Coup d’arrêt pour le projet d’extension de Plan-de-Campagne

Actualité
Benoît Gilles
10 Oct 2018 1

Le projet d’étendre la zone commerciale Plan-de-Campagne sur 39 644 m2 aux Pennes-Mirabeau ne verra pas le jour, après un avis défavorable de la commission nationale d’aménagement commercial. Une déception pour la Ville, qui soutenait ce projet, notamment en vue de réaménager la zone à moindre frais.

Image : compagnie de Phalsbourg.

Image : compagnie de Phalsbourg.

L’affaire était déjà mal embarquée, la voilà plombée. Après un premier avis défavorable de la commission départementale d’aménagement commercial en juin, l’échelon supérieur, la commission nationale a confirmé la sentence le 28 septembre dernier : le projet d’extension de Plan-de-Campagne ne passera pas par la zone dite des Rigons aux Pennes-Mirabeau.

La décision de la commission qui sert d’instance d’appel dans le cadre des projets d’aménagement commercial tire un trait sur les 39 644 m2 d’un projet futuriste porté par la compagnie de Phalsbourg associé au groupe Barnéoud, fondateur historique de la zone commerciale. Sur les images d’architecte – toujours flatteuses – on peut admirer un lac artificiel, des toits gazonnés et une forme d’ovni, bien loin de l’aménagement rapiécé actuel.

“C’est une déception, soupire Michel Amiel, sénateur (LREM) et ancien maire des Pennes-Mirabeau qui a longtemps porté ce projet. La compagnie de Phalsbourg avait un projet très novateur, comparable à ce qu’ils ont réalisé à Angers ou Metz. C’était l’occasion de requalifier un ancien site industriel et de résoudre les problèmes d’accès et de gestion hydraulique d’une zone commerciale aujourd’hui vieillissante. Visiblement, nous n’avons pas su convaincre.

Seule contre tous ou presque

En juin dernier, la maire des Pennes, Monique Slissa n’avait trouvé que le représentant des maires, André Jullien pour porter avec elle le projet. Les représentants de l’État, du département, de la métropole étaient unanimes pour le refuser. Si le détail de l’avis de la commission nationale n’est pas encore connu, celui de la commission départementale était sans appel.

le projet générera un trafic supplémentaire de 15 900 véhicules par jour, qui augmentera les difficultés de circulation existantes et entraînera l’aggravation des risques pour la sécurité des personnes et des biens ; que les hypothèses de calculs retenues dans cette étude pour mesurer l’impact circulatoire de cet équipement commercial ont été jugées insuffisantes et optimistes

Les membres de la commission étaient tout aussi sévère concernant le geste architectural qualifié par la CDAC de projet à “fort impact visuel” : “d’un seul bloc et endogène [il] ne participera pas en conséquence à la modernisation de la zone”. Quant à ses effets en terme d’animation urbaine, ils sont considérés comme négatifs pour les “centralités commerciales marseillaises et aixoises”. Pire, le projet pourrait même créer “de nouvelles friches” au sein même de Plan-de-Campagne.

Transfert de Barnéoud

Au fil des années, le projet des Pennes a réussi à faire l’unanimité contre lui. Il a très vite suscité le courroux de l’association des commerçants de la zone qui ont eux-mêmes déposé un recours. L’extension prévoyait “une réutilisation de 5049 m2 des droits commerciaux acquis du bâtiment B de Barnéoud” et donc le transfert d’une partie des enseignes de l’ancien centre commercial vers le nouveau.

Le président de l’association de commerçants, Pierre Pedreno refuse pourtant de se décrire comme un opposant : “Nous ne sommes pas contre ce projet mais nous considérons qu’il est impossible aujourd’hui d’ajouter 50 000 m2 de surface commerciale à Plan-de-Campagne. Pas avant que les pouvoirs publics n’aient réalisé les travaux nécessaires pour assurer une meilleure accessibilité au site”.

Un PUP pour doper le bus

Avec l’abandon du projet d’extension, la ville des Pennes laisse planer le doute sur la poursuite des travaux d’accessibilité de la plus grande zone commerciale de France, passablement embouteillée chaque week-end. “Ni les collectivités locales, ni l’État n’ont les moyens de réaliser les travaux permettant d’assurer une meilleure desserte de la zone et un vrai fonctionnement du système hydraulique, glisse-t-on du côté de la Ville des Pennes. Là, nous avions un partenaire privé capable de mettre 120 millions d’euros pour améliorer l’offre commerciale, créer des emplois et contribuer directement à des aménagements publics.

En effet, la ville des Pennes espérait bien faire payer une partie des infrastructures par l’aménageur des Rigons. En 2016, la ville a signé un projet urbain partenarial (PUP) avec la compagnie de Phalsbourg. Ce dispositif permet une participation d’un partenaire privé à un projet d’aménagement en contrepartie d’une exonération de taxes. Du côté de la commune, on assure que la réalisation des 59 000 m2 des Rigons devait lui permettre de réaliser à moindre frais les infrastructures nécessaires au passage du Zénibus, le bus à haut niveau de service entre Marignane et les Pennes-Mirabeau, qui s’arrête aujourd’hui à 2,5 kilomètres de Plan-de-Campagne.

Le schéma de desserte de Plan-de-Campagne porté par la métropole, le département et la SNCF.

Un schéma que les commerçants du cru sont loin de partager. “Ce que propose les Pennes-Mirabeau, ce n’est rien d’autre qu’un partenariat public privé, tranche Robert Abela, le directeur de la zone commerciale. Pour nous, il appartient aux collectivités de réaliser les infrastructures publiques et au privé de faire l’aménagement commercial. Cela ne signifie pas que nous sommes contre tel ou tel projet d’extension. Assurons d’abord une vraie desserte de la zone qui est embouteillée chaque week-end avant de penser ajouter des mètres carrés.”

Mini-tornade et plan Orsec

En octobre 2012, une tornade avait balayé la zone soulignant en une après-midi torrentielle les problèmes de la zone tant en terme d’évacuation des eaux que d’arrivée des secours, obligeant l’État à déclencher un plan Orsec spécifique à la zone. Depuis, les schémas se succèdent pour tenter d’offrir à la zone une meilleure desserte en transports en commun à la zone la plus achalandée de France. En 2021, une halte ferroviaire doit y voir le jour sur la ligne Aix-Marseille. Dans les mêmes eaux, le BHNS  doit y pointer son nez, pour créer enfin une alternative à la voiture sur cette zone.

“Après, il sera bien temps de réfléchir à une modernisation de l’offre commerciale”, souligne Pierre Pedreno, le président de l’association de commerçants. La compagnie de Phalsbourg aura encore une carte à jouer puisqu’elle a également un projet sur le site “Petite campagne”, situé, lui, à Cabriès. D’ici là, la métropole aura peut-être adopté un vrai schéma d’aménagement commercial, capable de protéger les centres-villes tout en assurant un vrai destin urbain à la plus grande zone de France.

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