Ce passage à niveau de Saint-André qui fait baliser les chauffeurs de bus

Actualité
le 23 Sep 2019
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La CGT de la RTM a lancé un signalement de danger grave et imminent à propos du passage à niveau du quartier Saint-André que traversent les lignes de bus 25 et 36. Un passage à niveau qui fait déjà l'objet de tensions entre les riverains et la SNCF.

« Moi, ce que je ne veux pas, c’est qu’un de ces jours un copain fasse la une comme la conductrice de Millas. » En 2017, un bus scolaire, avait été heurté par un train alors qu’il traversait un passage à niveau, causant la mort de six adolescents. David Gimenes croise les bras devant l’épais dossier posé sur la table. Délégué du personnel CGT à la régie des transports métropolitains (RTM), il a déposé le 29 août une alerte auprès de sa hiérarchie pour danger grave et imminent. En cause, le croisement du passage à niveau du quartier Saint-André (16e arrondissement), situé sur le passage des lignes 25 et 36. Dernier passage à niveau marseillais emprunté par la RTM, il est décrit par beaucoup de conducteurs de bus comme « une vraie galère » ou « franchement dangereux« .

« Le problème, ce n’est pas tant le passage à niveau, explique Sébastien, chauffeur de la ligne. Mais quand on vient de Bougainville, il y a un virage cinq mètres avant et quinze mètres après, avec des arbres et des buissons qui nous cachent la visibilité, alors on ne peut pas vraiment l’anticiper. » « Il faut bien comprendre qu’un bus, ce n’est pas la même chose qu’une voiture, renchérit David Gimenes. Nous, on fait douze mètres de long, et bien souvent dans ces quartiers, les bus font leur tournée pleins à craquer. On doit toujours freiner très doucement, au risque de retrouver la moitié des usagers collés au pare-brise. »

Autre problème souvent relevé par les conducteurs, le croisement situé juste après le passage à niveau sur la départementale est le théâtre de nombreux manquements au code la route. Certaines voitures tournent à gauche pour prendre la D4 vers le nord, laissant les bus au dernier moment coincé derrière elles sur la voie. D’autres arrivent justement de cette voie et tournent en direction du passage à niveau en grillant la priorité aux chauffeurs venant de la D4 par le sud.

Le croisement du passage à niveau est le théâtre de nombreux manquements au code de la route. (Vue satellite Google Maps)

Deux incidents plus graves que les autres ont marqué les esprits. « Il y a seize mois, en février 2018, j’ai défoncé les barrières du passage à niveau« , raconte Alain. Ce jour-là, le conducteur fait son tour habituel sur la ligne 25, et arrive de la rue Condorcet. « Lorsque j’ai pris le virage, j’ai vu les lumières allumées devant moi qui clignotaient. À partir de ce moment-là, je n’avais que deux choix : freiner et m’immobiliser au milieu de la voie, ou accélérer et passer. » Le chauffeur opte pour la deuxième option, et fauche une barrière au passage. « J’ai tremblé de tout mon corps. Les gens ont écrit des réclamations pour dire que j’étais un fou, que je n’étais pas professionnel. Moi, je pense que j’ai sauvé la vie de mes voyageurs. » Alain passe ensuite en conseil de discipline, et voit trois cadres voter pour son licenciement. Il sera finalement reclassé au service financier, après 22 ans de service.

Dans les clous

À la fin du mois de juillet dernier, c’est le contraire qui se produit. Cette fois, le chauffeur freine avant le passage à niveau : « j’ai pensé à ce qui était arrivé à Alain, justement« , raconte-t-il. Le bus s’immobilise un peu après les barrières, et commence à reculer pour ne pas que celles-ci s’abattent sur lui. « J’ai légèrement percuté le bus qui arrivait derrière moi. Mon pare-brise arrière a explosé, le sien s’est fissuré. Une facture de 10 000 euros. » Le jeune chauffeur s’en tire avec un avertissement, mais David Gimenes décide de déposer l’alerte pour danger grave et imminent.

Le jour même, des ingénieurs de la SNCF chargés de la sécurité se rendent sur place pour contrôler le passage à niveau et rendent leurs observations : le passage à niveau est aux normes. « Le délai de préavis mesuré [durée entre la sonnerie d’annonce et l’abaissement des barrières, ndlr] est de 8,5 secondes. Après contrôle, le délai est conforme à nos directives« , peut-on lire dans un mail daté du 29 août.

Dans les jours suivants, après une demande de concertation immédiate lancée par la CGT-RTM et une saisie du comité social et économique (CSE), l’inspection du travail et les services de la voirie se rendent tour à tour sur place. »On ne prend pas ça par-dessus la jambe, assure Denis Costopoulo, directeur des ressources humaines de la RTM. La réactivité de tous les services concernés montre bien à quel point on a pris l’appel au sérieux. » La métropole préconise la mise en place de panneaux pour rappeler l’interdiction de tourner à gauche, ainsi que l’installation de petites bornes.

