Euromed joue la carte jeune pour changer l’identité de la porte d’Aix

Actualité
le 21 Fév 2018
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Le nouveau directeur d'Euroméditerranée défend un "retournement d'image" de la porte d'Aix en misant sur un campus urbain destiné à un public jeune. Tout en tablant sur un maintien de l'identité originelle du quartier.

Photo: Lisa Castelly.

Photo: Lisa Castelly.

Le vieil homme a décidé de se poser là, à l’encoignure du parvis de la porte d’Aix et du chantier en phase active du futur parc. À quelques mètres à peine, les ouvriers s’affairent à la plantation de pins de haute tige, dans la partie du parc qui doit être livrée avant l’été. Le chibani n’a trouvé qu’un mœllon de chantier pour s’assurer une assise et un point de vue sur ce quartier qui, depuis dix ans, n’en finit plus de muter. Il y a quelques années encore, lui comme d’autres tiraient un bout de carton sur l’immense rond-point qui servait d’entrée de ville et pouvait s’extraire quelques heures du tapage urbain. Cette page là est définitivement tournée. Et une nouvelle carte vient de s’abattre depuis le quartier des affaires de la Joliette où Euroméditerranée a ses bureaux.

Le nouveau directeur général Hugues Parant y présente « le nouveau projet du quartier de la porte d’Aix » qui a « pour ambition de devenir un lieu d’échanges dédié à la jeunesse et aux étudiants » avec « de nouvelles habitations, de nouveaux équipements et un projet ambitieux de campus urbain autour du futur parc ». De l’ambition donc. Comme le souffle, Nicolas Mattéi, en charge de la Zac Saint-Charles pour Euroméditerranée : « Pendant longtemps, il ne fallait surtout pas parler de la Porte d’Aix. L’urgence était de finir mais de surtout ne rien dire. Désormais nous avons une feuille de route ».

« Une movida ça s’organise »

Ce projet de « campus urbain » s’appuie sur une simple addition : 3500 étudiants fréquentent la fac Saint-Charles, 1600 sont inscrits à la faculté d’économie de Colbert, sans compter l’école de commerce et management EMD et les 1500 étudiants de l’institut méditerranéen de la ville et des territoires (IMVT) dont le bâtiment doit sortir de terre d’ici 2022. « Ce sont à terme 5000 étudiants qui vont fréquenter ce quartier, 8000 si on voit plus large en comptant notamment les lycées, la fac de droit », énumère Hugues Parant.

Source Euroméditerranée.

À cela il ajoute volontiers une population de touristes jeunes pour laquelle « Marseille est attractive ». « Ils arrivent par le train et sont à la recherche d’une ville avec une identité forte. Ils peuvent venir à Marseille comme ils vont à Gênes ou Barcelone », énumère Parant qui cite volontiers New York, Londres à l’appui de ses dires. « Il faut partir de ce qui existe à la porte d’Aix et renforcer une image de mobilité, de foisonnement. Une movida, ça s’organise… L’important est de partir des usages. » 

Longtemps, l’usage du quartier était fort éloigné de ces grands exemples mondiaux. La porte d’Aix s’est inscrite durant des années dans une économie de bazar en lien avec le marché de gros de Belsunce et la gare maritime de la Joliette. Cette fonction de bazar, en partie informelle, s’appuie sur un réseau de commerçants très actifs qui perdent peu à peu pied. Rue du Bon Pasteur, une partie des commerçants a d’ores et déjà été évincée pour faire place au « Faubourg des Fiacres » qui mêle logements sociaux et accession sociale à la propriété. C’est d’ailleurs par cette opération de logement sociaux qu’Euromed assure que l’opération continuera à offrir une vraie mixité sociale « avec 30% de logements sociaux ».

« Les marchandises qui débordent, c’est plus possible »

« Une bonne partie de ces commerçants étaient très dépendants de la proximité de l’autoroute, explique Nicolas Mattéi, responsable de la ZAC. Typiquement, ils attiraient une clientèle qui venaient parfois de loin, se garaient à l’arrache, faisaient des emplettes à prix cassés et repartaient. En faisant reculer l’autoroute, nous avons fait reculer la place de la voiture et les possibilités de stationnement. Mais les commerçants avec qui on parle aujourd’hui, qui sont souvent les enfants de ceux qui étaient là avant, ont bien compris qu’il y avait une chance à saisir ».

Très clairement, l’établissement public mise sur « un retournement d’image » à partir d’une « dynamique existante qui doit être maintenue, à conditions qu’elle réponde à des normes. Les marchandises qui débordent sur les trottoirs, ce n’est plus possible », ajoute Laure-Agnès Caradec, présidente d’Euroméditerranée. Curieusement, l’élue prend appui sur « la nouvelle vocation » de la rue de la République. Une nouvelle vocation qu’elle-même a du mal à définir si ce n’est en prenant acte de l’échec de la stratégie passée. « Il y a de nouvelles implantations comme Ferjani [Sophie, décoratrice vue dans des émission de télé avec Stéphane Plaza, ndlr], The babel community, mais aussi des commerces de proximité comme Monoprix, Naturalia… » Rien de bien nouveau sous le soleil hausmanien.

Mixer les usages, penser le transitoire… Le refrain est connu puisqu’il revient en permanence dans l’opération « Ambition centre-ville ». D’ailleurs, Euroméditerranée lance à son tour un appel à projets sur un lieu mixte, l’îlot du parc, adossé à l’avenue Camille Pelletan et censé offrir un « lieu d’hébergement nouvelle génération » du style Auberge de jeunesse, un « hostel » à petits prix, un « tiers-lieu » à définir et une crèche de 42 berceaux qui devait au départ s’installer au pied de la tour Bel-Horizon.

Tache verte riquiqui

L’opération toute entière s’appuie sur le futur parc Saint-Charles dont la livraison est attendue pour le printemps. « C’est le cœur du sujet », annonce Hugues Parant. En 2008, les deux principaux candidats aux municipales, Jean-Noël Guérini et Jean-Claude Gaudin demandaient tour à tour à Euroméditerranée de revoir sa copie. Dix ans plus tard, la livraison commence tout juste alors que le béton a poussé tout autour. La tache verte apparaît riquiqui. « À l’époque, les élus contestaient le fait que l’ensemble du parc soit installé sur une dalle, répond Nicolas Mattéi. Aujourd’hui, nous avons 1,5 hectare en pleine terre pour un espace public global de trois hectares. »

Vue d’architecte du parc (Alfred Peter paysagiste)

Dans la partie Sud, autour de l’arc de triomphe, les arbres sont alignés comme au garde à vous. Dans la partie Nord, le parc offre un aspect plus vivant « avec 300 arbres plantés » sur les deux-tiers réellement en pleine terre. En revanche, le dernier talus présentant quelques beaux pins va disparaître au profit d’une extension de l’école de management EMD, surplombant le parc.

Dans sa dernière partie, le parc devient plus étroit « avec une inspiration proche d’une calanque urbaine », soutient Anaïs Cadier, directrice de la maîtrise d’ouvrage. Côté Est, il s’appuie sur le talus existant qui conserve quelques arbres. Côté Ouest, il s’étage en restanques jusqu’au futur îlot du parc. Sur la place Jules Guesde quant à elle, les aménagements sont encore suspendus à la possibilité de déplacer la sortie du métro, en même temps que sa mise aux normes d’accessibilité. « Il s’agit de la déplacer plus en milieu de place pour libérer la façade et pouvoir installer des commerces avec terrasses », explique Anaïs Cadier. Le tout sera fermé et gardienné à partir du transfert définitif à la Ville en 2019. N’est pas Central park qui veut…

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