Stéphane Ravier (RN) s’offre Eric Zemmour pour draguer la droite

Reportage
Lisa Castelly
19 Avr 2019 20

Le sénateur RN recevait jeudi soir le polémiste Eric Zemmour pour plus de deux heures d'échanges très cordiaux. Une première pour le polémiste, et une belle prise pour celui qui sera candidat à la mairie de Marseille en 2020.

Ils finissent les phrases l’un de l’autre, rougissent de plaisir à s’écouter parler, ricanent à chaque saillie provocatrice… À voir le flot d’atomes crochus qui inondait la scène de l’amphithéâtre du Parc Chanot jeudi soir, on avait peine à imaginer qu’il s’agissait d’une première. Et pourtant, le sénateur Stéphane Ravier est bien le premier représentant du Rassemblement national à qui le polémiste Eric Zemmour offre sa présence pour un tel événement : plus de deux heures d’échange devant près de 500 personnes enchantées.

« Ce soir, on va s’autoriser beaucoup de choses », prévient d’emblée Stéphane Ravier, entré sur scène au son de « Highway to hell », tandis que « Sympathy for the devil » avait été réservé à Eric Zemmour. Et quel meilleur thème pour démarrer la soirée que celui de la colonisation ? Tandis qu’Eric Zemmour déroule une comparaison entre l’Empire colonial de Louis XIV et celui du XIXe siècle sur un ton de docte évidence, Stéphane Ravier, plus militant qu’historien, se raccroche, rebondit par des boutades, et saisit les références, nombreuses, qu’ils ont en commun.

Algérie française et génocide

Il embraye volontiers sur l’Algérie française, thème favori du public qui applaudit à tout rompre à chaque mention. « Même si je ne suis pas pied noir – je ne peux pas avoir toutes les qualités – je ne peux pas être complètement gaulliste », lance gravement le sénateur. Joie de la foule, qui montre bien que c’est tout de même l’électorat local habituel du FN qui s’est déplacé en majorité.

Les deux débatteurs glissent vers une lecture de l’histoire pour le moins problématique. Extrait :

Zemmour : « Les vrais inventeurs des génocides sont les Anglo-saxons, en Amérique, en Australie… »

Ravier : « On n’en parle moins »

Zemmour : « On n’en parle jamais »

(…)

Zemmour : « Le choix historique de la France [en Algérie] pour des raisons humanistes, et c’est pour ça qu’on n’y est plus, c’est justement parce qu’on ne les a pas génocidés, contrairement aux anglo-saxons, voyez en Amérique, eux, personne ne les emmerde »

Ravier (au public) : « Ne tirez aucune conclusion ! »

Et lorsque la très jeune et très enthousiaste animatrice propose, après plus d’une demie-heure de « sortir un peu de l’Algérie », Zemmour rétorque du tac-au-tac : « À Marseille, c’est dur ! ». Hilarité et applaudissements de la salle, qui ne manquera pas de huer le nom de Samia Ghali à plusieurs reprises – surnommée « Samia G., le point G. de Marseille » par un Stéphane Ravier qui ne rate décidément aucune occasion de verser dans le sexisme crasse. Le nom d’Harlem Désir, cité à la volée, subit les mêmes huées, pour mieux dénoncer la « politique assimilationniste » des années 80, sur laquelle les deux nouveaux amis tapent à bras raccourcis, et gaiement.

Pendant de longs monologues, Eric Zemmour, condamné l’année dernière pour provocation à la haine religieuse, déroule tranquillement sa désormais bien connue vision de l’histoire du « déclin » de la nation française, et la salle est bercée par ce ronronnement aux relents clairement xénophobes. Au sujet de Marseille, il ne s’aventure guère, reconnaissant ne pas connaître la ville. Tout juste tente-t-il une alambiquée comparaison entre les réseaux de trafics de stupéfiants et la féodalité. Stéphane Ravier quant à lui, ne se fait pas prier pour imiter le Panisse de Pagnol, et pleurer l’accent provençal qui, à ses yeux, disparaît.

Toucher « une droite un peu plus traditionnaliste »

Un des rares candidats déjà déclarés à la mairie de Marseille, Stéphane Ravier lançait là une année pré-électorale sous des auspices à la fois ambitieux, de par l’influence de son invité, et rassembleur, en tendant la main aux quelques derniers émules du polémiste pas encore familiers du RN. « It’s a first », s’enorgueillit l’attaché parlementaire du sénateur. L’invité du jour ne s’est pourtant pas fait prier : « On lui a posé la question et il a dit d’accord ». La trajectoire du polémiste l’avait toutefois déjà amené à converser en 2014 avec son « ami » Robert Ménard, élu maire de Béziers avec le soutien du FN, et plus récemment à donner une conférence à l’institut de sciences sociales, économiques et politiques dirigé par Marion Maréchal-Le Pen.

Mais en janvier, c’est au siège du parti Les Républicains, à l’invitation de Laurent Wauquiez, qu’il déroulait son discours. L’espoir de la soirée, détaille l’assistant parlementaire du sénateur, est bien de « ramener du monde, il parle à un public qu’on a parfois du mal à toucher, une droite un peu plus traditionaliste ». Sur scène, le sénateur ne manque d’ailleurs pas de dénoncer, de concert avec son interlocuteur, cette « droite qui n’est pas vraiment la droite », en pointant implicitement le parti Les Républicains.

Dans une dernière symbiose, Stéphane Ravier et Eric Zemmour répondent à une question de la salle sur la « théorie du grand remplacement »« Pas une théorie, un processus, une évidence », corrige le polémiste. « Il suffit d’ouvrir les yeux », complète son hôte du soir. L’expression avait pourtant été reniée par la patronne de son parti au lendemain de l’attaque de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, dont l’homme qui a abattu 49 personnes se revendiquait. À l’entrée du Parc Chanot, des militants anti-fascistes s’étaient rassemblés avant le début de la soirée pour dénoncer l’événement, et une banderole avec les visages des victimes était brandie. Mais la petite centaine de manifestants n’a pas franchement ému les 500 personnes venues assister à la causerie.

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