez classique à Marseille, que l’on retrouve dans le vote François Fillon et Jean-Luc Mélenchon ou dans la carte de l’abstention. Bien sûr ce n’est pas absolue, avec notamment les 9e, 10e, 11e et 12e arrondissements. On voit aussi que tout ce qui est autour de Château-Gombert se comporte différemment du reste du nord de Marseille. Mais dans les grandes lignes on retrouve ce correspond à une logique gauche droite et aussi à une logique sociologique avec des quartiers nord populaires et des quartiers sud plus bourgeois. Il n’y a jusqu’ici rien de surprenant quand on connaît la sociologie électorale de Marseille.

Ce qui est intéressant, c’est que cela se combine avec une deuxième logique, centre – périphérie. Elle apparaît dans les votes Macron et Le Pen qui forment des calques inversés, comme si on avait pris un moule et qu’on avait fait un négatif. Le vote Emmanuel Macron très central, même si on le retrouve aussi dans les beaux quartiers périphériques. Dans le vote Marine Le Pen, tout le centre est presque blanc, avec des scores en dessous de 15 %. On l’avait déjà vu aux régionales – je l’avais évoqué dans une chronique sur le vote FN et les services publics – cela se confirme et se renforce peut-être même.

À Marseille, probablement comme au niveau national, on a la coexistence de ces deux niveaux d’organisation sociale et spatiale. Cette dernière correspond à une logique sociologique un peu différente, avec une mixité sociale versus une forme d’isolationnisme même si c’est à très petite échelle : on s’isole de son voisin qui est à quelques dizaines de mètres. Autrement dit des formes d’habitat qui favorisent moins la mixité sociale et ethnique, prononçons le terme.

On aurait pu penser que le très bon score de Jean-Luc Mélenchon s’expliquait par une mobilisation électorale, en particulier dans les quartiers populaires. En réalité l’abstention y est restée plus forte qu’ailleurs…

Plus qu’une sur-mobilisation par rapport à 2012, je pense qu’il y a surtout une redistribution au sein de la gauche. Il y a une corrélation très forte entre les deux cartes et on voit par exemple que le bureau qui correspond à la Castellane a voté à 50 % pour Mélenchon, mais avec une abstention forte [environ 45 %, ndlr]. On reste sur un schéma qui est bien connu dans lequel les quartiers populaires votent peu, mais lorsqu’ils votent ils le font massivement à gauche [en proportion, ndlr]. Sauf qu’au lieu de le faire pour Hollande comme en 2012, cette fois-ci ils l’ont fait pour Mélenchon.

En revanche, c’est un vote qui n’est pas du tout assuré d’une élection sur l’autre, pour des scrutins à niveau de participation plus faible. C’est ce qui a fait défaut à la gauche aux municipales par exemple, ou encore aux régionales… ce qui est inquiétant pour Jean-Luc Mélenchon dans la perspective des législatives. Ce n’est pas du tout sûr que ses électeurs vont revenir, contrairement à ceux de François Fillon. Pour le Front national, on observait jusqu’à présent – y compris en 2012 – une grosse déperdition de voix entre présidentielle et législatives. Il en sera peut-être autrement car on est entrés dans un autre cycle électoral. Cela dépendra aussi des circonscriptions, la démobilisation sera sans doute moins forte dans celle de Stéphane Ravier.

Autre élément frappant, les scores d’Emmanuel Macron sont concentrés dans une fourchette très réduite autour de 20 %. Plus largement, il ne fait jamais moins de 11 % et jamais plus de 33 %.

Par définition le vote Macron ne repose pas sur un travail politique important, une implantation politique de longue haleine. Or, pour avoir un bureau qui vote Fillon à plus de 70 %, il faut une homogénéité sociologique et une implantation forte. Idem chez Mélenchon, où il y a encore des relais communistes qui peuvent jouer fortement à certains endroits. La deuxième explication, c’est que cela correspond assez bien à la structure de l’opinion publique vis-à-vis de Macron. Très peu de gens le détestent, disent qu’ils ne pourront jamais voter pour lui. Et à l’inverse dans ces études, très peu disaient qu’ils voteraient pour lui quoi qu’ils arrivent. C’est un peu la traduction géographique de cela.

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