Habitat indigne : Martine Vassal veut avancer vite et fort sans assumer de bilan

Actualité
le 29 Nov 2018
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La présidente de la métropole présente une "stratégie" de lutte contre l'habitat indigne, sur 10 ou 15 ans évaluée à 600 millions d'euros. Elle passe par un partenariat renforcé avec l'État et fait fi de tout bilan des politiques menées jusque-là.

Martine Vassal a présenté quelques jours après le drame de la rue d'Aubagne une stratégie pour lutter contre l'habitat indigne. (Image BG)

Martine Vassal a présenté quelques jours après le drame de la rue d'Aubagne une stratégie pour lutter contre l'habitat indigne. (Image BG)

Martine Vassal était attendue. La présidente d’Aix-Marseille-Provence s’était faite discrète. Absente dans les jours suivants le drame de la rue d’Aubagne, elle était sortie du silence pour annoncer un plan « dans les dix jours ». C’est au cœur de l’hémicycle, dans son fauteuil de présidente qu’elle présente avec application ce qui n’est plus un plan « mais une stratégie durable » basée sur deux valeurs : « la lutte contre l’inacceptable et le retour à l’ordre ». Le premier terme recouvre la nécessité d’offrir un logement sûr, et décent aux propriétaires et locataires qui vivent aujourd’hui dans des situations inacceptables. Le second, concerne « la toute petite partie des propriétaires qui loue des logements insalubres ».

Ce retour à l’ordre volontariste que la double présidente met en avant ne concerne en aucun cas d’éventuels dysfonctionnements des services de la métropole ou de la Ville. La présidente de la métropole rappelle d’ailleurs qu’elle a été élue « en septembre » et qu’elle ne vise pas le court terme, « les paillettes » mais « l’efficacité avec une méthode sur 10 ou 15 ans ». Elle souhaite mettre en place « une réponse juste et efficace » dotée d’un budget global de 600 millions d’euros dont un tiers à la charge de la seule métropole.

Un élan sans bilan

En revanche, elle ne tire aucun bilan des politiques jusque-là mises en œuvre. À peine souligne-t-elle « les expropriations trop peu nombreuses » et les « contrôles pas assez fréquents ». Des services de lutte contre l’insalubrité et le péril dysfonctionnels à la Ville« Demandez à Jean-Claude Gaudin », élude-t-elle. Même chose sur les choix portées par la région de renoncer à une politique volontariste sur l’habitat : « Demandez à Renaud Muselier ». Si critiques il y a, elles résonnent en creux. Et quand on l’interroge sur la part consacrée à l’habitat indigne dans les 150 millions d’euros d’aide départementale versés à la Ville de Marseille, elle peine à répondre et pointe de nouveau la responsabilité du maire de Marseille.

Adjoint en charge de la lutte contre l’exclusion à la Ville de Marseille et simple conseiller métropolitain (LR), Xavier Méry se voit confier une « délégation spéciale contre l’habitat indigne » qui enlève une partie de la responsabilité sur cette question à la vice-présidente en charge de l’habitat et de la politique de la ville, Arlette Fructus (mouvement radical). L’homme n’a pas de surface politique, pas d’ambition connue, pas de bilan qu’il aurait à tirer en boulet.

À ses côtés, Domnin Rauscher, directeur général adjoint à la métropole mais aussi directeur de l’urbanisme à la Ville, aura carte blanche pour lancer cette politique volontariste, comme si cette responsabilité nouvelle le déchargeait d’un quelconque bilan des politiques menées jusque-là par l’une et l’autre collectivité.

Doublement des équipes

Autre critique en creux, d’une politique qui n’était pas jusque-là à la hauteur des enjeux, « le doublement des équipes » portant à 28 le nombre d’agents intervenant sur cette politique à la métropole et la création d’une direction dédiée qui pourrait également intégrer les « équipes de la Ville intervenant dans le champ de la sécurité et de la salubrité ». Le conditionnel est de rigueur comme si ce plan métropolitain se construisait sans Jean-Claude Gaudin, dont les quelques adjoints présents restent silencieux. Ce dernier, par voie de communiqué, a indiqué son adhésion au plan présenté : « Cette stratégie correspond à la réflexion et au travail que les équipes de la Métropole et de la Ville de Marseille ont mené en commun au cours des dernières semaines après le drame qui a frappé notre ville ».

Cette stratégie et sa présentation est aussi une adresse à l’État, à la veille de la visite à Marseille, du ministre en charge du logement Julien Denormandie. Sur les 600 millions du plan qui n’en est pas un, « 229,25 millions d’euros » précisément devront être apportés par l’État par l’intermédiaire de ses agences, l’ANAH en charge de l’amélioration de l’habitat, et l’Anru pour la rénovation urbaine. L’État encore, pour simplifier les procédures, nommer un préfet et un vice-procureur dédié à cette thématique comme ce fut le cas par le passé. L’État enfin, pour compléter les mesures et les outils que la métropole souhaite mettre en place et accroître la lutte contre les marchands de sommeil.

Pas d’Orcod, mais un GOU et un PPA

Point d’Orcod (opération rénovation des copropriétés dégradées), comme avancée par le rapport Nicol (lire notre article) et reprise à son compte par le sénateur Bruno Gilles. La présidente enfile une nouvelle rangée de sigles techniques comme autant de perles à l’éclat plus vif. Il est ainsi question d’une société publique locale d’aménagement à intérêt national issue de la loi du grand Paris. Celle-ci pourrait entraîner la disparition ou la transformation de la Soleam.

Une autre société publique locale de gestion patrimoniale pourrait elle remplacer Marseille Habitat. Surgissent également de la nouvelle boîte à outils, une GOU pour grande opération d’urbanisme dans le cadre d’un PPA, pour projet partenarial d’aménagement. Ces dispositifs sont nés avec la loi Elan, récemment adoptée dont Martine Vassal demande la promulgation « sans délai » des décrets d’application. Avec cette nouvelle grande opération d’urbanisme, la métropole veut prendre la main en partenariat avec l’État, la commune n’étant consultée que pour avis.

Une manière de contourner la menace d’une « mise sous tutelle » notamment brandie par les députés LREM. Ainsi la métropole et la Ville participeront au financement de l’audit sécurité de la rue d’Aubagne et du « périmètre d’intervention sécuritaire » sans que l’on sache si cela correspond au vaste audit que l’État souhaite diligenter sur tout Marseille pour cartographier les bâtiments dont l’état menace leurs habitants.

« La fin de l’incitatif »

Pour l’immédiat, la métropole ressort des mesures déjà en cours. Ainsi les expropriations déjà lancées « seront accélérées ». Elle évoque 38 déclarations d’utilité publique votées en juin dont 16 qui seraient sur le bureau du préfet et dont on peine à retrouver la trace. Elle en promet de nouvelles en décembre. Il est aussi question d’une opération programmée d’amélioration de l’habitat et de renouvellement urbain (OPAH RU) sur le grand centre-ville. Celle-ci est déjà en cours et fait l’objet d’une convention avec l’Agence national d’amélioration de l’habitat en 2015 et qui court jusqu’en 2020. Martine Vassal annonce son lancement en 2019 « avec un partenariat renforcé avec l’ANAH ».

Il devrait s’agir de nouveaux sites déjà identifiés de longue date comme Noailles, certains îlots de La Plaine et d’autres pôles déjà connus du projet Grand centre-ville dont la Soleam a la charge. Quant à l’ANAH, elle se serait engagée à verser ses subventions a priori et non plus a posteriori des opérations. Domnin Rauscher s’engage : « c’est la fin de l’incitatif » pour couper court aux interrogations sur le caractère plus ou moins cœrcitif des dispositifs appelés à être mis en place. Cela passe notamment par des déclarations d’utilité publique (DUP) de logements sociaux. Elles permettent de réaliser des expropriations d’immeubles en maintenant sur place les habitants qui passent ainsi d’un logement social de fait à un logement social de droit.

Et les habitants ?

Cette question des habitants et de leur maintien dans le centre ancien est une promesse. On la retrouve à travers la mise en place d’un médiateur, d’un « espace d’accompagnement habitat » permettant de les recevoir. Il en est question encore à propos d’assises territoriales de l’habitat « d’ici le printemps 2019 » dont les conclusions seront intégrées au futur plan local de l’habitat en cours de réalisation.

En revanche, la réalisation complémentaire de logements sociaux sur l’ensemble du territoire reste à l’état de vœux pieux, Martine Vassal se bornant à vanter les efforts du bailleur du département 13 habitat et la désormais sempiternelle « interdiction de construire des HLM en centre-ville » qui freinerait les projets (lire notre décryptage). En coulisses, les services reconnaissent bien que des dérogations sont possibles « mais elles prennent 9 mois en moyenne », explique-t-on. Une paille en comparaison d’années d’inaction ou de politique inefficace en centre-ville de Marseille, durant lesquelles Martine Vassal était déjà aux manettes.

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Commentaires

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  1. Happy Happy

    Sur l’argument que l’état empêcherait la création de logements sociaux dans le centre-ville, la mauvaise foi des élus marseillais se loge aussi dans la précision du périmètre du centre. Oui, il faut une dérogation de l’état pour créer des logements sociaux dans les quartiers les plus pauvres du centre. Par contre, la limitation des logements sociaux, surtout ceux destinés aux plus pauvres, dans les autres quartiers centraux ou limitrophes, est bien le fait des élus de ces secteurs : 5e, 4e, 6e, 7e, 8e… Des décennies d’obstruction expliquent aussi que la capacité d’accueil dans le parc social est saturée, hors des grands ensembles loin du centre-ville que peu de gens souhaitent habiter.

