Incinérateur : qui veut brûler des millions ?

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Julien Vinzent_
18 Fév 2015 6

Jean-Claude Gaudin, puis Eugène Caselli et maintenant Guy Teissier. Lancé en 2003, le dossier de l'incinérateur tracasse son troisième président de la communauté urbaine de Marseille. Mis en service en 2010, le "centre de traitement multi-filière" accumule les déboires, tant pour son exploitant – l'entreprise Evéré – que la collectivité publique liée par contrat jusqu'en 2030.

Le bilan 2013, présenté ce jeudi au conseil de Marseille Provence métropole (MPM), liste les difficultés techniques, sans compter l'incendie intervenu en novembre de cette année. Malgré une "nette amélioration due à l'ajout d'une 4e ligne de tri", le recyclage censé avoir lieu en amont de l'incinération est toujours insuffisant, comme en 2011 et 2012. Métaux, plastiques, cartons, compost : tous les bilans de "valorisation matière" sont en deçà des objectifs fixés par le contrat. Ces résultats ont amené la collectivité à réclamer plus de deux millions d'euros de pénalité.

Gouffre financier

Mais le plus gros dérapage est financier. En 2013, l'équipement a de nouveau généré un déficit de plus de 20 millions d'euros. Son actionnaire, le groupe espagnol Urbaser, s'est retrouvé plusieurs fois dans l'obligation d'éponger ces pertes. En 2013, il a renoncé à 19 millions d'euros d'avance de trésorerie, avant d'injecter 17,6 millions d'euros de cash. Une opération renouvelée en septembre 2014, avec une augmentation de capital de 21,3 millions d'euros.

Fin 2013, après la publication d'un premier rapport faisant état de ces difficultés, les dirigeants de l'entreprise en avaient rejeté la responsabilité sur MPM : "La situation financière ne vient pas directement de l'exploitation mais des surcoûts de construction dont la prise en charge a été réclamée à la communauté urbaine." Depuis 2010, Evéré a multiplié les recours, qui, mis bout à bout, montent à 210 millions d'euros.

Le document examiné en conseil ce jeudi en fait la liste, rappelant que "ces réclamations sont contestées et en cours d’examen par les experts" nommés par le tribunal administratif de Marseille. Pourtant, comme l'ont révélé les Échos à l'automne dernier, MPM réfléchit actuellement à un règlement à l'amiable de ce conflit. "En arrivant à la présidence de MPM j'ai trouvé dans ma chaussure un petit mot de mon prédécesseur m'indiquant qu'il fallait payer 230 millions à Evéré. Je ne peux pas et ne veux pas payer et donc je négocie", a confirmé mardi le président Teissier.

Négociations secrètes

En février, Le Ravi et Mediapart indiquaient que le processus a été enclenché "par le socialiste Eugène Caselli peu avant son départ de la présidence de MPM, en avril 2014". Caselli avait pourtant maintes fois affirmé qu'il ne paierait que sur décision de justice, notamment au regard d'une enquête judiciaire en cours autour de cet incinérateur. Malgré le secret qui entoure les négociations, y compris pour les élus de MPM, Le Ravi et Mediapart croient savoir que la trêve pourrait être signée moyennant un chèque de 80 à 85 millions d'euros.

Bien moindre que le total des réclamations, ce montant serait complété "par une augmentation (autour de 7 millions d’euros) de la redevance annuelle versée à Evéré" tout au long des 20 années de contrat. Celle-ci passerait de 40 à 47 millions. Et cela ferait au total un surcoût de 140 millions à ajouter au chèque précédent. Cette piste semble crédibilisée par la synthèse présentée aux élus ce jeudi :

Le déséquilibre contractuel est patent, et la situation financière, en dehors de la prise en charge des surcoûts de construction, ne saurait s’assainir sans un rééquilibrage des coûts de traitements, qui, lorsqu’ils ont été arrêtés, ne reflétaient pas l’économie réelle de la délégation. Plusieurs prévisions trop optimistes ont permis d’envisager un équilibre financier qui est demeuré illusoire.

Face au déficit chronique et aux "déficiences de l’offre retenue en mai 2005", la nécessité d'"une meilleure prise en charge des coûts fixes par MPM" est évoquée. Traduction : Guy Teissier va devoir revoir le contrat signé il y a dix ans par le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin.

Le rapport présenté au conseil :

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