Le Printemps marseillais à l’heure des comptes : 40 promesses et des nuances

Enquête
le 20 Jan 2026
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Au bout du mandat, que reste-t-il du programme du Printemps marseillais, arrivé au pouvoir après 25 ans de gestion Gaudin ? Marsactu a fait le bilan d'une quarantaine de mesures et vous présente les résultats et la méthode de ce travail minutieux.

Benoît Payan à la tribune de la rentrée du Printemps marseillais, en septembre 2025. (Photo : B.G.)
Benoît Payan à la tribune de la rentrée du Printemps marseillais, en septembre 2025. (Photo : B.G.)

Benoît Payan à la tribune de la rentrée du Printemps marseillais, en septembre 2025. (Photo : B.G.)

Demandez le programme pour la saison 2 ! Ce lundi, le maire sortant Benoît Payan et le Printemps marseillais ont présenté leur feuille de route pour un deuxième mandat à la mairie de Marseille. Mais que sont devenues les promesses de 2020 ? Alors que plus de 500 000 électeurs marseillais sont appelés aux urnes les 15 et 22 mars, Marsactu vous propose une application interactive pour vous faire un avis.

Bilan ? Disons-le tout net : nous ne cèderons pas à la tentation de procéder à un total du type “programme réalisé à 75 %”. Sauf à considérer que l’extension des horaires des parcs et jardins peut être mise en équivalence avec la création de 30 000 logements…

On peut toutefois souligner que rares sont les mesures complètement réalisées, sans aucun bémol. Qu’il s’agisse des maisons sport-santé, du nombre de places d’hébergement d’urgence ou des effectifs des ATSEM, les avancées sont réelles, mais souvent en deçà des promesses précises formulées il y a six ans. Plus surprenant, certaines mesures semblent avoir totalement disparu des radars, tel le “maire de la nuit” ou le “portail de la transparence”. En termes thématiques, les écoles présentent globalement le bilan le plus avancé, avec un effort important sur le bâti, tandis que la culture est à la peine, notamment le doublement annoncé des subventions, quand l’enveloppe n’a quasiment pas évolué en six ans.

Mais, à nouveau, c’est à vous de naviguer dans ce bilan pour tirer vos propres conclusions. Un mot sur la méthode, toutefois, pour vous permettre de connaître les choix que nous avons faits et les limites de l’exercice.

La première tient à une question fondamentale : c’est quoi, un bilan ? Une colonne “plus” et une colonne “moins” ? Qu’est-ce qu’on évalue exactement ? L’application d’un programme, la capacité à gérer des crises, à écouter les citoyens, l’opposition et les agents ? C’est le premier choix structurant : notre application se base sur le seul programme présenté lors de la campagne de 2020. Cette approche correspond à la ligne de Marsactu : ne pas céder à l’instantané, aux impressions du moment, prendre les promesses au mot, quand bien même celles et ceux qui les font n’y croient pas.

Pas de gestion du covid ni de programme Ghali

Cela induit de premières limites. Nous n’avons donc ainsi pas évalué la gestion de la campagne de vaccination contre le covid-19 — avec l’ouverture d’un “vaccinodrome” — par nature non prévue avant que le vaccin existe. Les multiples annulations du budget au tribunal administratif n’y figurent pas plus, cet élément au débit du bilan étant difficilement rattachable à une promesse. Des mesures, même si elles auraient pu être prévues, comme le changement de nom de l’école Bugeaud en Ahmed-Litim — parmi une série d’actions mémorielles — sont aussi exclues, faute de figurer dans le document.

Quel document, d’ailleurs ? Le programme du Printemps marseillais ? Celui de Debout Marseille, la liste EELV conduite par Sébastien Barles qui a fusionné pour le second tour ? Celui de Samia Ghali et sa liste Marseille avant tout, qui a négocié son soutien à la majorité municipale en vue du “troisième tour” que constituait l’élection du maire ? Nous avons opté pour la simplicité : en l’absence de version commune issue de ces ralliements, le programme initialement publié par le Printemps marseillais nous parait constituer le socle non remis en cause de la majorité municipale, à commencer par Benoît Payan, qui figurait dans cette liste.

Pragmatisme et Équilibre

De cette trentaine de pages, nous avons retenu 41 promesses. Ce renoncement à l’exhaustivité n’est bien sûr pas neutre. Mais il permet de présenter un résultat synthétique, qui a pu se produire sans mobiliser toute la rédaction pendant un mois et peut se lire sans poser une journée de congés. Cette sélection permet aussi d’écarter des déclarations vagues comme “Défendre et améliorer le service public d’éducation”. Nous nous sommes concentrés sur les éléments objectivables, mesurables et, soyons honnêtes, vérifiables sans nécessiter une enquête à part entière. Nous avons aussi dû équilibrer les thématiques : même si les écoles sont la première compétence de la municipalité et faisaient l’objet de trois pages denses, nous avons limité l’évaluation à neuf mesures, en tâchant de scruter le maximum de volets (cantines, agents, bâti…). Il a donc fallu renoncer à la mesure “Effectuer des relevés de décibels dans chaque réfectoire, réaliser les travaux d’insonorisation nécessaires.”

