Au 25 boulevard National, cet ancien HLM devenu taudis

Actualité
le 29 Oct 2019
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L'immeuble abritait des logements sociaux d'Habitat Marseille Provence, le bailleur social de la Ville de Marseille. Il est aujourd'hui vide, muré, dégradé. Un abandon qui daterait d'une quinzaine d'années.

L'enjeu

La Ville de Marseille cherche depuis plusieurs années un candidat pour rénover son immeuble à l'abandon. Après un projet avorté du Secours catholique, 13 Habitat a réclamé un gros rabais.

Le contexte

Marsactu et ses partenaires ont recensé 68 immeubles vides appartenant à la municipalité ou passés par ses mains. Le 1er arrondissement cumule fort taux de pauvreté et faible taux de logements sociaux

À deux cents mètres à pied du tramway, moins de cinq cents du métro, sept logements sociaux restent désespérément vides. Dans le 1er arrondissement, qui cumule fort taux de pauvreté et nombre réduit de HLM (13,5 %), les candidats ne manqueraient pas pour emménager dans cet immeuble du boulevard National. Mais à voir sa porte anti-squat et les parpaings qui murent les fenêtres du premier étage, difficile d’imaginer qu’il était géré par Habitat Marseille Provence, bailleur social de la Ville de Marseille. Ici, contrairement à certains des 68 taudis appartenant à la municipalité ou passés par ses mains, l’argument de la lenteur des procédures ne tient pas : si Marsactu n’a pas réussi à connaître la date exacte d’acquisition, elle remonte à avant 1990…

Depuis quand le 25 boulevard National est-il dans cet état ? Le président de l’office HLM Patrick Padovani, également adjoint au maire, n’a pas répondu à nos sollicitations. Dans le voisinage, on parle d’une quinzaine d’années de vacance, entrecoupée d’un an et demi de squat autour de 2015. Les photos prises régulièrement par Google ne démentent pas cette version. Josette Barle, qui a siégé de longues années à la commission d’attribution de Habitat Marseille Provence (HMP) au nom de la confédération générale du logement, une association de défense de locataires, n’a « jamais entendu parler de cet immeuble ». Bernard Oliver, prédécesseur de Patrick Padovani jusqu’en 2008, n’a pas plus souvenir de son existence.

« Recentrage » sur les cités HLM

Parmi les 15 000 logements du patrimoine d’HMP, le 25, boulevard National et les quatorze autres immeubles du 1er arrondissement font figure de goutte d’eau. C’est d’ailleurs cette raison qui est avancée pour justifier, dans une délibération votée fin 2014, la rétrocession de l’immeuble à la Ville de Marseille, après 24 ans de gestion :

La société Habitat Marseille Provence opère aujourd’hui un recentrage de
ses activités de logement social sur des immeubles de plus grande importance.

La délibération présentée aux élus n’évoque alors pas son état, mais seulement son « absence d’occupation actuelle » qui faciliterait le « projet de la revente prochaine de cet immeuble à un opérateur en vue de la réalisation de huit logements sociaux et d’un commerce en rez-de-chaussée ». Une revente qui, cinq ans plus tard, n’est toujours pas concrétisée.

Le Secours catholique jette l’éponge

En 2018, le Secours catholique a bien étudié le dossier, pour y installer son siège local, en conservant des logements au-dessus. Mais l’association caritative a jeté l’éponge quelques mois plus tard : il lui est « impossible d’acquérir cet immeuble eu égard à son état dégradé et au coût important des travaux qui seront nécessaires d’entreprendre sur celui-ci pour faire aboutir son projet », a-t-on appris au conseil municipal du 4 février.

Nous n’avons pas réussi à joindre le Secours catholique pour en savoir plus sur la visite qu’il a pu faire de cet immeuble fantôme et l’estimation du coût de la réhabilitation. Ancien délégué régional de la fondation Abbé-Pierre, Fathi Bouaroua garde en mémoire les démarches d’HMP pour trouver un remplaçant : « Nous avons été sollicités pour financer un projet que porterait un opérateur. Malheureusement, pour ce type d’immeubles avec peu de logements, l’équilibre de l’opération est toujours très compliqué donc cela n’intéresse pas les bailleurs sociaux. C’est toujours la dimension budgétaire qui prime, plus que l’intérêt général, alors qu’on sait que le centre-ville manque cruellement de logements sociaux. »

Nous n’achèterons cet immeuble qu’une fois son confortement assuré.

13 Habitat

En juin 2019, c’est 13 Habitat, le bailleur social du département, qui a débloqué la situation en se proposant de le racheter, avec quinze autres immeubles municipaux dégradés. Une démarche annoncée par la présidente de la collectivité Martine Vassal (LR), lors de la présentation de sa stratégie de lutte contre l’habitat indigne, en réponse à l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne et la vague consécutive de périls.

Pour rendre envisageable ces seize réhabilitations, la Ville de Marseille a dû accepter un tarif global en forme de subvention : 526 000 euros, pour un patrimoine évalué à 2,3 millions d’euros. Reste à lever une autre condition à la finalisation de la vente : la Ville est censée mener les travaux de consolidation de la structure de l’immeuble. « Nous n’achèterons cet immeuble, effectuerons un diagnostic précis et définirons les travaux de réhabilitation qu’une fois son confortement assuré », signale 13 Habitat. Ce lundi, la présence d’une entreprise spécialisée dans la rénovation du patrimoine ancien sonne le début de ce processus, en pause depuis plus d’une décennie.

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Commentaires

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  1. Vincent Squale Vert Vincent Squale Vert

    Piètre gestion du patrimoine communal…. Aux marseillais d’avoir de la mémoire non ?

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  2. Zumbi Zumbi

    Que de marseillobashingueu ! L’urgence absolue était de faire un toit spectaculaire pour le stade, une conseillère municipale d’arrondissement m’expliquait gentiment que c’était indispensable au nom de l' »attractivité », y a que les mauvais esprits qui en veulent à Jean-Claude et les journalistes parisiengs pour pas le comprendre !

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