Le plan « ambition centre-ville » ou l’art du ravalement de façade

Actualité
Violette Artaud
8 Déc 2017 25

Ce vendredi la métropole, le département et la mairie de Marseille ont présenté en chœur "ambition centre-ville". Un plan qui ne comporte que peu de nouvelles actions mais coïncide avec un plan de communication.

Un des exemples de vacance commerciale dans le centre-ville. Photo : Clémentine Vaysse

Comment faire du neuf avec du vieux ? Après 22 ans d’exercice du pouvoir, la mairie de Marseille maîtrise la question. Ce vendredi, dans la salle des mariages de l’hôtel de Ville, nombre d’élus étaient présents pour soutenir l’annonce du fameux plan « Ambition centre-ville », formule magique censée « redynamiser » le cœur de Marseille. Menée de concert par le maire et président de la métropole, la présidente du département, et les présidents de la chambre de commerce ainsi que du conseil de territoire Marseille-Provence, cette démarche lancée en avril ne contient au final rien d’inédit.

C’est le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, qui a sabré le champagne le premier avec une énumération fleuve des actions déjà entreprises, dont certaines, il y fort longtemps. À tour de bras, Jean-Claude Gaudin a ainsi cité : « Les deux lignes de tramway [la première a été inaugurée il y dix ans. Ndlr], l’opération grand centre-ville [débutée il y six ans. Ndlr], la requalification de la rue de la République [entreprise il y treize ans. Ndlr], de la bibliothèque de l’Alcazar [inaugurée il y a treize ans également. Ndlr]… »

Musique et logos à gogo

Après un passage musical digne de la bande d’annonce d’un film, le président de la métropole, entouré de panneaux estampillés « Ambition centre-ville »,  a tout de même fini par préciser que « cinquante mesures concrètes » accompagnent ce plan, pour un investissement chiffré à 100 millions d’euros. Mais là encore, les nouveautés attendues n’étaient pas vraiment au rendez-vous. Un site étant censé tout expliquer, mais ce dernier ne détaille pas la répartition de l’investissement.

« 50 millions ont déjà été dépensés », a souligné le maire qui fait référence à d’autres opérations déjà terminées -comme la rénovation de la rue Paradis, inaugurée le week-end dernier- ou déjà annoncées par le passé. Et le maire de Marseille de se féliciter une fois de plus du dispositif de préemption des locaux commerciaux, du projet d’installation de toilettes publiques, de la réhabilitation de l’îlot Feuillants pour y mettre un hôtel quatre étoiles, de la requalification du quartier Noailles, du renouvellement des marchés de la propreté, du renforcement du maillage des caméras de vidéosurveillance, de l’aide à la rénovation des devantures de commerce et au ravalement de façades, du nouveau cinéma Artplexe qui sera construit sur la Canebière, du chèque d’aide aux primo-accédants à la propriété…

« Un zoom sur les actions »

Revendiquant un chèque de près de 32 millions d’euros pour le plan, le présidente du département Martine Vassal a quant à elle souligné l’importance « d’accompagner le développement du centre-ville », qui repose notamment selon elle dans la mise en service des fontaines d’Estrangin, Longchamp et Jean-Ballard malheureusement entravé par les « graff en forme de signature sur les façades alors que nous n’avons rien demandé ». Soit.

Mais alors, quelles sont les nouvelles mesures de ce plan ? « En fait, il s’agit plus d’un zoom sur les actions qui concernent l’espace public du centre-ville. Avec bien sûr une accélération en ce moment », tente de définir Sabine Bernasconi, maire des 1e et 7e arrondissements. Un plan de communication en somme, qui a pour but de mettre en avant les efforts de l’équipe municipale en place, au mitan du quatrième mandat de Jean-Claude Gaudin. « Vous savez, des actions pour le centre-ville on en fait depuis… longtemps! ».

La politique de l’autruche

Voilà en substance le message que la mairie de Marseille tente de faire admettre, tout en s’appliquant à passer sous silence les constats décrit dans  un rapport commandé par son équipe, qui sonne plus comme le bilan d’un échec. Pour Olivier Razemon, auteur du livre Comment la France a tué ses villes, le centre-ville de Marseille connaît en effet une situation critique. « Le déclin des centres-villes est un phénomène national qui touche les petites et moyennes villes. On le retrouve donc dans d’autres régions mais à Marseille [deuxième ville de France], il est poussé à son paroxysme. » 

Il y a bien une chose qui tend vers la nouveauté dans le discours qui accompagne ce plan « ambition centre-ville » et qui semble être dans l’air du temps : faire du centre-ville de Marseille une marque. Jean-Luc Chauvin, le président de la Chambre de commerce à donc proposé son idée. La marque s’appellerait « centre-ville, l’amour de ma ville » et la CCI qui financerait sa diffusion a déjà préparé un logo à base de cœur. En forme de cœur également « les ballons que l’on pourrait mettre dans les rues ». Des baudruches. Tout est dit.

Actualisation le 10 décembre : un « plan-guide » a été distribué lors de la conférence de presse, mais Marsactu est passé à côté.

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