Première manifestation sans grand élan unitaire contre la loi travail II

Actualité
Lisa Castelly
13 Sep 2017 22

Première manifestation nationale contre les ordonnances de la loi travail 2, le cortège marseillais de mardi a conforté les espoirs de ses organisateurs. Mais reste la question de la poursuite du mouvement, alors que plusieurs syndicats manquaient à l'appel.

« Une réussite » pour la CGT, un premier round contre les ordonnances a priori implacables de la nouvelle loi travail. Entre 7 500 selon la police, et 60 000 personnes selon la CGT ont manifesté mardi du Vieux-Port à la place Castellane contre les réformes voulues par le gouvernement. L’appel à descendre dans la rue étant lancé par la CGT, rejointe par la FSU, Sud, Solidaires et des syndicats étudiants, l’UNEF notamment.

Présent pour « montrer au gouvernement qu’on n’est pas satisfaits de cette casse du code du travail », Pierre-Marie Ganozzi, secrétaire général de la FSU pointe l’enjeu : faire converger les luttes actuelles à la fois contre la loi travail, le gel du point d’indice pour les fonctionnaires, mais aussi sur des problématiques plus spécifiques à certaines branches. Une premier rendez-vous comme un « tremplin » selon le syndicaliste, vers une mobilisation plus générale et unitaire. Car ce mardi, peu de membres de FO, la CFDT ou l’UNSA. « On espère que FO va nous rejoindre, tout le monde est le bienvenu sur ces thématiques ! »

Parmi la nuée de drapeaux rouges qui flottent sur le centre-ville toute la matinée, Michel Pinci, de la fédération du livre résume ses craintes : « les patrons pourront faire ce qu’ils veulent avec les contrats et accentuer la pression sur les salariés ». Employé de l’entreprise vitrollaise Méditerranée offset presse, il confirme en tout cas que son entreprise était complètement à l’arrêt pour la journée, comme 300 autres « entreprises, services et collectivités du département », annonce la CGT.

« Il n’y a pas eu de ralliement »

Mais parmi les manifestants, certains concèdent bien que le mouvement démarre presqu’en solitaire pour le syndicat. « C’est vrai qu’aujourd’hui, des syndicats il n’y en a pas beaucoup. Les autres choisissent d’autres jours, il n’y a pas eu de ralliement … d’un côté comme de l’autre », reconnaît Éric, retraité de l’entreprise Shell – devenue LyondellBasell – à Vitrolles. Même s’il compte sur la mobilisation du jour pour impulser un mouvement, après « 40 ans à la CGT », il s’avoue pessimiste sur les résultats potentiels de cette lutte qui démarre.

Une poignée d’étendards siglés FO ont tout de même pris place dans le cortège, tenus par les membres de la fédération des transports. « Chez FO, ils ont l’air d’avoir un souci entre leur direction et la base », souffle un militant CGT. « La confédération a fait un travail au plan national qu’on ne conteste pas, pour influer sur les ordonnances, mais nous on conteste le fait de ne pas appeler à manifester, reconnaît le secrétaire général départemental FO pour la fédération transports, Laurent Casanova. Contre la loi El Khomri on est rentrés tardivement, mais en force. Et là, c’est la suite logique ». La fédération chimie de FO appelait aussi à participer au mouvement, mais ses représentant locaux n’ont pas été aperçus à Marseille.

La police a compté 7500 manifestants, la CGT 60 000. (LC)

Les emplois aidés s’invitent dans la manif

Au delà de la dénonciation des ordonnances et de leur impact global, des revendications plus spécifiques à chaque branche se font entendre. Pour Éric, le retraité de l’usine pétrochimique de Berre-l’Étang, la fusion des délégués du personnel, des CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) et des comité d’entreprise (CE) pourrait « diluer les compétences« , avec des représentants du personnel « moins pointus dans leurs domaines. Le CHSCT, c’était une des branches de la sécurité, et c’était des spécialistes ».

La question de la réduction drastique des emplois aidés, pas directement liée aux ordonnances, mais mise en oeuvre récemment a aussi trouvé sa place dans le cortège, avec notamment le lycée Saint-Exupéry, qui dénonce la suppression annoncée de 28 emplois aidés d’ici à la fin de l’année scolaire dans l’établissement. Une petite banderole tenue par des agents du collège Mignet à Aix pointe de son côté la suppression de cinq emplois. « Certaines l’ont appris à leur retour de congés, explique une titulaire venue en soutien. Ce sont des gens avec des postes comme nous, en cuisine ou à l’entretien. Ça fait un grand trou autant pour elles que pour nous ».

Jean-Luc Mélenchon, star de la manifestation, a défilé en queue de cortège avec la France insoumise. (LC)

Aux deux extrémités du cortège, les drapeaux de la CGT laissent place à d’autres. Un groupe d’une bonne centaine de personnes, dont certaines cagoulées, faisait la course en tête, hors du cordon de sécurité. « Anticapitalistes » ou « anarchistes » selon les uns ou les autres, « fouteurs de merde » pour un membre du service de sécurité de la CGT. En queue de cortège en revanche, les logos turquoise et rouge de la France insoumise défilaient derrière le député de Marseille Jean-Luc Mélenchon, attraction médiatique du jour. Celui qui organise le 23 septembre une autre journée de mobilisation nationale appelle à “une prise de conscience qui doit monter. On aura des vagues, il faut économiser nos forces pour savoir bien les propulser dans la bataille”. Une bataille qui va néanmoins se poursuivre séparément, puisque la CGT appelle à retourner dans la rue le 21, deux jours plus tôt.

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