Victimes du docteur Guedj : « En plus de mes dents, il a pris ma dignité »

Enquête
le 28 Fév 2022
6

Jusqu'au 6 avril prochain le dentiste Lionel Guedj et son père comparaissent devant le tribunal judiciaire de Marseille. Lionel Guedj dévitalisait les dents à la chaîne pour les remplacer par des prothèses. Et empochait les remboursements de la sécurité sociale et des mutuelles. Plus de 350 parties civiles, le plus souvent originaires des quartiers Nord, ont été identifiées. Marsactu a rencontré plusieurs de ces victimes marquées à vie.

Farid Zidane fait partie des victimes du dentiste. Sa vie sociale est aujourd'hui réduite au minimum. (Photo : CBy)
Farid Zidane fait partie des victimes du dentiste. Sa vie sociale est aujourd'hui réduite au minimum. (Photo : CBy)

Farid Zidane fait partie des victimes du dentiste. Sa vie sociale est aujourd'hui réduite au minimum. (Photo : CBy)

Sur la table du salon, à côté des deux mazagrans de café, Messaouda a posé une boite de  biscuits et bonbons chocolatés. Elle n'y touche pas. Messaouda ne peut plus croquer un morceau de chocolat, ni même une noix. "Je dois tout casser en petits morceaux d'abord", mime-t-elle d'un geste de la main. La faute à des dents en grande partie fragilisées et à des gencives à jamais altérées: "Dans ma bouche, tout est faux, tout est dégueulasse !"

Comme des milliers de Marseillais, Messaouda Attalah, 67 ans, a été la patiente du docteur Lionel Guedj. Cette habitante du 14e arrondissement fait partie des quelque 350 personnes à s'être constituées partie civile dans le procès qui s'ouvre ce lundi contre celui qui a exercé la profession de dentiste de 2006 à 2012, dans le quartier de Saint-Antoine (15e). Comme son père, Carnot Guedj, 71 ans, il est renvoyé devant le tribunal notamment pour des faits de violences volontaires ayant entrainé une mutilation ou une infirmité permanente. Le mode opératoire décrit par les enquêteurs était toujours le même : le dentiste, avec la complicité de son père, dépulpait à la chaîne des dents encore vivantes pour les couronner, bien souvent sans nécessité médicale. Il empochait ensuite les remboursements de la sécurité sociale et des mutuelles.

Bouche-à-oreille

L'histoire démarre souvent de la même manière : le bouche-à-oreille. Un dentiste qui trouve un créneau facilement dans son emploi du temps surchargé et offre d'étaler les paiements? "Va voir Lionel Guedj", intime une amie, à Messaouda. Elle pousse donc la porte de ce cabinet dentaire - "bien décoré avec de la peinture brillante au mur" - en toute confiance. "J'avais 52 ou 53 ans, un âge où on se dit que l'on peut se faire refaire quelques dents. Certaines manquaient au fond, d'autres me faisaient mal. Et puis j'avais une bonne mutuelle", poursuit cette ancienne éducatrice auprès de personnes handicapées.

Sans devis, le docteur Guedj lui propose la réalisation de plusieurs couronnes. "Au départ, c'est sûr j'avais une dent pourrie. Mais petit à petit, il me disait : il faut dévitaliser celle-là, et puis celle-là, et puis celle-là", détaille la sexagénaire. Au final, onze de ses dents - dont certaines ne le nécessitaient pas - sont dévitalisées, puis reçoivent, bridges, pivots ou couronnes. Du bout du doigt, elle pointe deux incisives: "Voilà, il me reste celles-là de bonnes. On les repère, elles sont un peu grisées par rapport aux autres".

Un procès hors-norme
"Je pense qu'on n'a pas connu de scandale sanitaire d'une ampleur telle depuis les . . .

Vous voulez lire la suite ?

vous voulez lire la suite ?

Coralie Bonnefoy

Commentaires

ordre

6 commentaires


Rejoignez-la communauté Marsactu pour, vous aussi, contribuer au débat local. Découvrez nos offres

ou connectez-vous si vous êtes déjà abonné⋅e.
  1. vékiya

    vu la rapidité de la justice et de la sécu pour engager des poursuites et la malignité du père et du fils je pense qu’ils ont du préparer leur insolvabilité

    Signaler
  2. LN

    Ce voyou avait aussi une bonne clientèle chez les demandeurs d’asile. L’idéal : puisque ne parlant pas ou peu le français.

    Signaler
  3. Alceste.

    Des sales types , quand on aime l’argent , on fait n’importe quoi.

    Signaler
  4. Zumbi

    Allô ? L’ordre des chirurgiens-dentistes ? Personne n’avait alerté les autorités en voyant arriver dans son cabinet des patients aux mâchoires détruites par ce ratiboiseur de badigoinces ?

    Signaler
  5. MarsKaa

    Je comprends l’exaspération et la colère des victimes. Voir ces hommes libres, depuis 10 ans en capacité de planquer des preuves et des biens, c’est révoltant.
    Ce que les victimes ont vécu est innommable.
    Merci Coralie Bonnefoi pour cet article si bien écrit.

    Signaler
  6. Sentenzza

    On confisque tout et en taule,père et fils, seul l argent compte,on parle de sans dents, avec eux s est certain !ils meprisent ceux qui ne sont pour eux que de simples gueux au service de leurs promenades en yacht !à vomir.

    Signaler