Candidate avec Berland et employée municipale, une élue ferraille contre la Ville en justice

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le 11 Mar 2020
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Marie-Florence Bulteau-Rambaud est tête de liste pour la République en marche dans les 13/14. Elle est aussi une cadre municipale qui attaque son employeur pour une carrière qu'elle estime brisée. À l'origine de sa mise au placard, sa défense pointe l'intervention d'Yves Moraine en soutien à une commerçante de son secteur.

L’audience est passée inaperçue. Vendredi 14 février, Marie-Florence Bulteau-Rambaud attaquait la Ville de Marseille, son employeur, devant le tribunal administratif, pour contester de longues années de mise au placard, assortis de congés maladie. L’affaire pourrait être une banale querelle entre une fonctionnaire et son administration si la concernée n’était pas tête de liste dans les 13e et 14e arrondissements pour Yvon Berland (LREM). Et si le fond de l’affaire n’était pas éminemment politique.

Tout part de l’éviction de Marie-Florence Bulteau-Rambaud de son poste de chef de service aux emplacements, qui gère notamment les marchés forains et les terrasses de café. Son supérieur pointe un « relâchement » dans son travail en juillet 2017. « Sans doute que votre charge d’élue régionale ne vous permet plus d’être autant disponible ou effectivement présente dans le service qu’auparavant », écrit ce supérieur hiérarchique. Depuis 2015, Marie-Florence Bulteau-Rambaud est aussi élue régionale de la majorité Estrosi-Muselier sous les couleurs du Modem, ce qui lui donne légalement droit à une part de décharge professionnelle. Soulignant cette spécificité qui ne lui permet plus d’être « autant disponible », son supérieur demande « une nouvelle affectation dans un autre service en adéquation avec son profil professionnel, ses aptitudes, son grade statutaire et ses disponibilités actuelles ».

Yves Moraine a demandé sa mise à l’écart

Deux mois plus tôt, le même responsable écrivait pourtant que la fonctionnaire était « un élément majeur dans la structuration de la direction [qui] assure efficacement ses nouvelles fonctions de chef de service ». Que s’est-il donc passé entre-temps ? Marsactu s’est procuré un mail qui pourrait expliquer ce changement de pied. Le 1er juin 2017, le maire de secteur Les Républicains, Yves Moraine, demande directement à Claude Bertrand, le directeur de cabinet du maire la mutation de l’intéressée. « J’en ai assez… La dénommée Bulteau a très mal parlé il y a quelques jours à une restauratrice de Vauban. […] Ce resto a un succès fou et en plus, elle me soutient. Bulteau lui aurait dit « si vous n’êtes pas contente vous n’avez qu’à vous casser d’ici ». » Selon Marie-Florence Bulteau-Rambaud, le restaurant en question s’était vu reprocher quelques jours plus tôt une terrasse illégale par une autre agent du service. « Il est de mon devoir si j’ai connaissance du mauvais comportement d’un agent de le porter à la connaissance du maire », justifie aujourd’hui Yves Moraine qui en juin 2017 était en pleine campagne des législatives.

C’est finalement le directeur général des services adjoint Jean-Pierre Chanal qui prendra les choses en main pour demander au DRH de la Ville « d’envisager toutes les suites éventuelles à donner à ces comportements incessants, bien au-delà de sa seule sortie de ce jour, tant en matière de sanctions possibles que de mobilité à engager ». Un mois plus tard, démarrera donc la procédure visant à écarter la fonctionnaire de son poste de direction.

« Aucune volonté de sanctionner », dit la mairie

« Cela n’est peut-être pas sans rapport avec l’élection d’un président de la République que j’ai soutenu contre le candidat de la droite », veut croire celle qui n’a pas suivi son parti, le Modem, dans le soutien à Martine Vassal. Marie-Florence Bulteau-Rambaud estime ce choix arbitraire et y voit une sanction déguisée. « Si la décision de changement ne révèle aucune volonté de sanctionner, la Ville de Marseille a eu en revanche l’intention de tirer les conséquences du comportement de Madame Bulteau-Rambaud, dans le seul intérêt du service, et en considération de la personne », martèle la Ville face au tribunal.

Lors de l’audience, la rapporteur public chargé d’étudier préalablement le dossier a soutenu Marie-Florence Bulteau-Rambaud dans sa demande de réintégration à son poste et demandé la reconstitution de sa carrière. En attendant la décision du tribunal, la candidate sourit : « Si ça se trouve je reviendrai dans le service comme élue, adjointe aux emplacements… »

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Commentaires

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  1. Reuze Reuze

    Combien de terrasses de cafés et de restaurants sans autorisation ?
    Combien débordent largement de la surface autorisée ?
    Combien sont réellement démontables et démontées tous les soirs?

    Les problèmes sont tout aussi nombreux pour les emplacements des marchés.

    Il n’y a pas assez d’agents dans le service des emplacements et ils sont globalement trop laxistes.
    Avec cette affaire, on comprend mieux pourquoi : si un agent de la ville vous embête trop, il vous suffit de vous plaindre à l’élu qui fera le nécessaire…

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  2. Titi du 1-3 Titi du 1-3

    « La dénommée Bulteau a très mal parlé il y a quelques jours à une restauratrice de Vauban. […] Ce resto a un succès fou et en plus, elle me soutient. »
    Magnifique !

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  3. petitvelo petitvelo

    Et l’histoire ne dit pas ce qu’il est advenu au restaurateur de Vauban avec sa terrasse illégale ? Peut-on imagnier que la mairie a « régularisé » la chose sans frais ?

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