À Mazargues, Lionel Royer-Perreaut supprime un city stade six mois après l’avoir installé

Enquête
le 9 Fév 2022
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Le maire de secteur des 9/10 et président de 13 Habitat a décidé de retirer un terrain multisports au bout de six mois, pour un coût avoisinant les 30 000 euros. La raison ? Des voisins mécontents. Marsactu retrace l'histoire de cette décision expresse.

Le city stade n'aura tenu que quelques mois. (Photo : SL)

Le city stade n'aura tenu que quelques mois. (Photo : SL)

Au pied de trois résidences HLM 13 Habitat, un grand rectangle de terre entouré d’herbes est le dernier vestige du plus éphémère city stade de l’histoire. Six mois après son installation, il a été enlevé, pour un coût de plus de 30 000 euros.

Dans une ville où les équipements sportifs de proximité sont rares, un tel revirement étonne. Mais c’est à Mazargues que cela se passe, un quartier dont le maire de secteur n’est autre que le président de 13 Habitat, Lionel Royer-Perreaut. Dans cette histoire, les deux casquettes de l’homme politique se sont fortement superposées.

Sur le site de l’office HLM, dans une newsletter non datée, le bailleur annonce “Mazargues poursuit sa mue” pour “améliorer le cadre de vie des 650 locataires” de ses résidences Mazargues II, Lopofa et Jardins d’Opale (9e). Parmi les “projets d’envergure” annoncés : l’installation d’un terrain multisports. Les travaux débutés en avril 2019 ont été ralentis, l’épidémie de Covid et les élections municipales étant passés par là.

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Des voisins perturbés

Alors qu’il n’est pas encore installé, le terrain fait déjà des histoires. Il n’est pas situé n’importe où : dans ce coin du 9e, il y a d’un côté les immeubles de 13 Habitat et de l’autre, derrière un mur les pavillons de l’avenue Massenet, une copropriété fermée et cossue dont Marseille a le secret. Dès les travaux, les riverains de ce côté de la rue s’inquiètent des nuisances à venir.

Flambant neuf, l’équipement arrive en juillet 2021. Gazon synthétique, paniers de baskets, hauts filets, il y en a pour tous les goûts. Un panneau indique des horaires d’accès de 8 h à 21 h mais l’équipement n’est jamais verrouillé. Selon les soirs et les saisons, les Marseillais traînent dehors jusqu’à pas d’heures.

Comme attendu, le bruit que génère le terrain de sport gêne les voisins de la résidence privée de l’avenue Massenet. Ils finissent par se plaindre au maire d’arrondissements des 9/10, Lionel Royer-Perreaut. Quand les usages des uns entravent ceux des autres, le voisinage est rendu difficile. Mais parfois un simple mail ou un message sur Facebook suffit à régler le problème.

Lionel Royer-Perreaut s’est fait interpeller par Marc H., dont les terrasses donnent directement sur le terrain situé à quelques mètres. Il l’a d’abord contacté via la messagerie instantanée “Messenger” mais il indique que sa démarche personnelle est soutenue par tous les habitants de l’avenue Massenet, à qui il a fait signer une pétition. “Le président de 13 Habitat a été un interlocuteur de qualité. Il s’est déplacé ici pour prendre la température“, poursuit Marc H., qui a tout de même fait appel à un cabinet d’avocats pour cette affaire.

Une décision à 30 000 euros

Les riverains de l’avenue Massenet n’ont pas eu besoin de poursuivre en justice. Six mois après son installation, le démontage du terrain a lieu début janvier 2022. Le père de famille Marc H., semble soulagé. “Les jeunes jouaient au foot. Dès que ça crie, ça dit pas que de la poésie. On se faisait réveiller à deux heures du matin. Vous imaginez le bruit d’un ballon en cuir contre des grilles pendant des heures ?“, raconte-t-il à Marsactu.

Cette décision aura coûté au minimum 30 000 euros au bailleur social pour la dépose de l’équipement. Une facture qui ne compte pas les frais de stockage du matériel démonté, puisque aujourd’hui, aucun lieu n’est trouvé pour réinstaller le terrain. Selon les informations de Marsactu, ceux-là s’élèveraient à plusieurs centaines d’euros par semaine.

Médiation expresse

Contacté par Marsactu pour expliquer le choix d’un retrait si soudain, Lionel Royer-Perreaut indique avoir mené une médiation de voisinage après avoir été destinataire de films et de photos “d’usages détournés” du terrain. “On y faisait du rodéo sur le terrain, c’était devenu un lieu où des jeunes se posaient, explique-t-il. Lors de l’installation j’avais clairement exprimé aux futurs usagers qu’il était nécessaire de respecter les horaires. Je n’ai pas de gardien pour venir fermer le terrain, on était sur un engagement réciproque. Malheureusement ce n’est pas ce qui s’est passé et il y avait déjà des dégradations. J’y passe régulièrement et des locataires de 13 Habitat se sont aussi plaints !“. Président du conseil d’administration sans pouvoir exécutif, Lionel Royer-Perreaut assume d’avoir pris la décision seul, “en [s]on âme et conscience”.

Selon l’élu, six mois de médiation ont permis de faire mûrir sa décision. Pourtant d’après nos informations, le scénario d’une dépose était dans les tuyaux depuis le mois de septembre, à peine deux mois après la pose.

