« Malgré la difficulté, les Roms restent dignes »

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le 3 Avr 2012
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Deux ans après l’exposition « Les Gitans de la Renaude », le Festival Latcho Divano propose une nouvelle série de photographies, « les Roms à Marseille », présentée par l’association Artriballes avec le concours de Rencontres Tziganes. Pour mener à bien ce projet, le reporter Kamar Idir a instauré une relation de confiance avec des familles Roms, dispersées entre les camps de la Capelette, Château Gombert, La Porte d’Aix, Chanterelle, « Les bonnes grâces », Château Bel Air, ainsi que quatre camps situés sur le boulevard Lazer. Certaines prises de vue datent de 2004. Mais lorsqu’on l’interroge sur le temps effectif passé auprès des Roms, Kamar Idir réplique qu’il ne peut répondre qu’approximativement – environ quatre ans – tant cette logique de temps lui semble étrangère : « J’allais les voir quand ils m’appelaient, au jour le jour, quand ils m’invitaient à un anniversaire, à un baptême… »

Certains "modèles" sont des réfugiés bosniaques, d’autres viennent de Serbie ou de Yougolslavie. Les clichés –il n’y en a qu’une petite trentaine – sont pris en extérieur, sur le seuil des cabanes en dur ou des caravanes. Kamar Idir a partagé des moments de vie avec les familles, mais a tenu à respecter leur intimité : « J’essaie de ne pas blesser avec mes photos », insiste-t-il. Dans des cadres achetés auprès des Roms ou prêtés par les associations, les instants pris sur le vif se dévoilent : des gamins nu-pied à l’air fripon, une adolescente qui se pavane fièrement devant l’objectif, une mère serrant son bébé dans les bras, fixant l’objectif, le regard empreint d’une insondable tristesse. L'on apprend qu’au moment de cette « capture », le camp venait d’être évacué par les forces de l'ordre. « Mon angle de vue consiste à saisir le ressenti du moment », commente le photographe. Tragique ou heureux, comme les scènes de fêtes, nombreuses, bien qu'il ne faille pas s'y tromper: " Les Roms chantent pour évacuer leur peine".

"Un ethnologue"

En prenant le parti de réaliser des photos en noir et blanc, Kamar Idir souhaitait immortaliser ce qui n’allait pas forcément de soi, en particulier la beauté d’une émotion. Celle-ci, souvent imperceptible, risquait de se voir éclipsée par le tissu vif et chatoyant des vêtements. Surtout, l'important était de montrer la réalité brute : « Les couleurs donnent l’impression que les Roms s’en sortent ». Équipé d’un appareil en 35 millimètres, le photographe a pris ses clichés au plus près des sujets : « Je reste un moment, j’attends que les visages soient relâchés, que l’on m’oublie un peu ».

Kamar Idir ne se définit pas comme un journaliste, mais plutôt « comme un ethnologue ». Il considère qu’il n’est pas là pour poser des questions, préfère se contenter de « tendre le micro » afin de recueillir des témoignages.  Invariablement, il demande : « D’où venez-vous, où allez-vous, que ressentez-vous ?». Ce sont les mêmes interrogations qui animent le militant, lui qui se décrit en « perpétuel exode », estimant être," ni plus ni moins, dans la peau de ces gens-là ». Et pour cause, après une activité journalistique dans son pays d’origine, l’Algérie, les massacres d’intellectuels le contraignent à s'exiler à Marseille en 1993. Son engagement est d’abord mis au service des Algériens immigrés, et notamment des Chibanis. Pour ce "Berbère", il existe un lien fraternel avec les Roms : ils appartiennent à la même communauté, "celle de culture orale", celle aussi des déracinés qui ne trouvent place nulle part.

Kamar Idir nous a accordé une interview :

 

 

Exposition "Les Roms à Marseille", jusqu'au 28 avril, à la Maison méditerranéenne des Droits de l'homme, 34 cours Julien (6e). Entrée libre.

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