Les travaux ont été entamés ce vendredi et se poursuivront en début de semaine prochaine, d’après les services de voirie de la Métropole, contactés par Marsactu. L’inspection du travail, elle, n’a pas pour l’heure reconnu la situation de danger grave et imminent. « Nous avons suivi la procédure juridique et fait le nécessaire dans des temps records pour sécuriser l’intersection, on a exigé des aménagements de la voirie, maintenant on n’a d’autre choix que d’attendre la décision de l’inspection du travail, ajoute Denis Costopoulo. Desservir les noyaux villageois comme Saint-André est important, puisqu’on compte plus de 1 700 montées et descentes à cet arrêt sur les deux lignes. Ce serait dommage de devoir détourner la ligne. » Un coup de coude dans les côtes de la quarantaine de chauffeurs qui, ayant trouvé les aménagements insuffisants, ont fait valoir leur droit de retrait.

Pas touche

« Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? » Depuis 36 ans qu’elle est la présidente du comité d’intérêt de quartier de Saint-André, Elisabeth Pelliccio a l’esprit vif et le verbe haut. Cette histoire de bus coincé, lui fait redouter une fois de plus une fermeture du passage à niveau et un enclavement du quartier.

Ce passage à niveau a fait l’objet de nombreuses tensions ces derniers temps. « Figurez-vous qu’il emmerde beaucoup de monde ! » La SNCF a envisagé de le fermer pour laisser libre cours au fret venu du terminal de Mourepiane, avant de remettre à plus tard le projet. Cerné à la fois par l’autoroute et la voie de chemin de fer, le quartier se serait retrouvé encore plus isolé. Dans le cadre de la Ligne Nouvelle Provence Côte d’Azur (LNPCA), proposition a été faite aux riverains de le remplacer par un souterrain. « Il aurait fallu exproprier des habitants de la Traverse du Chemin de fer, et ça, c’était niet« , tranche Elisabeth Pelliccio.

Elle s’adoucit cependant en serrant la main de David Gimenes : « C’est vrai qu’il est compliqué, ce croisement. » « Vous comprenez, Madame, nous, on ne veut surtout pas enclaver Saint-André. On demande simplement de meilleurs aménagements, une signalétique à 150 mètres. » Le syndicaliste admet redouter qu’une augmentation prochaine du trafic ferroviaire sur la voie augmente le nombre d’incidents au passage à niveau. « La LNPCA se construit en concertation avec les habitants des quartiers, certifie-t-on du côté de la SNCF. Dans tous les cas, le trafic n’augmentera pas dans les prochains mois sur cette ligne. »

Et en ce qui concerne la requête des chauffeurs de bus, « nous nous occupons du dossier, mais ce sont souvent des problèmes de code de la route, avec lesquels la SNCF n’a rien à voir. » Côté CGT, un préavis de grève a été déposé à ce sujet. Elisabeth Pelliccio, quant à elle, conclut malicieusement : « Il faut pas nous laisser monter les uns contre les autres.« 

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Commentaires

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  1. MarsKaa MarsKaa

    Les chauffeurs de bus jouent leur vie et leur « carrière » , la vie de leurs passagers, c est peut-être eux qu il faut ecouter avant tout, ils n ont aucun interet personnel dans cet histoire, sinon la peur, tousles jours ..
    Merci pour ce type d articles Marsactu.

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  2. Un électeur du 9 ème Un électeur du 9 ème

    Compte tenu de la configuration des lieux et des circonstances les sanctions prises par la RTM contre les deux chauffeurs ayant eu à faire face à des incidents est scandaleuse.
    Par ailleurs les aménagement qui sont en cours sont insignifiants.

    La SNCF qui néglige depuis longtemps l’entretien du réseau et son amélioration est irresponsable (cf. l’accidents de Bobigny) et la seule chose qui lui importe ce sont ses bénéfices financiers et non pas le service public. En dernier ressort c’est le système Sarkozy-Hollande-Macron qui est en cause.

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  3. David David

    Cette direction, une fois de plus, se fiche de ceux qui font tourner la boîte : les salariés. Pendant que messieurs les directeurs et autres administrateurs « bossent » dans leurs bureaux et fauteuils matelassés, les chauffeurs risquent leur peau et leur intégrité pour se voir remercier par des sanctions, et aucun aménagement ? C’est un scandale de plus. Au pays de la macronie, la parole d’un rond de cuir qui affirme que « tout est normal car tout est aux normes » est bien plus prise au sérieux que celle d’un gars qui expérimente tous les jours la chose, la peur au ventre. Un peu comme partout on gouverne à l’aide de chiffres et de stats, et la vie des gens est résumée à des pointillés sur un graphique. Triste époque…

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  4. Germanicus33 Germanicus33

    Voici vingt ans que la tragédie de Port Sainte-Foy a fait des dizaines de victimes et il y a encore des passages à niveau sur le territoire….
    On attend un accident mortel?

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