Je ne vais pas m’excuser d’être maire du 9/10 ! J’ai pris une décision pour que les gens ne finissent pas par se taper dessus

Lionel Royer-Perreaut

Alors qui du maire de secteur ou du président de 13 Habitat a agi avec le plus de célérité ? “Je ne vais pas m’excuser d’être maire du 9/10 ! Je traite de la même manière les habitants de 13 Habitat. J’ai pris une décision pour que les gens ne finissent pas par se taper dessus“, se défend-il. Le bailleur vante sa politique de lien social et le travail entrepris avec l’association Synergie Family pour créer de la médiation au sein de ses résidences. Dans le cas présent, c’est l’élu lui-même qui a joué les médiateurs. Tant pis pour le sport, lui qui appelait dans le quotidien La Provence à voir fleurir les plateaux sportifs pour le basket 3×3, “nouvelle discipline olympique“. Les jeunes locataires de 13 Habitat qui se rêvent champions olympiques devront aller jouer ailleurs.

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Commentaires

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  1. julijo julijo

    c est moche !!
    un batiment 13 habitat au milieu du 9e !!! c’est moche. alors un stade !! n’importe quoi !
    au fait lionel royer perreaut vient de rejoindre macron ! c’est la meilleure nouvelle de la journée !
    à savoir si lrem est ravi….

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  2. Mars, et yeah. Mars, et yeah.

    Clientélisme usuel de LRP, qu’il facilite grandement via ses différentes casquettes (13H, SOLEAM, etc.). Et pour info, un équipement comme celui-là coûte plus que 30k€ en général (à moins d’avoir été fait à l’arrache évidemment).

    Ses administrés l’ont bien compris : ils savent qu’il suffit d’un message (FB, whatsapp, messenger, etc.) pour que leur maire se dépêche de les satisfaire. En revanche les équipes des structures dont il est président n’ont, elles, pas cette possibilité. Pour ne pas dire l’interdiction de faire de même.

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  3. Happy Happy

    Pour 30 000 euros, il pouvait pas acheter un bon cadenas et même payer un gardien pour faire l’ouverture et la fermeture ? Ça semble une anecdote un peu risible, mais combien d’argent investi dans des équipements qui manquent tant, et qui restent fermés par défaut d’entretien et de surveillance ?

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  4. kukulkan kukulkan

    Une honte ! quelques propriétaires de maison imposent facilement leurs intérêts sur celui de plusieurs dizaines de jeunes qui vont du coup sûrement zoner sur les bancs publics, s’il y en a…
    Espérons que LRP ait payé ces 30 000€ avec ses deniers personnels !

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  5. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Monsieur LRP a beau rejoindre Macron, il reste ce qu’il est : un représentant de la droite locale clientéliste au dernier degré, avec un sens de l’intérêt général qui ne voit pas plus loin que l’horizon de la prochaine élection.

    Il pense que le boulevard urbain sud s’impose à toute la ville de Marseille parce que “ses” électeurs auraient validé ce projet en l’élisant. Il trouve opportun de sortir de la naphtaline le projet de prolongement du métro à Saint-Loup parce que c’est “chez lui” et que ça lui permet de s’opposer au tramway des Catalans. Il dégrade la performance du bus B1 en faisant installer un arrêt supplémentaire… à 150 m de l’arrêt suivant, parce que quelques habitants fatigués le lui ont demandé.

    Un grand homme.

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  6. TINO TINO

    D’après les photos, à la place du plateau sportif, il y a donc maintenant un magnifique boulodrome. Le bruit des ballons contre le grillage laissera place aux toc-toc des boules qui s’entrechoquent. Contrairement au foot et au basket, la pétanque est un sport intergénérationnel, praticable quelle que soit sa condition physique et même sa condition sociale. Alors la pétanque va peut-être réconcilier ceux du lotissement avec ceux des HLM à l’occasion de concours, suivis d’un apéro de l’amitié, ouverts à tous les habitants du quartier. Mais peut-être que je me berce d’illusions. A suivre malgré tout. On ne sait jamais….

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  7. LN LN

    Au même endroit, le GR 2013 relie Michelet à Joseph Aiguier. Ce seul passage piéton a été condamné lors de la réhabilitation de l’HLM par une barrière, qui depuis reste tjs ouverte. Il y a aussi au beau milieu de ce terrain vague entouré de magnifiques et très nombreux gabions, 2 passages sécurisés pour poussettes et vélos ne délimitant aucun passage puisque posés au milieu de rien. Bref, que du tout neuf, qui ne sert à rien et qui a dû coûter un pognon de dingue.

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  8. gabeloupasfou gabeloupasfou

    Il suffit de regarder la photo pour remarquer que les nuisances sonores auraient été dérangeantes pour le voisinage.
    L’erreur a été de le construire sans envisager de faire respecter strictement les horaires.

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  9. PromeneurIndigné PromeneurIndigné

    On se demande à quoi peut bien servir la police municipale, présentée par certains élus comme une police de proximité ? Autrefois, c’était à Paris il est vrai, il existait des gardiens de square en uniforme, qui assuraient la police des lieux et leur fermeture en utilisant un sifflet à roulettes et en criant : « on ferme, on ferme » Tout se passait bien

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  10. Tarama Tarama

    Un stade de la sorte est en effet très bruyant. La conception doit être revue, parce que les grilles en fer martelées par les ballons pendant des heures, c’est insoutenable.

    Les cris et le langage de certains jeunes pratiquants l’est à peine plus.
    Personne, à moins d’être sourd profond, ne peut affirmer le contraire.

    Ces équipements ne peuvent pas être construits à quelques mètres d’habitation, sauf si on veut aller vers les conflits et l’échec assuré.

    Cela fait beaucoup d’argent public gaspillé.

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