Nous avons aussi occulté toutes les promesses qui reposaient sur la métropole Aix-Marseille-Provence. D’aucuns reprocheront à l’équipe municipale de n’avoir pas su installer un fonctionnement apaisé avec son exécutif, dirigé par sa rivale Martine Vassal (divers droite), ou même de n’avoir pas davantage préparé des alliances pour maîtriser cette institution. Mais c’est un autre débat et à tout prendre, en matière de compétences métropolitaines, nous préférons évaluer le bilan de Martine Vassal, qui suivra la semaine prochaine.

Pour chaque promesse, nous avons rédigé un résumé concis de l’état d’avancement, ou d’abandon parfois. À ce texte est associé, ô point sensible, un curseur coloré, de 0 à 3. Cette notation nous a, pour certaines mesures, donné du fil à retordre. Le gris du bilan nul ou l’orange du bilan maigre pour tel domaine ? Le vert est-il synonyme de perfection, ou doit-il tenir compte de la faisabilité, dans une approche pragmatique ? Dans tous les cas, le texte d’accompagnement vous permet de connaître l’avancement précis, derrière la note simplifiée.

Vous savez désormais ce qu’on peut trouver dans ce bilan et ce qu’il n’est pas. C’est une des manières d’aborder la mandature 2020-2026, à côté des dizaines d’articles, des résumés des décisions et des débats des conseils municipaux pendant six ans. Et surtout de notre série “Cinq printemps, un bilan”, qui s’attache à éclairer d’autres aspects, d’une autre manière, par l’enquête, l’analyse, le récit…

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Commentaires

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  1. MarsKaa MarsKaa

    Quel boulot ! Vous êtes impressionnant.es ! Merci.

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    • Félix WEYGAND Félix WEYGAND

      +1 top !

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    • Forza Forza

      Absolument. Bravo la team @Marsactu pour ce travail et les nuances apportées à ce que sont – ou ne sont pas – ses conclusions.

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  2. ALAIN B ALAIN B

    Dans le 3ᵉ arrondissement de Marseille un quartier très pauvre, le contraste entre la politique menée il y a cinq ans et celle conduite aujourd’hui par la majorité de gauche autour de Benoît Payan est évident. Les avancées sont concrètes : rénovation des écoles, lutte contre le trafic, création d’un poste de police municipale rue Loubon, future médiathèque… Autant de projets qui montrent qu’un changement réel est en cours.
    En revanche, deux sujets essentiels restent désespérément bloqués : la propreté et les transports en commun, toujours saturés. Et pour cause : ces compétences relèvent de la Métropole. Or, malgré les années qui passent, la politique menée par Mme Vassal ne semble évoluer ni dans les méthodes ni dans les résultats. Cette inertie interroge sérieusement sur sa capacité à gérer une ville comme Marseille

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    • Electeur du 8e © Electeur du 8e ©

      Je ne suis pas sûr qu’on puisse qualifier la capacité à gérer de Mme Vassal sur la base de ce que la métropole a fait, ou plutôt pas fait, à Marseille. J’ai en effet le sentiment que son inaction résulte moins de l’incompétence que de la volonté de punir les Marseillais•es d’avoir fait le “mauvais” choix en 2020. Et, bien entendu, de ses choix financiers : détourner au profit des petites communes une part majeure des ressources métropolitaines (et départementales), de sorte qu’il ne reste plus grand chose pour financer les projets communs.

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    • julijo julijo

      Oui c’est sûr que le côté vengeance par punition de vassal est évident, et l’ensemble de l’équipe départementale plus métropole bien évidemment la suit.

      Il y a aussi une part importante de clientélisme, elle se doutait bien que au CD13 ou à la métropole l’ensemble des élus marseillais ne la suivrait pas forcément.
      D’où son besoin de financer outrageusement l’ensemble des petites communes qui voteraient pour elle et ses projets de vengeance.
      C’est avec ce constat que l’idée d’un “rapport de force” me paraît bien convenir,
      Encore faut-il que les élus de ces deux institutions le souhaite et le mettent en place.

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    • Forza Forza

      Ce que je me demande c’est si la fin de la loi PLM pourrait faire que si Vassal était élue elle ne nous la refasse pas à l’ancienne : privilégier les secteurs qui ont bien voté et négliger les autres (y compris ceux qui ne votent pas).
      Bon ok, la réponse est dans la question. On ne peut pas décemment imaginer que quelqu’un qui n’est pas opposé aux idées du RN souhaite agir sur l’essentiel : réduire les inégalités.

