À l’école maternelle Sainte-Anne, on fait la sieste au pied des bureaux

Actualité
Julien Vinzent_
12 Mar 2019 2

Les parents d'élèves de cette école maternelle du 8e arrondissement sont mobilisés depuis plus d'un an pour dénoncer les conditions de sécurité liées au manque de place en dortoir. Certains ont mis à profit leurs compétences, d'avocat ou d'architecte, tandis que d'autres se préparent à aller en justice, malgré les promesses d'installation d'un préfabriqué dans quelques mois.

« Je me vois donc contraint de solliciter la fermeture de la classe. » Il y a dix jours, Jean-Claude Gaudin a reçu un courrier inhabituel, adressé par l’avocat Victor Gioia au nom de quatre parents d’élèves de l’école maternelle Sainte-Anne (8e). Ulcérés par les conditions dans laquelle est organisée la sieste des enfants dans l’une des petites sections, ils demandent la « fermeture administrative » des locaux et espèrent ainsi mettre la pression sur la mairie de Marseille.

Le « vrai » dortoir ne peut accueillir que dix lits. Une vingtaine de lits sont donc installés le moment venu dans la salle de classe. « Cela fait plusieurs années que cela dure. Il y a des enfants dans chaque mètre carré de libre, jusque devant la sortie de secours », s’indigne un parent d’élève, qui préfère garder l’anonymat. « Lors de la réunion d’information à la rentrée, la directrice nous a prévenu qu’il y avait un problème de dortoir, mais on n’avait pas réalisé ce dont il s’agissait », témoigne une autre, qui se dit « profondément choquée ».

On nous a dit : « ce serait mieux si vous récupériez votre enfant pour faire la sieste chez vous ». Quand vous scolarisez pour la première fois, ce n’est pas évident d’être culpabilisé ainsi. Mais essayez de travailler l’après-midi quand il faut ensuite redéposer votre enfant à 3 h et le récupérer à nouveau à 4 h 20…

Une pétition et un dossier béton

Soldée par cette demande de fermeture administrative, la mobilisation a démarré de manière plus classique, en février 2018, avec une pétition signée par près de 300 parents d’élèves, dont certains ont utilisé leurs compétences pour faire avancer le dossier. En plus de la pétition, Victor Gioia joint à son courrier à Jean-Claude Gaudin un « état des lieux relatif à l’absence de dortoir pour la classe de petite section 2, école maternelle Sainte-Anne », que l’on croirait sorti d’un service officiel ou d’un cabinet de conseil. Plans, photos et rappels réglementaires jalonnent ce dossier, signé par une parent d’élève architecte, qui a trouvé là le moyen de mobiliser le corps enseignant et les autres parents.

Extrait du dossier réalisé par une parent d’élève architecte.

Mais aussi de passer le flambeau à chaque rentrée, histoire d’éviter que la municipalité puisse miser sur le renouvellement permanent des parents concernés. Le premier parent d’élève cité a ainsi pris le dossier à bras le corps après avoir découvert ce document, lors de la première rentrée de sa progéniture. Lui-même avocat, il a épluché les règles de sécurité dans les écoles maternelles, considérées comme des « équipements recevant du public » (ERP). Après une demande de communication du permis de construire initial de l’école et de la déclaration ERP, restée sans suite, il a déposé en début d’année un recours devant la commission d’accès aux documents administratifs.

En octobre 2018, huit mois après la pétition, les parents pensaient avoir obtenu gain de cause avec le vote en conseil municipal d’un budget de 200 000 euros pour des « travaux d’urgence » consistant en « la construction d’un dortoir supplémentaire en bâtiment modulable ». « On ne s’attendait pas à avoir mieux qu’un préfabriqué », souligne notre interlocuteur, soucieux de ne pas paraître trop exigeant au regard des problèmes rencontrés dans d’autres établissements.

