Rocade L2 : de gros travaux en vue et quelques inconnues

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le 17 Juin 2014
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La société de réalisation de la rocade L2 (SRL2) a niché son siège dans un charmant pavillon typique de Montolivet, à quelques mètres de l'autoroute urbaine qu'elle doit finir en octobre 2017. Cette installation n'est que provisoire puisque l'équipe est appelée à déménager dans la foulée des travaux qui commencent le mois prochain. Et c'est justement à ce propos que le directeur général de cette filiale de Bouygues, Inouk Moncorgé, convoquait la presse ce mardi : non pas pour évoquer le futur centre de Clérissy qui devra les accueillir mais plutôt les travaux colossaux de ce demi-périphérique marseillais qui débute en juillet.

Ces travaux doivent débuter sur la totalité du tracé de l'Est au Nord. En langage techno, Inouk Moncorgé formule cela ainsi : "Le partenariat public-privé permet un planning optimisé. Cela permet de mener des tâches en parallèle plutôt qu'en série. En clair, on complète au fur et à mesure". Pour faciliter la compréhension, cet ancien de Colas a tronçonné le chantier en trois tranches : été, automne et l'an prochain. 

Début des travaux en juillet

Cet été, sur la portion Est, les ouvriers seront au frais puisque l'essentiel du chantier sera concentré sur les "tranchées couvertes" autrement dits les tunnels construits en son temps par la Direction départementale de l'équipement. A moitié finis, ils nécessitent encore de gros travaux. Ainsi, à La Parette, il s'agit de "reprendre les fonds et couches de forme". Pour mémoire, au cours de notre road movie sur la L2, il s'agissait de la partie qui ressemblait le plus à une piste tropicale après la mousson dont il faut reprendre l'ensemble du terrassement. Sur les autres tranchées couvertes, les travaux sont de moindre importance. Ainsi sur celui de Montolivet, l'essentiel du labeur estival consistera à fermer les parois centrales et créer "le bitube" (sic). En clair, avec le durcissement des normes suite à l'incident du tunnel du Mont-Blanc, les tubes doivent désormais être étanches pour éviter la propagation des fumées.

Côté Nord, où la L2 n'existe que dans sa version sixties, les premiers travaux consistent à déplacer des tuyaux, autrement appelés "dévoiement des réseaux". La grosse poussière commencera du côté de Picon où le bâtiment C, en bordure du rond-point de Saint-Barthélémy, est appelé à disparaître. Il en sera de même au coeur du marché d'intérêt national des Arnavaux avec le bâtiment de l'entreprise de logistique PGSM.

 

L'ensemble de ces travaux ne s'arrêtera pas à la rentrée. En revanche, à l'automne, débuteront de nouveaux points en surface. Par exemple, à l'Est, sur la tranchée découverte de la Fourragère, le collège Germaine Tillion verra lentement monter son mur de protection phonique. Au Nord, la SRL2 se lancera dans les travaux de la rue Prospère Mérimée prolongée. "Cette rue passe au pied des Oliviers et longe l'avenue Salvador Allende jusqu'au centre urbain du Merlan, détaille Inouk Moncorgé. Elle est importante car, à terme, elle permettra d'accueillir une voie de transport en commun en site propre en plus des deux voies existantes".

Noeud de bretelles sur les échangeurs

Mais le gros du chantier automnal concerne la préparation des deux énormes échangeurs qui relieront la rocade à l'autoroute Est à Florian et à l'autoroute Nord aux Arnavaux. La principale complexité consiste à réaliser des travaux en maintenant la circulation. À Florian, il s'agira de finir trois des bretelles pour assurer la connexion de la L2 vers Marseille d'un côté et Aubagne de l'autre. Il s'agira également de préparer la mise en place d'une trémie qui permettra de dévier le trafic de la voie d'Aubagne vers Marseille. "Elle sera mise en service en 2015 en bordure de la voie actuelle et passera au-dessus des deux tunnels. Le trafic sera maintenue sur deux voies avec une vitesse limitée à 70 km/h".

Au Nord, en revanche, les travaux sur l'échangeur des Arnavaux entreront dans le dur du béton en 2015 seulement. Il s'agira notamment de réaliser deux ponts autoroutiers permettant de relier la L2 à l'autoroute A7 dans les deux sens tout en maintenant la circulation en l'état. Enfin, pour des questions de visibilité, la SRL2 devra détruire un pont existant entre les Castors de Servières et le quartier Saint-Joseph… Pour le reconstruire ensuite. "En fait, dans son état actuel, le pont ne permet pas une bonne visibilité du futur échangeur. Or, les automobilistes rejoindront la L2 à partir des files de gauche. Il faut donc voir très en amont cette fourche". Cette question de la visibilité est une transition toute trouvée pour évoquer les inconnues du projet.

Où en est la pollution ?

En ouverture de son long exposé, Inouk Moncorgé a fait un détour par l'ensemble des procédures administratives nécessaires au démarrage des travaux. Il a ainsi présenté un tableau montrant l'état d'avancement des études. Ainsi l'avant projet sommaire approuvé est par l'Etat "à 95%". "Il manque quelques études complémentaires permettant d'avoir un état zéro du trafic, du bruit et de la qualité de l'air, précise Inouk Moncorgé. Nous avons déjà réalisé une première campagne [de mesures] en hiver. Nous allons en lancer une en période estivale. Elle sera ensuite présentée dans un dossier complet". Il s'agit là d'un des points sensibles notamment dans la partie Est du tracé où le Collectif anti nuisances L2 se bat pour avoir une usine de filtration de l'air à la sortie des tunnels. Une revendication restée sans suite.

Or, ce nouvel état zéro fait suite à une première étude lancée par l'Etat en 2011. Les données récoltées en 2014 permettraient donc d'avoir une idée précise de la façon dont la pollution a évolué depuis. Sans rien déflorer de ce contenu, Inouk Moncorgé évoque tout de même le dépassement des normes. Mais cela ne concerne pas directement le chef de chantier qu'il est. "C'est un sujet pour tout Marseille et la mise en oeuvre du plan de protection de l'air", rétorque-t-il. Il passe sous silence une belle inconnue : la L2 permettra-t-elle de limiter la pollution sur la ville ou de la booster ?

La L2 va-t-elle embaucher ?

C'est une évidence : au Nord, la rocade traverse des quartiers fortement paupérisés où le taux de chômage notamment chez les jeunes atteint des scores élevés. Les associations locales – notamment le collectif des quartiers populaires – ont annoncé qu'elles négocieraient pied-à-pied pour que le chantier dont les habitants subiront les désagréments permette d'embaucher localement. La SRL2 s'est d'ailleurs engagée à respecter un taux de 12% des heures travaillées, soit au-delà de celui en vigueur sur les chantiers de rénovation urbaine.

Sans rétropédaler explicitement, Inouk Moncorgé est plus modéré dans ses annonces. "Il est difficile de donner un objectif chiffré. Il y aura des embauches. Vu le niveau de la commande publique en ce moment, les entreprises du groupement d'intérêt économique s'efforceront d'abord de recruter en interne avant de faire appel à de la main d'oeuvre extérieure". Or, dans sa période la plus active, le chantier accueillera en emplois directs entre 400 et 500 personnes en équivalent temps plein. Si le chantier ne produit pas d'effet levier sur l'emploi local, il risque de provoquer quelques crissements de dents dans les quartiers qu'il traverse, à l'image des Docks Libres en janvier.

La traversée de la Busserine

La tranchée couverte de l'avenue Salvador Allende est un des points de complexité de la partie Nord. Notamment parce que la couverture de la dalle doit être accompagnée d'un véritable projet urbain pour les quartiers de la Busserine et de Font-Vert qui la jouxtent. Première inconnue levée : il n'y aura pas de travaux sur la rue de la Busserine tant que la nouvelle école du quartier ne sera pas reconstruite. Les habitants s'étaient alarmés de la possible concomitance de la sortie des classes dans cette rue avec des engins de chantier occupés à dévoyer des réseaux. Sur ce point, Inouk Moncorgé se veut rassurant. En revanche, il est très ferme sur la répartition des responsabilités.

La SRL2 réalisera le tube du tunnel autoroutier ainsi qu'un gros tuyau au-dessus destiné à recevoir les eaux pluviales "à un niveau de crue centennale". Une nouvelle avenue Salvador Allende sera réalisée au-dessus pour permettre de relier les quartiers et de mettre en place une voie de transports en commun en site propre. En revanche, le projet urbain proprement dit est encore dans le flou, jusqu'à son maître d'ouvrage – "la Ville de Marseille ou un tiers". Ce flou dépend du projet de rénovation urbaine en cours de conception. Il devra notamment contribuer à enjamber la marche entre le quartier de la Busserine et la futur dalle. Sur le plan de coupe présenté à la presse, elle paraît importante mais le maître d'ouvrage de la rocade assure qu'elle est similaire à ce qui existe actuellement entre la cité et l'avenue Allende.

