La grande vacance : les coulisses d’une enquête commune

Décryptage
le 29 Oct 2019
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Marsactu, le Ravi, la Marseillaise et Mediapart s’associent pour disséquer la gestion par la Ville de Marseille de son patrimoine dégradé du centre-ville. Genèse d'une opération inédite.

Une coopération inédite pour un défi d’envergure. Depuis le début de l’année 2019, quatre médias (Marsactu, le Ravi, La Marseillaise et Mediapart) enquêtent ensemble sur la gestion par la Ville de Marseille des immeubles dont elle est propriétaire en centre-ville. Nous publions ce mardi les premiers résultats de ce travail minutieux, avec un zoom sur le patrimoine public laissé à l’abandon, parfois jusqu’à la démolition ou, pour l’exemple extrême du 63 rue d’Aubagne, jusqu’à l’effondrement.

Depuis le 5 novembre 2018, chacun de nos médias s’attachait à retracer, comprendre et expliquer la politique de la Ville de Marseille en matière d’habitat indigne. Grâce à l’expertise d’un militant de longue date sur ces questions, Noureddine Abouakil, nous avons récupéré les 5424 transactions immobilières opérées depuis 2003 par la Ville et ses satellites (Marseille aménagement, Marseille habitat, Soleam…) dans le centre et le nord de Marseille. Il s’agit de données publiques enregistrées et récupérées auprès du service de publicité foncière, qui représentent des milliers de pages.

Les 5400 transactions que nous avons analysées. Photo David Coquille.

La masse considérable de documents papier à saisir, vérifier et exploiter nous a convaincus de mener cette opération de front. Ce “consortium”, comme disent les médias d’investigation anglo-saxons, a également permis de mutualiser les expertises et les énergies : scan avec reconnaissance de caractère, robot aspirateur de cadastre, processus automatisé de croisement des différentes bases de données, connaissance préalable des immeubles et des protagonistes, visites de terrain, plongée dans les archives, appel à la mémoire des sources militantes…

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Cela a été un travail long, parfois fastidieux, auquel chacun de nous a contribué à côté de nos autres reportages et enquêtes. Nous avons aussi reçu des coups de main précieux de consœurs et confrères de la presse locale et nationale. Cela nous a permis de sortir le premier volet de cette enquête au long cours qui mêle traitement des données et enquête de terrain.

D’autres volets de cette “opération Grande vacance”, qui nécessitent encore un travail de recoupement, suivront dans les prochaines semaines. Et nous ne doutons pas que de multiples autres histoires encore inexplorées se nichent dans les milliers de lignes de notre base de données.

Commentaires

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  1. MarsKaa MarsKaa

    Bravo, bravo pour cette volonté d’enquêter, pour cette union des forces entre plusieurs medias et journalistes, pour ce travail méticuleux, nous avons besoin de ce type d’enquêtes.
    Et c est la meilleure chose que vous puissiez faire pour le triste anniversaire de l effondrement.

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  2. L.D. L.D.

    LD
    Bravo à vous pour ce travail énorme.

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  3. Jean Peuplus Jean Peuplus

    Enfin un travail d’investigation sur un sujet crucial qui gangrène Marseille. Un grand merci à vous pour l’espoir que vous nous redonnez et pour votre courage.

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  4. Brallaisse Brallaisse

    Une tâche colossale est face à vous si vous avez la volonté de traiter les grands dossiers de cette cité à la dérive. Le logement vient de l’être dans cette enquête remarquable , nous attendons le deuxième volet, sachant que le premier est édifiant sur la totale décadence, déchéance, dégénérescence de cette équipe.
    Si les jamais les transports, l’école, la passation des marchés, les relations malsaines avec les groupes immobiliers, ceux traitant l’eau et les déchets, FO sont à votre programme alors le prix « Albert Londres » est pour vous. Non pas pour la qualité de votre travail , elle est évidente, mais pour avoir mis en évidence , décortiqué , désossé, argumenté, vérifié l’incurie ( en i) et l’abandon (en on) de ce ramassis d’incompétents passés et présents et ceci malgré leur crise d’amnésie généralisée.

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  5. PromeneurIndigné PromeneurIndigné

    Rien de surprenant. Ce sont le « laisser-faire » libéral et la vile maxime des ultra riche,, que rappel Adam Smith « tout pour nous, rien pour les autres », qui depuis 25 ans inspirent la municipalité dirigée par Gaudin. Celui-ci est un farouche, pourfendeur récurrent du « socialisme » avec qui il a fait bon ménage à l’époque de Gaston Defferre. Autre spécificité marseillaise Gaudin a gaspillé allègrement l’argent des contribuables (grand stade, patinoire, pavement du Vieux-Port,, tramway redondant etc.) plutôt que de traiter en priorité l’habitat indigne, les écoles communales dégradées, les transports en commun défaillants etc. Pourtant ce parangon la décentralisation n’hésite jamais à tendre la sébile à l’État, qu’il n’hésite pas à rendre coupable de tous ses malheurs.

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