Malgré l’arrivée de Thales, le pôle aéronautique d’Istres ne décolle pas

Décryptage
le 13 Avr 2021
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Le site aéronautique d'Istres était censé devenir le berceau de la filière du dirigeable, en pleine renaissance. Après avoir perdu l'une de ses locomotives, l'installation de Thalès constituerait une éclaircie. Une étude doit chercher des moyens pour relancer la dynamique.

Visuel du Stratobus, un dirigeable pensé par Thalès, entre drone et satellite. (Stratobus_copyright Thales Alenia Space- E.Briot)

Visuel du Stratobus, un dirigeable pensé par Thalès, entre drone et satellite. (Stratobus_copyright Thales Alenia Space- E.Briot)

Ce n’est pas encore un escalier vers le paradis, mais déjà une bouffée d’air. Thales Alenia Space annonce qu’il va débarquer en Provence avec son Stratobus, un ballon dirigeable de 140 mètres de long. À mi-chemin entre le drone et le satellite, le véhicule doit être capable d’évoluer dans la stratosphère. L’industriel a assuré “entrer en phase de négociation exclusive” avec la région Provence-Alpes-Côte d’Azur pour l’implantation de son site de test et de sa ligne de production sur ce projet.

Un discours déjà entendu … en 2016. À l’époque, Thales Alenia Space annonçait déjà l’arrivée du Stratobus dans ce même pôle aéronautique Jean Sarrail, tout juste créé entre Istres et la plaine de la Crau. Le site se rêvait alors comme un berceau de la filière du dirigeable voulue par l’État en 2013. Un quinquennat plus tard, aucun ballon de baudruche géant ne vole dans le ciel d’Istres. Pire, le deuxième grand projet attendu, celui de Flying Whales, pourtant annoncé comme acquis depuis plusieurs années a finalement préféré partir en Nouvelle-Aquitaine.

Thales cherche des financements

Le Stratobus arrivera-t-il cette fois ? “Il y a une très forte probabilité, Thales est une entreprise sérieuse alors que Flying Whales n’était qu’une start-up”, défend Philippe Maurizot, vice-président (LR) de la commission industrie à la région et élu municipal de Fos-sur-Mer. Pour l’instant, il faudrait donc se fier aux projections et croire aux 300 emplois promis dans les éléments de communication. Sur les négociations toujours en cours, Thales Alenia Space indique seulement à Marsactu qu’elles portent sur “les autorisations et les détails du plan de financement”.

C’est ce dernier point qui a d’ailleurs retardé le projet. En début d’année, le PDG Hervé Derrey prévenait dans La Tribune que la commercialisation du dirigeable prévue en 2020 était décalée : “On va être prudent tant qu’on n’a pas eu une bonne visibilité sur le financement complet. Cela viendra effectivement un peu plus tard, mais clairement pas avant fin 2021″. De l’argent public, notamment européen, est attendu pour ce projet évalué entre 100 et 150 millions d’euros. La région Paca a d’ores et déjà prévu de voter l’apport de 3 millions d’euros en avril. Un montant similaire à celui déjà injecté par la collectivité, via le fonds européen Feder, en… 2018.

Une étude menée pour le développement du site

La concrétisation du projet de Thales est donc en attente. Mais elle pourrait donner un nouvel élan au site de 33 hectares – autant que le zoo de la Barben. Certes les bâtiments ont fait peau neuve, mais le “grand projet économique structurant” vanté par les collectivités peine à prendre forme. Preuve en est, le pôle aéronautique a lancé en décembre dernier un marché afin de trouver un prestataire capable de réaliser “une étude exploratoire et l’élaboration d’une stratégie de développement du pôle aéronautique Jean Sarrail situé à Istres”. En d’autres termes : trouver des entreprises pouvant s’y implanter. Ce qui peut s’interpréter comme un retour à la case départ.

Il y avait beaucoup de communication sur le dirigeable, car c’était très symbolique, mais il n’y a pas que ça”, défend Philippe Maurizot. Ce dernier assure que “beaucoup de projets” sont dans les tuyaux. “Ce sont des dossiers longs et nous essuyons les plâtres car l’enjeu est de créer un précédent qui permette de faire graviter d’autres sociétés ou investisseurs”, développe-t-il.

La présence voisine de la base militaire aérienne 125 devrait orienter les profils des futures sociétés accueillies. La direction générale de l’armement (DGA) a d’ailleurs investi dans le Stratobus en début d’année alors qu’elle avait mis énormément de temps pour donner des autorisations de vol. C’est aussi elle qui a contribué à dégonfler la filière dirigeable du site en freinant la venue de Flying Whales dont le capital est en partie chinois. Un “mythe de l’espionnite”, râlait alors François Bernardini, maire d’Istres et président de la société d’économie mixte du pôle, que nous n’avons pas réussi à joindre pour cet article. La gouvernance du pôle aéronautique pourrait aussi être revue pour devenir plus à même de dialoguer avec le secteur de la défense. Et prendre, enfin, son envol.

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Commentaires

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  1. jasmin jasmin

    ouf, enfin une bouffée d’oxygène, peut etre! Ils ont raison d’avoir résisté aux capitaux chinois, à cause d’une base de la défense et sur un projet qui touche à La Défense. ca n’aurait eu aucun sens. Ca ne doit pas etre de l’industrie propre, mais changer un peu le coté sinistre de l’économie locale. Merci pour l’article!

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  2. jemamo13 jemamo13

    Thales n’a pas les autorisations ni le financement….tout est dit. Par contre ou en sommes nous de l’engloutissement des aides de la métropole??? Combien ce projet a déjà couté aux contribuables??? pour un projet dont Musselier disait qu’il était géré par des amateurs. C’est vrai qu’à Istres l’argent public coule à flot pour des gabegies du Pharaon …forum des carmes, halles de l’olivier etc…

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  3. Pascal L Pascal L

    Abandonné depuis un siècles car trop dangereux, aléatoires et pas si économiques que ça, les dirigeables refont leur apparition régulièrement dans des projets technico-écolo vaporeux. Si on regarde ce lien : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ballon_dirigeable#Projets_de_dirigeable_transporteur_de_charges_lourdes
    on constate que quasiment tout ces projets sont à la recherches de financements mais qu’aucun n’a encore été mené à son terme. En revanche certains sont déjà à l’eau. Si celui d’Istres finit comme le projet allemand, pourquoi pas ? Ça fera une piscine de plus dans la région.

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  4. BRASILIA8 BRASILIA8

    c’est un peu comme les avions renifleurs il suffit d’y croire

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  5. Zumbi Zumbi

    Une occasion de revenir sur l’histoire des Grands Projets Technologiques qui ont englouti pas mal de rêves (ou de délires) et encore plus
    d’argent :
    https://youtu.be/SGMQb0Ji23w
    “un iceberg dans mon whisky” de Nicolas Chevassus-au-Louis

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