Le Merlan et le risque sismique

Dernière inconnue de ce premier inventaire : la rénovation du tunnel qui passe déjà sous le centre commercial du Merlan. La SRL2 doit y réaliser des murs de protection des piliers qui soutiennent le centre commercial pour éviter tout choc accidentel en provenance du trafic. En gros, les murs permettront d'éviter qu'un poids lourd mette en péril un des piliers. Leurs travaux s'arrêteront là. En revanche, la société d'exploitation du centre commercial – Carrefour – devra réaliser des "travaux complémentaires" pour mettre ce tunnel des années 1970 aux normes actuelles concernant notamment la protection contre les tremblements de terre, un sujet sensible dans le Sud de la France.

Il faut donc comprendre par là que le centre commercial ne répond pas entièrement aux normes anti-sismiques en vigueur. Du côté de la société Carrefour, propriétaire on affirme que les travaux de rénovation, et donc de mise aux normes, commencent ces jours-ci pour une fin attendue en août et ce sous le contrôle de la Dréal. On respire : la L2 ne disparaîtra pas lors du prochain séisme au Merlan.

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Commentaires

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  1. pierre pierre

    projet du XXème siècle …
    moi je verrais bien une coulée verte à la place de cet aspirateur à bagnoles.

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  2. Thomas L Thomas L

    Excellente nouvelle, cette L2 va enfin se faire, malheureusement grace au privé, mais c’est peut-être mieux que rien, n’en déplaise aux anti-bagnoles.

    Merci Marsactu pour vos articles bien travaillés à ce sujet !

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  3. MrMiolito MrMiolito

    Quand on crée de nouvelles voies pour les voitures (L2), elles se saturent rapidement sans pour autant désengorger les anciennes (Sakakini and co)
    La voiture est un gaz qui emplit tout l’espace qu’on lui donne, cela a toujours été observé partout. Ce n’est qu’en diminuant l’offre qu’on peut diminuer la demande.
    Réponse à votre « belle inconnue » : ben oui la L2 va faire augmenter la pollution de l’air… c’est pas un scoop.

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  4. Action publique Action publique

    Beaucoup d’argent public pour un gros opérateur privé avec une finalité datant des années 80’s : un autoroute urbain. Le coût d’utilisation de la voiture ne cesse d’augmenter et les transports publics, en commun, de réseaux peinent à être financés.

    Quant à la pollution engendrée il serait illusoire de ne pas confier à une autorité  »indépendante » la surveillance des taux de particules et autres polluants dans et à proximité de la L2.

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  5. jdeharme jdeharme

    le problème de la L2 tout simplement pensée dans les années 60 et qui sera réalisée 50 an set plus plus tard Citoyens on se fout ouvertement de vous alors les articles sur la L2 de Marsactu sont effectivement les seuls bien documentés bien retransmis par des journalistes avides de nous informer mais cette L2 sera au final une réalisation qui aura couté très cher et qui aura permis pendant des années aux actionnaires des tunnels de Marseille de s’en mettre plein les poches Tout le reste c’est juste bon pour amuser le bon peuple à qui on dit bientôt votre nouvel environnement sera formidable avec la L2 mais vos élus s’en moque de la L2 avez vous un jour entendu Mr Gaudin menacer le gouvernement et l’Etat pour non respect d’achèvement de la L2

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  6. chris chris

    mais je croyais qu’il ne restait que 800m à finir???

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  7. JL41 JL41

    Un article qui va à l’essentiel, avec des infographies de qualité. Excellentes ces cartes que l’on peut agrandir et où l’on peut cliquer sur les échangeurs ! Si l’on compare à l’article de la Provence, incompréhensible sans ces infographies, il n’y a pas photo comme on dit : http://www.laprovence.com/article/edition-marseille/2925135/rocade-l2-les-travaux-reprennent.html

    Je suis moi-même un pratiquant de la marche à pied et des transports collectifs. Mais les anti-bagnoles forcenés me gênent. Peut-être que là où ils habitent et qu’en fonction de leur âge ou de leur lieu de travail, ils ont des solutions plus sportives ?

    Pour un certain nombre de déplacements, un certain nombre de personnes et selon le lieu de résidence, la voiture est inévitable : transport d’achats volumineux ou lourds, transport d’enfants, déplacement de personnes marchant difficilement, lieux de résidence ou de travail éloignés des transports en commun, trajets à objectifs et haltes multiples (on cueille le conjoint à la sortie du travail, puis l’enfant à la crèche). D’autre part, les grèves ou les incidents de parcours des transports en commun, comme la non ponctualité de la SNCF, n’incitent pas à l’abandon de la voiture individuelle. Il y a enfin des gens qui aiment la voiture, un usage qui est taxé de différentes façons et qui n’est pas interdit. Alors pour progresser, que les transports en commun et la SNCF commencent déjà à faire mieux.

    L’absence de L2 a également pénalisé Marseille et sa région économiquement, en même temps que la traversée de Marseille par les camions est accidentogène.
    1) On peut se demander pourquoi l’hinterland portuaire proche comprend le Vaucluse, le Gard et l’Hérault, mais peu le Var ? S’y ajoute une circulation difficile des marchandises à l’Est de Marseille, dans le Var et les Alpes-Maritimes où les réseaux autoroutier et ferré sont saturés. Au point que c’en est invivable l’été pour les autochtones et limitant pour le tourisme.
    2) Il est un peu tard maintenant, bien qu’il existe encore des opportunités, mais si l’on avait prévu le long de la L2 des parcs d’activités et de l’immobilier d’entreprise pour des activités à forte densité d’emplois, ceux-ci ne seraient pas allés se loger en périphérie plus éloignée, accroissant les encombrements routiers et l’usage de la bagnole. Le long de la L2 ces sites auraient été bien desservis par les transports collectifs. Et ces emplois et les ressources fiscales liées auraient été pour Marseille.

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  8. Sybic070 Sybic070

    On vient d’en reprendre pour cinq ans, alors la bagnole reine, les clapiers de luxe et les PPP ont de l’avenir! Le métro à l’Hôpital Nord, je ne vivrai sûrement pas assez longtemps pour le prendre(j’ ai bientôt 63 balais…). Les « quartiers à l’extraordinaire densité de population » n’intéressent que modérément Môssieur Gaudin et ses compères.

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  9. Marseillais indigné Marseillais indigné

    Mossieur Gaudin et ses compères ne parviennent pas à obliger les marseillais à emprunter le coûteux tunnel du Prado (coûteux lors de sa construction, et à l’usage). Mais comme nos décideurs ne comptent pas, des lors qu’il s’agit de l’argent des autres, la dernière trouvaille de leur communiquant ne manque pas de sel. Voici le slogan que j’ai découvert sur une Smart décorée en vert et blanc (et stationnée en en pagaille non loin du Bricorama du Prado) J’aime Marseille, je prends le tunnel. Une chose est certaine : ne voit jamais le bout du tunnel des travaux commencés un peu partout et jamais terminés. Le rond-point du Prado est un exemple éloquent.

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  10. Sumi Sumi

    Et le viaduc « provisoire » de Plombières (depuis près de 50 ans!), qu’en sera-t-il?

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  11. NINE13 NINE13

    Si les cars de ramassage scolaire étaient développés l y aurait déjà beaucoup moins d’automobilistes aux heures de pointes. Mais ça ne doit pas être rentable pour les entreprises choisies par notre MAIRE !

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  12. Paul RABIA Paul RABIA

    Marseille s’étale sur 240 km2 moins les collines de marseilleveyre 60 km2 moins les zones industrielles les centres commerciaux ils doit rester à peine 150 km donc 860000 habitants diviser par 150 km2 cela fait 5733 habitants au km2 après ça vous vous étonnez des tensions et bouchons en centre ville

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  13. Paul RABIA Paul RABIA

    6 ans monsieur le temps d’une mandature municipale
    Votez juste la prochaine fois(RBM-FN)

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  14. Paul RABIA Paul RABIA

    Monsieur Gaudin n’a pas attaquer la mairie centrale avec un char le clerc mais il a était élu par les Marseillais(ses) monsieur j’en ai eu marre de ces bonimenteurs j’ai don accepter de faire figuré mon nom sur une liste RBM-FN pour mémoire j’habite le 13eme le quartier des règlements de comptes entre font vert et frais vallons dans le 7eme secteur sur près de 90000 électeurs à peine 50000 ce son présenter aux urnes alors ne vous plaignez pas

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  15. anonyme anonyme

    Est-ce que la L2 sera couverte entre l’avenue des Caillols et l’échangeur de Florian. Indispensable car forte densité de population dans le secteur. Si quelqu’un a l’information merci de me la transmettre.

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