Des préfabriqués promis pour mai

Sauf que la livraison, annoncée initialement pour les vacances d’avril, tarde. Interrogé, le maire des 6e et 8e arrondissements Yves Moraine (LR) reconnaît que l’agrandissement du dortoir est « incontestablement nécessaire » et tente de convaincre que les délais sont relativement courts « pour un dossier qui a nécessité un marché public et un permis de construire. Ce dernier sera déposé [cette semaine] et les travaux démarreront en mai en mode occupé, avant une adaptation des sanitaires pendant l’été ».

Un discours accueilli avec circonspection, après plusieurs engagements similaires. « La pétition date de février 2018 et un an après il n’y a toujours ni permis déposé ni mesures provisoires. Ça ne devrait pas être aussi long !, s’exaspère l’autre parent d’élève déjà cité. Il peut arriver n’importe quoi, un gamin peut avaler une perle dans un tiroir au-dessus de lui et l’enseignant n’aura jamais le temps d’intervenir. »

Et déjà, les parents d’élèves pensent à l’après. « On ne veut pas des préfabriqués qu’on met 3 ans à obtenir si c’est pour les garder 15 ans. » Une mise en garde qui sonne comme une référence à d’autres écoles de la ville qui comptent des dizaines de classes en préfabriqué, provisoires mais qui durent.

Interpellée lors d’une réunion publique sur le manque de places en dortoir dans le 3e arrondissement, plus particulièrement à l’école Pommier, l’adjointe déléguée à l’éducation Danièle Casanova a évoqué une « expérimentation » en cours dans deux petites sections de la ville avec « des lits superposés dont la hauteur est compatible avec la loi. Nous sommes en train de repérer toutes les écoles où l’on manque de places en dortoir. » Comme si la Ville avait entrepris un audit des dortoirs avant celui que l’assemblée nationale a fait voter (lire notre article). Nous n’avons pas pu joindre l’élue pour obtenir des précisions sur cette piste. « Si on placardait les conditions d’accueil des enfants quand les promoteurs vendent leurs appartements dans le quartier, ils n’y arriveraient pas », grince une parent d’élève.

Article en accès libre

Soutenez Marsactu en vous abonnant

OFFRE SPECIALE – 2 MOIS pour 2€

Si vous avez déjà un compte, identifiez-vous.


A la une

Comment le Mucem s’est retrouvé sur le maillot de l’OM
Un terrain de foot sur le toit du Mucem. L'image est un peu inhabituelle. Pour sa deuxième année comme équipementier de l'Olympique de Marseille,...
Saïd Ahamada (LREM) tente de sortir du peloton sur la route des municipales
Saïd Ahamada ne veut plus attendre. Mercredi, le député LREM de la 7ème circonscription des Bouches-du-Rhône et candidat à l'investiture de son parti pour...
L’État remet à plus tard le sauvetage de l’étang de Berre au bord de l’asphyxie
"Faut-il réhabiliter l'étang de Berre ?". Alors que l'état alarmant du site ne fait plus de doute (lire notre article), l'État vient de remettre...
L’éditorial de FOG qui fâche Bruno Gilles… et les journalistes de la Provence
Au sein des colonnes de La Provence, la plume de Franz-Olivier Giesbert, alias FOG, directeur éditorial du titre depuis 2017, va et vient avec plus...
Travaux ferroviaires sur la ligne Marseille-Aix : « modernisation » ou « projet dément » ?
Les voyageurs entre Marseille et Aix, et au delà vers les Alpes, verront-il un jour un service cadencé, à la régularité irréprochable comme cela...
La Bonne-mère, une basilique au bord de la crise de nerfs
Elle est un symbole de Marseille. Calée sur un ancien fort militaire dont elle tire son nom, elle est censée garder et protéger les...

Commentaires

Vous devez être vous-même abonné pour écrire un commentaire sur un article réservé aux abonnés.

Ajouter un commentaire

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire