Les Virgin tirent le méga store

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Élodie Crézé
15 mai 2013 8

Le Virgin Mégastore de la rue Saint Ferréol a des allures de forteresse assiégée. Les grandes grilles de l'entrée sont en partie fermées. Un gardien explique, "avec le début des soldes lundi, il y avait trop de monde." Une liquidation masquée en soldes anticipées. Les vraies sont normalement prévues fin juin. Cela correspondait à la fermeture du magasin annoncée le 30 juin, suite à la cessation de paiements déclarée en janvier dernier.

Les conséquences du couperet judiciaire se propagent plus vite qu'une épidémie. Les rayons se vident, peu à peu grignotés par une fourmilière humaine. Le dernier John Irving sert de cache-misère aux étagères dénudées. Des files d'attentes s'étendent devant les caisses prises d'assaut tandis que des clients participent, inconscients, au dépeçage du magasin, remplissant des caisses entières d'accessoires électroniques, de DVD, de CD et de livres.

Quelques employés reconnaissables à leurs vestes rouge pétard ne laissent d'abord rien paraître. L'un d'entre eux colle une affiche "Soldes", affichant un petit sourire triste. "Il y a 50% sur tout le magasin. ça sent vraiment la fin, on ne sait pas ce qui va se passer pour nous". Muriel Brandi, déléguée du personnel et salariée au rayon musique depuis une vingtaine d'années, enchérit "c'est horrible, c'est le jeu mais c'est dur. Depuis le début nous sommes passés par une palette d'émotions, la peine puis le déni, puis le jour de la date butoir, lorsque l'on a vu que personne ne s'était positionné pour le rachat, on s'est dit, c'est vraiment fini."

"Un projet fou"

Au rayon librairie, à l'étage, on retrouve un peu de calme. Comme si la tempête du rez-de-chaussée avait épargné, pour l'heure, ce rayon. D'ailleurs, mis à part un vendeur, les vestes rouges ont déserté tout l'étage. Des gamins maltraitent des livres, les ouvrant avec fracas. L'unique vendeur lâche, avec une mine des mauvais jours, "c'est une ambiance de fin du monde". Un autre salarié, plus bas, hausse les épaules, semble d'accord avec cette vision apocalyptique de la situation. Que faire d'autre alors sinon poursuivre le travail jusqu'au bout, semblent crier les visages fermés des salariés.

Si les candidats à la reprise ont jusqu'au 23 mai pour se faire connaître, certains comme Stephan Raffi, représentant de l'union locale CGT évoquent l'idée de transformer le lieu en site culturel sous forme d'une Scop (société coopérative), "surtout reprendre la main sur l'offre culturelle, favoriser la scène locale, les indépendants, inviter les collectivités à payer une partie du loyer de ce bâtiment classé au patrimoine".

Il faudrait pour cela que les collectivités acceptent de payer les 80 000 € mensuels et sous-louent deux étages à la Scop jusqu'à ce qu'elle puisse le prendre en charge seule. Pour Muriel Brandi, "c'est un projet qui nous semblait fou au départ mais il est en train de se monter, même si ce n'est pas évident parce que l'on doit bosser jour et nuit. Le propriétaire, André Rousselle nous soutient. Car si un magasin de la chaîne Virgin doit être sauvé, c'est bien celui de Marseille, qui a un chiffre d'affaires positif."

Mais pour le moment, l'idée semble bien hypothétique. Une jeune femme salariée ne répond même pas lorsqu'elle est questionnée sur cette drôle d'ambiance. "A quoi bon", semble signifier son mutisme lorsque la résignation pénètre progressivement, insidieusement, les plis froissés des vestes rouges. Muriel Brandi estime, sa voix s'étranglant légèrement, que la date du 30 juin fixée pour baisser définitivement le rideau est improbable. "Si le 23 mai il n'y a aucun repreneur potentiel, la fermeture sera imminente."

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commentaires

Commentaires

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  1. ALAIN PERSIA

    VAUZELLE qui vient d’ouvrir sa Villa Méditerranée aurait dû proposer au personnel de Virgin un emploi au sein de ce bâtiment. Mais comme à son habitude Les employés de Virgin auraient fait un excellent boulot car ils ont une excellente formation au niveau culturel.

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  2. Mateal

    Je suis allé par hasard à Saint-Fé hier et j’ai bien vu cette promo un peu folle.
    Alors oui j’y ai participé mais je ne me sens pas coupable de quoi que ce soit, ni « inconscient » de ce qui est entrain de se passer. Si personne n’avait acheté de produit hier, le magasin aurait été sauvé? Je ne pense pas, mais il est vrai qu’on aurait dit une horde de vautour autour d’un cadavre…Les vrais coupables ne sont pas les gens comme moi mais les actionnaires qui ont décidé de couler une boite et un magasin qui faisait du profit.

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  3. Philippe

    participer ou pas participer au »dépeçage » ? telle est la question.
    Bien évidemment faire tourner le chiffre d’affaire jusqu’au bout ne pourra que rendre le magasin plus « sexy » pour un potentiel financeur.
    Je pense qu’il faut donc y aller et acheter sans réserves, mais bien sûr ça n’empêche pas de manifester sa solidarité avec les salariéEs de toutes les façons possibles.
    Par exemple en faisant un truc dingue à l’époque des smartphones et facebook : leur parler !
    Essayez donc pour commencer : « Bonjour, ça va ? » si ça se trouve, ça fera déjà plaisir à votre interlocuteur…

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  4. Lucide

    Ceux qui « dépècent » sont les mêmes qui manfesteront contre la fermeture alimentant le paradoxe : oui au discount et à la sécurité de l’emploi .

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  5. cani

    Même climat à Montpellier !
    Si l’on peut regretter la perte de ces emplois, je ne peux m’empecher de penser au nombre de petites librairies et petits disquaires qu’ils ont fait disparaitre en se créant – mais eux c’étaient des petites structures dont personne n’a parlé !!!!!

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  6. Marguerite

    C’est effrayant, oui. Quant à culpabiliser les clients qui font ça : non.
    C’est la caricature d’une phase d’un système de consommation et Virgin en est un des grands acteurs. Virgin périclite aujourd’hui, mais il a tué plus d’un professionnel de la culture!
    Je me réjouis de la disparition de l’un des acteurs de la désagrégation sociale.

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  7. Anonyme

    Et oui, comme le dit ALAIN PERSIA, le personnel de Virgin aurait dû être reclassé dans la Villa Méditerranée, à la mairie, ou pourquoi pas au CG …. Mais pour nos chers élus, il est préférable d’y embaucher ceux qui les aideront dans leur futures campagnes électorales.

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