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    • Syol Syol

      Côté Transport en commun il y a eu des avancées avec le prolongement du T3 à Gèze, celui des 83, 72, 88 à Arenc ou désirée Clary. Certes il y a encore des progrès à faire.
      Ensuite la question de la fraude serait vraiment à prendre en compte. Se plaindre de transports surchargés quand tant de gens ne valident pas, cela ferait rire si ce n’était la preuve d’un manque de compréhension de fonctionnement des systèmes de transports dans lesquels les validations servent à décompter les nombre de voyageurs, ce qui permet d’adapter l’offre. Certes dans certains matériels modernes on a des systèmes de comptage aux portes et dans certains réseaux de métro des comptages en utilisant les caméras des sur les quais. Je ne sais pas ce qui est mis en œuvre à Marseille de ce point de vue.
      Quant à ceux qui pensent que la gratuité totale est la solution à la fraude je vous invite à lire les rapports à ce sujet qui expliquent ce qu’il en est réellement : cela obère la capacité d’investissement des réseaux urbains qui ont mis en œuvre la gratuité.
      La gratuite pour les plus de 65 ans sans conditions de revenus décidée par M. Vassal est une très mauvaise mesure, purement électoraliste. Il aurait été préférable d’élargir les tarifs réduits existant pour les collégiens/lycéens afin de les habituer à voyager avec un titre de transport, fût-il gratuit.

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    • Electeur du 8e © Electeur du 8e ©

      @Syol, je suis d’accord avec vous sur la fraude, qui à Marseille atteint des sommets. Mais il y a aussi de la “fraude involontaire” : aux heures de pointe dans mon quartier, les bus sont parfois si chargés que le conducteur n’ouvre pas la porte avant, mais uniquement la porte arrière pour charger les usagers qui cherchent à monter. Ceux-ci ne peuvent donc pas valider leur titre de transport – et la RTM ne peut pas mesurer la demande réelle, sauf si les conducteurs concernés rapportent cette anomalie. A ma connaissance, il n’y a pas de cellules de comptage dans les bus marseillais.

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  3. Forza Forza

    L’échec sur la démocratie locale est impardonable.
    Certes ils avaient un peu rêvé en espérant sortir de l’inféodation aux CIQ mais 1/ Ce n’était pas la peine d’en rajouter et 2/ Il était possible de mieux faire, à commencer par choisir un pilote crédible (désolée mais le jeune protégé de Rubirola n’a jamais eu ni l’expérience ni les épaules pour ça, et on sait très bien que ses priorités sont ailleurs, toutes respectables qu’elles soient).
    Cependant je ne doute pas que certain(e)s aient tenté de pousser le sujet et se soient vus opposer une fin de non recevoir par une “Direction” elle même pas si encline à la démocratie (cf. l’excellent article de @Coralie) et trouvant finalement que le jeu n’en valait pas la chandelle : car oui, c’est long et difficile de mettre un coup de pied dans ce genre de fourmilière, et même pas sûr qu’on y gagne plus d’électeurs qu’on en perd – au moins dans un premier temps.

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  4. QN45 QN45

    Bravo pour ce travail collosal !!
    Un seul dommage, la partie «infrastructures » des équipements sportifs n’a été étudiée que sous l’angle des piscines (bilan famélique pour ne pas dire plus) alors même que de nombreux stades, gymnases, city ou autres terrains de basket ont été rénovés ou créés (rattachés aux nouvelles écoles pour les gymnases neufs notamment). Dans certains quartiers du Nord, la différence est flagrante sur ce point des équipements terrestres

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  5. Nicolas DRUNET Nicolas DRUNET

    Bonjour, ce serait bien de mettre des légendes même si on comprend qu’ily a un gradient mais du coup entre le jaune et orange?

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  6. André-Jean Guérin André-Jean Guérin

    Beau et gros travail, Merci.

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  7. André-Jean Guérin André-Jean Guérin

    Je voudrais ajouter une remarque sur la base sur laquelle se fonde le jugement de la réalisation d’un mandat, que ce soit pour la mairie ou pour la métropole. Pour l’un et l’autre le programme annoncé par les candidats est évidemment essentiel et juger sur la réalisation de celui-ci est pertinent. Il ne faudrait cependant pas oublier que les candidatures étaient présenter pour exercer un mandat dont les compétences ont une définition législative relativement précise : compétence des mairie et du maire en particulier, compétence de la métropole. Que dire d’un(e) candidat(e) qui remplirait son programme mais n’exercerait pas correctement les compétences qui lui sont attribuées qui sont essentielles pour les citoyens. Je suggère donc que le jugement d’un mandat comporte aussi un regard sur cette dimension essentielle : plus ou moins bon exercice des compétences dévolues à la collectivité correspondante.

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  8. AB AB

    Mais quel travail essentiel mais colossal! Merci

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