À Arenc, Constructa fait demi-tour

Actualité
le 22 Mar 2018
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Lors du salon international de l'immobilier à Cannes, Constructa a officialisé le redimensionnement de la prochaine tour du quai d'Arenc. L'ancienne tour Horizon dessinée par Yves Lion devient la Porte Bleue, signé Jean-Baptiste Piétri. Ce rabotage aura des conséquences financières pour Euroméditerranée.

Visuel commercial des quais d'Arenc (vue des ateliers Yves Lion)

Visuel commercial des quais d'Arenc (vue des ateliers Yves Lion)

La skyline se retrouve un brin écornée. Ce 15 mars à Cannes, sur le stand de la métropole Aix-Marseille Provence au marché international des professionnels de l’immobilier (Mipim), Philippe Bega, le directeur général de Constructa a confirmé ce que l’on pressentait depuis plusieurs mois : si la tour “La Marseillaise” (135 mètres pour 31 étages et 38 000 mètres carrés), emblème tertiaire du projet signée Jean Nouvel sera inaugurée en septembre, les deux autres tours du programme des Quais d’Arenc gratteront le ciel de moins haut.

Comme l’avait déjà annoncé Marc Pietri fin 2016 [lire notre article], la tour Horizon, à l’origine signée Yves Lion, a été rabotée de moitié. Désormais rebaptisée « La Porte Bleue » et reconfigurée par Jean-Baptiste Pietri, le fils du patron de Constructa, cet immeuble ne culminera finalement qu’à 56 mètres au dessus du sol (au lieu des 117 m de la tour Horizon). Elle avait pour nom de code éphémère H56 avant de devenir une porte. Un raccourcissement qui permettra à l’ouvrage d’échapper aux normes de sécurité draconiennes qui s’appliquent aux immeubles de grande hauteur (IGH). Son permis de construire est en cours d’examen et sa perspective peu connue même si des images ont fuité.

“Plus une tour”

“Ce n’est plus une tour, reconnaît Marc Pietri, joint par Marsactu ce mercredi. Cela permet effectivement d’éviter les normes d’un bâtiment IGH, qui plus est accueillant du public. Et puis cela permet d’ouvrir une porte sur la skyline en permettant de rendre les collines visibles depuis la mer et inversement”. Le promoteur y voit aussi un hommage symbolique à “Marseille, porte de l’orient”. Une version poétique de ce que d’autres pourront voir comme un vide dans la grappe annoncée de buildings.

Ce coup de rabot ne concerne pas que la tour, mais aussi les finances d’Euroméditerranée, l’opération d’intérêt national sur le périmètre duquel les Quais d’Arenc sont érigés. En effet, dans le cadre de la zone d’aménagement concerté de la Cité de la Méditerranée et dans le cadre d’une convention signée en 2008, l’établissement public doit percevoir une “participation constructeur” de la part de la SAS Suede, la filiale de Constructa qui construit les tours.

Rabotage financier

“Cette contribution foncière doit permettre la réalisation des équipements publics”, indique-t-on à Euroméditerranée. D’un montant total de 15,2 millions, cette participation est échelonnée dans le temps en fonction de la réalisation de chaque tour. L’abandon ou le retard de tel ou tel immeuble a donc des conséquences financières tout comme un changement conséquent de hauteur. Marc Piétri n’y voit pas d’incidence et déclare “payer assez de charges dans le cadre de la ZAC, ce que je suis très content de le faire”.

En revanche, du côté d’Euroméditerranée, on indique bien que cette contribution est proportionnelle à la surface de plancher finalement livrée. Avec une tour divisée par deux, la contribution attendue l’est-elle d’autant ? “La convention est en cours de discussion, on ne peut pas chiffrer pour l’heure cette contribution”, reprend-on à Euromed. On comprend mieux la réticence de la présidente d’Euroméditerranée, à l’annonce du projet de rabotage fin 2016. “Il y a un modèle économique à faire tourner derrière”, notait alors Laure-Agnès Caradec.

Le rétrécissement du bâtiment s’accompagne d’une modification de la vocation du bâtiment : exit l’exclusivité accordée à l’hôtellerie. Celui-ci accueillera dans sa partie basse une résidence hôtelière gérée par le groupe Odalys (douze étages), quand les six derniers niveaux accueilleront des appartements de standing. “Mais le fait de réduire la taille n’implique pas un changement de vocation, conteste Marc Piétri. Au contraire, nous maintenons une offre hôtelière quatre étoiles qui permettra enfin que les croisiéristes restent un peu à Marseille plutôt que de repartir tout de suite”.

