Roms : après les expulsions de l’été, la difficile reconstruction

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le 16 Oct 2015
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Dans la torpeur de l'été, les expulsions de campements roms n'ont pas cessé à Marseille, bien au contraire. Alors que bénévoles et associations font leur rentrée, l'heure est au bilan et surtout au travail de terrain pour retrouver les familles éparpillées.

© Lisa Castelly

L’été 2015 a été rude pour les Roms de Marseille. Il y a d’abord eu les 150 personnes qui vivaient dans la caserne Masséna, à la Belle de Mai, mises en errance le 2 juillet. Puis les campements du boulevard de la cartonnerie et du Merlan, tous deux occupés par plus de trente personnes, ont subi le même sort. Et après eux, plusieurs autres plus petits construits par la suite.

Les associations gardent particulièrement en travers de la gorge un épisode vécu en préfecture. Le 24 juillet, le nouveau préfet délégué pour l’égalité des chances, Yves Rousset, installé depuis seulement trois semaines, réunissait la commission en charge de l’insertion par le logement des familles vivant en bidonvilles. Cette commission est composée notamment des responsables d’organismes locaux. Après un tour d’horizon des difficultés des populations roms du territoire, il annonçait l’expulsion des habitants de trois sites dans les jours à venir. Mais les mauvaises nouvelles ne se sont pas arrêtées là.

Rencontre houleuse à la préfecture

Coordinatrice générale des programmes chez Médecins du monde, Marie Hornsperger se souvient : “Nos téléphones se sont tous mis à sonner, des familles nous appelaient pour nous dire qu’une expulsion était en cours. Une après-midi, en pleine canicule. Le préfet n’a pu que confirmer l’information. Personne ne nous avait prévenus, il a fallu rester sur le terrain jusqu’à 23h pour essayer de reloger tout le monde. Vingt-et-une personnes, dont un nourrisson, ont dû dormir dans la rue.

Les associations étaient justement venues demander un moratoire des expulsions pendant la canicule ainsi qu’une meilleure application de la circulaire de 2012 imposant en théorie de proposer une solution de relogement à chaque expulsé. Elles décident donc de riposter. Sept d’entre elles annoncent quelques jours plus tard leur intention de boycotter les rencontres avec les représentants de la Ville et de l’État.

Il y a à Marseille un vrai respect de la circulaire, nous proposons des solutions certes temporaires, mais des solutions tout de même”, relativise le préfet Rousset, avant de commenter la réaction des associations : “Elles ont suivi la position nationale de leurs organisations et moi je ne pouvais pas accéder à leurs demandes au niveau local. Pour autant, nous continuons à travailler sur des projets qui leur semblent sympathiques.”   “Sympathique” n’est pas le mot qui semble le plus approprié pour le Dr Alexis Armengaud, responsable de la mission “bidonvilles” à Médecins du Monde : “Avant, on avait une mairie excluante, mais une préfète [Marie Lajus, prédécesseur d‘Yves Rousset, ndlr] attentive au respect du droit. Maintenant ça semble bouché des deux côtés.

250 personnes expulsées durant l’été

Avec la fin de l’été et le retour des bénévoles partis en vacances, il a fallu partir à la recherche de toutes ces familles éparpillées dans la commune et au-delà. Un travail de fourmis. “En tout, ce sont plus de 250 personnes qui ont été concernées par les expulsions, et certaines plusieurs fois dans l’été,” constate Caroline Godard de Rencontres Tsiganes. Grâce aux coups de téléphones quand c’est possible, et aux quelques mots échangés au moment des expulsions, la plupart des familles peuvent être localisées. “Mais il y en a toujours quelques unes qu’on perd de vue,” déplore-t-elle.

Ces déménagements intempestifs et imprévisibles compliquent chaque fois davantage le travail de suivi sanitaire et social patiemment mis en place. “C’est la cata, lâche Alexis Armengaud, toute expulsion est un retour en arrière. Il faut tout reprendre à zéro. Quand on est sur un trottoir on ne prend pas ses médicaments, toute maladie chronique ou handicap est à l’abandon dans ces conditions.

Fondatrice de l’École au Présent,  une association qui lutte pour scolariser les enfants des bidonvilles, Jane Bouvier voit les même conséquences : “Une expulsion, c’est 6 mois de déscolarisation en moyenne. J’essaye de de faire en sorte que les enfants soient absents de l’école le moins longtemps possible, mais c’est du bricolage. Le droit fondamental à l’école n’est pas assuré”. Sans cesse, elle doit expliquer aux parents que bien souvent il est plus simple de laisser leurs enfants dans leur ancienne école malgré des trajets parfois très longs, plutôt que de chercher à obtenir des places dans celles voisines de leur nouveau campement.

La confiance entâchée

Une inquiétude s’installe parmi les responsables associatifs : que la confiance entre les Roms et eux pâtisse de tout ces rebondissements. “Les gens nous recontactent assez vite, mais pour combien de temps ? s’interroge Caroline Godard, certains préfèrent déjà se cacher pour ne plus être expulsés.” “Les expulsions se font désormais sans même qu’on puisse les prévenir, renchérit Alexis Armengaud, ils vont finir par se demander à quoi on sert…” Médecins du Monde suit près de 600 personnes dans les bidonvilles de Marseille. L’organisation de solidarité internationale estime à 900 le nombre de Roms installés dans la ville, un chiffre stable depuis plusieurs années.

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