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  2. Brallaisse Brallaisse

    Ce qui n’était pas faisable le devient.
    Ce qui prenait 10 ans peut être maintenant effectué en quelque temps.
    De deux choses l’une, ou bien vous avez mentis ou vous n’avez voulu rien faire, sciemment. Dans les deux cas ce ne sont pas des erreurs mais des fautes ayant contribué aux événements récents.
    Bien entendu , au courant de rien, responsable de rien et comme d’habitude c’est la faute des autres. Encore nous n’avons pas eus droit à la faute de DEFFERRE !.
    Cette tentative de lifting de votre part ne fait pas oublier que sous la peau retendue reste le fond , et notamment au travers des nombreuses heures de vols que vous avez effectuées aux côtés de votre maître à « politicarder » depuis plus de 10 ans et qui nous sert de maire depuis 25 ans.
    La meilleure des choses qui puisse nous arriver est effectivement la reprise en mains par l’Etat de la politique de la ville en matière de logement comme beaucoup le souhaitent.
    Mais ce qui m’inquiète aussi , c’est que l’ensemble des services est touché par cette décrépitude dans le fonctionnement de la ville. Mauvais ici, mauvais partout.
    A quand la prochaine catastrophe, ou le prochain scandale ( et Dieu sait si la liste est déjà longue).

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  3. Input-Output Input-Output

    Les loups ne se mangent pas entre eux : Les responsables politiques marseillais 100% LR n’y sont donc évidemment pour rien. Comme emplâtre sur la jambe de bois, un gros paquet de billets venus tout droit des poches du contribuables et l’affaire sera réglée, non ?

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  4. LN LN

    Une fois de plus qui c’est qui va se prendre tout en retour de vague, à gérer, à colmater, à composer, à négocier, à râler, à s’épuiser, à se faire agresser, à craquer, à chialer, à perdre du temps dans les réunions, les commissions, les attributions, les suivis, les directives, les injonctions, les bouts de ficelles, les 3 merdes de chandelles, c’est qui ? C’est LE ZE travailleur social ! Et oui ! Gagné ! Vous savez celui qui encaisse tout, celui qui absorbe tout, celui à qui on demande tout et qui n’est jamais en grève (mais parfois en maladie)
    Une telle décision en période hivernale relève du suicide collectif. Comment peut-on opposer les misères sociales au nom de l’incompétence politique ?
    Comment va-t-on expliquer à des anciennes familles venant de CHRS et relogées en centre ville que c’est retour à la case départ ?
    Qui peut imaginer le face à face avec les familles à qui on va dire « Dehors ! Désolés, y a les évacués qui arrivent ! »
    Je caricature mais à peine.
    Et quel soutien y aura-t-il de la part des « grosses » associations, qui quand même à Marseille existent (pour certaines) grâce à du népotisme et du clientélisme. Tu le sais bien Martine, le fameux renvoi d’ascenseur. Car il ne faut pas non plus se voiler la face, tout est loin d’être rose au pays du social mais c’est une bonne couverture éthique et c’est (un peu) le prix de la paix sociale.
    Bon sinon, Martine, la rue de République est remplie de logements vides puisqu’on a expulsé beaucoup de gens (dont le travailleur social s’est beaucoup occupé à l’époque aussi)
    Ah ! aussi Martine, si tu pouvais penser à virer tous ceux qui sont dans des logements sociaux et qui n’en n’ont pas besoin ca nous ferait pas mal de place non ?.C’est possible : tu as travaillé à la ville et au département, du doit pouvoir trouver la liste non ?

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    • LN LN

      Oups…. Tellement en colère que j’en loupe le bon article. Mon commentaire était destiné à celui de Lisa Castelly bien que tout soit lié.

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    • Germanicus33 Germanicus33

      Tout est dit…Les victimes du mal logement à Marseille devraient en effet être relogées rue de la République….

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  5. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Marseillais, soyez rassurés : vos élus municipaux ont une haute opinion de vous. Ils sont persuadés que vous avez une mémoire de poisson rouge : personne ne se souvient, n’est-ce pas, que Martine Vassal, présidente du département et de la métropole, est la même personne que Vassal Martine, élue municipale sur les listes Gaudin depuis 2001…

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  6. Germanicus33 Germanicus33

    Bruno Gilles et Martine Vassal sont dans la municipalité Gaudin depuis trop longtemps pour être crédibles…La manœuvre minable pour impliquer les Bâtiments de France est une imposture et l’aveu de leur lourde responsabilité aux côtés d’un maire fini…Cette image leur collera à la peau jusqu’aux élections municipales!

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  7. gorgeprofonde gorgeprofonde

    Comment donner carte blanche a un des responsables de cette gestion aveugle Domnin Rauscher ? Quand on connait le personnage, on ne peu qu’être inquiet…
    C’est juste incompréhensible et absurde.

    Quand à Xavier Merry pour rappel il a un boulet : la gestion calamiteuse du samu social;

    Autre boulet de la mairie, celle-ci refusé l’année dernière de se porter candidat sur l’appel à manifestation d’intérêt pour la politique logement d’abord malgré la pression de la prefète à l’égalité au chance…et alors que Marseille est une de ville ou il y a le plus de SDF en Europe…
    bref…
    une équipe qui gagne pour un sujet dont tout le monde au LR local se fou

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