H56 pas concurrente de H99

Le promoteur lancera ce printemps la commercialisation de la soixantaine de lofts qui seront vendus au prix moyen de 7 000 euros le mètre carré. Les travaux devraient démarrer fin 2018 (pour un devis estimé à 25 millions d’euros) en vue d’une livraison 30 mois plus tard, à l’été 2021.

Quant à la tour H99, tour de logements de grand standing (16 000 mètres carrés) dessinée elle aussi par Jean-Baptiste Pietri, son avenir s’inscrit à plus long terme. Lui aussi légèrement reconfiguré, cet écrin verra sa commercialisation lancée en 2019, au même prix moyen que H56. Si la clientèle est enfin au rendez-vous, les travaux pourraient démarrer en 2020-2021 en vue d’une livraison en 2023.

Là encore, Marc Piétri se veut optimiste : “On m’appelle sans arrêt à ce propos. Depuis que la Cité de Méditerranée avance, le quartier change et la notoriété de H99 n’a jamais été aussi grande”. Un optimisme dont le promoteur ne s’est jamais départi, même quand la tour de logements semblait avoir disparu des tablettes. Le début des travaux était annoncé pour 2013.

Jean Pelletier et Benoît Gilles

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Commentaires

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  1. LaPlaine _ LaPlaine _

    Même si les échéances sont repoussées, les découpages intérieurs revus (H99), une hauteur tronquée (Porte Bleue), n’est-ton pas confronté là, à l’attractivité de se secteur pour des investissements à 7000 € le m2? Ce quartier n’en sera pas réellement un tant qu’existera la balafre de la passerelle et qu’une certaine “patine” de vie sera insufflée. C’est aujourd’hui très froid, du type de La Défense à Paris (toutes proportions gardées), le soleil et la vue mer (pour certains) en plus.

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  2. Happy Happy

    Ouf, enfin un hôtel quatre étoiles pour retenir nos chers croisiéristes. Ah bon, il y aussi l’Hôtel Dieu, les Feuillants, la Villa Valmer ? Je propose aussi de reconvertir la Villa Méditerranée en quatre étoiles, et tiens pourquoi pas le Fort St Jean ?
    J’espère qu’on votera ensuite un abattement de la taxe de séjour sur les quatre étoiles, pour aider à les remplir de croisiéristes censément fortunés afin qu’ils “ruissellent” un tant soit peu sur notre pauvre ville.

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Toujours la monoculture économique touristico-croisiériste, en effet.

      Et je me demande si l’on n’est pas en train de répéter la même erreur qu’avec les centres commerciaux, qu’on a multipliés au moment même de l’explosion des ventes sur internet. Désormais, on multiplie les projets d’hôtels alors que les “locations saisonnières de courte durée” (comprenez “Airbnb”) sont à la mode et qu’une partie croissante du parc de logements leur est dédié (https://www.laprovence.com/article/edition-marseille/4887906/location-immobiliere-des-prix-qui-font-le-grand-ecart.html)…

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  3. Tarama Tarama

    C’est bon d’avoir une papa promoteur quand on est un petit architecte.
    Cette famille enchaîne les bides, mais le pognon coule à flots (au détriment des gogos qu’ils pigeonnent).

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  4. Brallaisse Brallaisse

    Electeur du 8 e est sans doute dans le vrai . Nos brillants z’élus dans un soucis de grandeur voire de grandiloquence sont allés encore une fois trop loin dans leurs projets. Cette ville est déjà en surcapacité en terme de bureaux et d’hôtellerie , et nos irresponsables persistent et signent gaiement. Trop facile de jouer avec l’argent des autres.
    Tous ces projets sont d’ailleurs basés sur des données économiques volontairement erronées qui reposent sur des phantasmes et qui permettent de faire tout et n’importe quoi en terme d’aménagement et qui assurent surtout de faire passer la pilule auprès des marseillais , qui il faut le reconnaître, ont une capacité d’absorption remarquable, mais ceci est un autre débat.
    Enfin et pout tout vous dire , je ne suis pas inquiet pour ce nouveau projet.Si cela ne marche pas, le Muselier ou la Vassal loueront bien quelques étages à la famille Piétri.

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