L’annulation du conseil municipal repousse encore le débat politique sur le mal-logement

Actualité
Benoît Gilles
10 Déc 2018 6

En annulant en urgence le conseil municipal du 10 décembre, le maire remet à plus tard le débat autour de l'habitat indigne attendu depuis le drame de la rue d'Aubagne. Or, les associations attendent que s'ouvre un vrai débat démocratique sur cette question.

Il y aura bien un rassemblement devant la salle du conseil municipal ce lundi matin. Mais celle-ci demeurera vide. Ce dimanche, le maire de Marseille a annoncé dans un communiqué qu’il informait le préfet de sa volonté de reporter à plus tard la séance du 10 décembre. Celle-ci doit se tenir avant la fin de l’année, « sitôt que toutes les conditions de sécurité et de sérénité seront réunies ». Le collectif du 5 novembre a décidé dans l’après-midi de dimanche de maintenir le rassemblement prévu, le quatrième depuis que trois immeubles se sont effondrés, rue d’Aubagne. « Jean-Claude Gaudin ne peut se cacher derrière ces violences orchestrées pour masquer son absence de politique digne pour les Marseillais.e.s », écrit le collectif dans un communiqué. Et les cris adressés au maire vont résonner devant une salle vide, soulignant une forme d’esquive.

La décision municipale fait suite aux heurts qui ont émaillé le centre-ville samedi, brisant les vitres de plusieurs institutions dont la mairie du 1er secteur et le siège de la Soleam, société d’aménagement publique. Elle s’appuie aussi sur un climat national que d’aucuns qualifient d’insurrectionnel : « Dans ce contexte, il est de notre responsabilité d’élus de la République de contribuer, au contraire, à l’apaisement et de permettre à la vie municipale de se dérouler dans des conditions démocratiques normales », écrit ainsi le maire.

L’escamotage du débat

Lors de l’habituel repas de presse préparatoire à ce conseil, le chef de la majorité municipale, Yves Moraine, avait usé jeudi dernier d’un ton grave pour souligner le contexte particulier de ce conseil : « C’est le premier après le dramatique accident de la rue d’Aubagne qui a endeuillé notre ville, dans un contexte national extrêmement tendu comme on n’en a pas connu depuis mai 68, certains qui ont connu cette époque disent même que c’est pire ». Le conseil devait débuter par une minute de silence puis un long débat sur « les conséquences de l’accident et la politique municipale de l’habitat au sens large ». C’est ce débat sur la lutte contre l’habitat indigne et le bilan de 23 ans de politique municipale sur ce thème qui se trouve ainsi repoussé.

Sans s’appesantir sur les raisons de cette annulation, le président du groupe socialiste, Benoît Payan exhorte le maire à maintenir une forme de dialogue avec les collectifs qui appellent à la manifestation. Même son de cloche du côté de son collègue communiste Jean-Marc Coppola : « rencontre, dialogue, solutions concrètes seraient les seuls et vrais signes d’apaisement et non cette fuite en avant qui ne fait qu’accroître la colère », estime-t-il. Un dialogue que l’édile a jusqu’ici écarté : « Je propose au maire de rencontrer dès lundi matin les collectifs citoyens, et de re-convoquer très rapidement le conseil municipal, autour des délibérations urgentes liées à la crise du mal logement à Marseille ». Sa collègue Samia Ghali évoque même « un hold-up démocratique »  qui prend la forme « d’une stratégie de l’évitement ».

L’urgence d’abord

De fait, l’ordre du jour de ce conseil ne contenait rien en rapport avec la crise du mal-logement. Trois délibérations faisaient suite au drame de la rue d’Aubagne en autorisant la gratuité des frais d’obsèques pour les familles de victimes et de la cantine et des crèches pour les évacués de ce secteur de Noailles. Son contenu ne devrait pas beaucoup varier dans les jours prochains. Ce jeudi, le directeur général des services annonçait des mesures à venir, mais sans plus de précisions sur leur contenu et leur calendrier.

L’essentiel de cette politique est désormais portée par la métropole dont la présidente a détaillé « la stratégie » sur dix ou quinze ans. Une stratégie qui s’appuie notamment sur les récentes mesures de la loi Elan. Si la Ville doit y être associée, elle n’est plus l’institution chef de file en la matière, comme si cette politique devait se démarquer des choix posés par le maire et son cabinet durant quatre mandats.

La place des habitants, des citoyens dans les instances de pilotage et de contrôle de cette politique est limitée à la portion congrue. Martine Vassal a annoncé la tenue d’assises du logement sous le patronage de l’ancien président de la banque alimentaire. « Les conclusions de ces assises seront prises en compte dans le programme local de l’habitat », a-t-elle promis. Mais ledit programme métropolitain est déjà pour l’essentiel ficelé. Il a fait l’objet de nombreuses réunions de présentations dans les territoires de la métropole. Le calendrier paraît bien court pour une remise à plat.

L’absence citoyenne

Sur cette question de la participation citoyenne, le ministre du logement, Julien Denormandie n’a été guère plus rassurant, lors de sa visite à Marseille, fin novembre. Les collectifs et conseils citoyens seront simplement invités à une réunion de suivi mensuel. « Nous appelons la préfecture à reprendre en main cette situation catastrophique et obliger l’ensemble des institutions à ouvrir de véritables négociations avec les collectifs et associations », répond le collectif du 5 novembre, dans un communiqué.

Depuis l’effondrement des trois immeubles rue d’Aubagne, les collectifs et associations ont été reçus par les adjoints en charge du suivi quotidien des crises qui se sont succédées. Des rendez-vous techniques avec des élus qui orchestrent depuis des semaines la prise en charge des personnes évacuées. Le dialogue sur le fond de la politique mise en œuvre par les pouvoirs publics n’a pas encore eu lieu. Ce conseil municipal sous tension devait lui offrir une première forme, avec les limites qu’impose le jeu démocratique municipal. Le conseil métropolitain de jeudi – s’il est maintenu – offrira une seconde chance de rétablir un dialogue entre élus et citoyens.

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