Cocktail, mails : le président de région Muselier au service de l’eurodéputé Muselier

Enquête
Jean-Marie Leforestier
14 Mai 2019 11

Lundi 6 mai après le meeting de la liste Les Républicains aux européennes, un cocktail privé a été organisé à l'hôtel de région où l'on retrouvait la tête de liste François-Xavier Bellamy et le président du parti Laurent Wauquiez. Alors que les explications sur l'organisation et le financement cette sauterie divergent, le président Muselier devrait finalement payer la note. Sans que les soupçons de mélange des genres soient totalement dissipés.

Jusqu’au 26 mai, Renaud Muselier peut continuer à se targuer d’être « le plus grand cumulard de France ». Président de région, il est en effet le dernier à cumuler ce poste avec la fonction de parlementaire. Les eurodéputés sont les derniers à adopter la nouvelle règle du non-cumul des mandats et il est le seul président de région à siéger à Strasbourg et à Bruxelles.

Le 27 mai donc, Renaud Muselier n’aura plus que les armoiries de la région à afficher sur ses chevalets. Mais avant, il aura multiplié les mélanges entre ses deux fonctions actuelles, notamment à l’occasion de cette campagne des européennes. Le dernier exemple en date n’est certainement pas le moindre. Renaud Muselier était à la tribune du palais du Pharo lundi 6 mai pour soutenir François-Xavier Bellamy, la tête de liste Les Républicains (LR). Jusque là, rien d’anormal. Ce qui a davantage étonné jusque dans la majorité régionale est l’organisation après le meeting d’un petit événement au sein même de l’hôtel de région.

Un cocktail privé dans les locaux de la région

« 21 h 30, dîner », annonçait une affiche portant toutes les marques des événements officiels dans les couloirs du bâtiment. Une petite sauterie dans les salons de l’hôtel de région destinée à assurer l’after du meeting. S’y joindraient un peu plus tard dans la soirée, après un dîner avec Jean-Claude Gaudin, François-Xavier Bellamy et Laurent Wauquiez, le président de LR. On y croisera aussi le président de la Normandie Hervé Morin. À en croire le conseiller régional Ludovic Perney, Renaud Muselier en a profité pour vanter son action. « Il leur a parlé de son bilan. Ils étaient surpris en bien qu’il ait réussi à ramener 3,3 milliards d’euros pour la région », rapporte le benjamin de l’institution. La région est effectivement le guichet unique des fonds européens pour les collectivités sises en son sein.

Bon bilan ou non, la soirée privée au sein de la région fleure le mélange des genres entre les moyens du conseil régional et ceux de l’eurodéputé qui y a installé sa permanence parlementaire. Interrogé, le cabinet de Renaud Muselier avance une explication : « C’était une soirée à l’initiative du groupe de la majorité Union pour la région qui profitait du fait que les conseillers régionaux soient à Marseille pour le meeting pour organiser un pot. Ce 6 mai, c’était l’anniversaire du président et ils en ont profité pour faire un petit cocktail en son honneur. »

Selon nos informations, l’explication des soixante bougies n’a pourtant pas été servie à ceux qui se sont interrogés sur cette soirée. Questionné par Marsactu sur l’organisation d’un événement post-meeting, le président du groupe Union pour la région, le Niçois Pierre-Paul Léonelli qui n’était pas présent le 6 mai au soir, se montre formel : « Je ne sais pas qui vous a dit cela mais je démens totalement, c’est n’importe quoi. » Quand on lui précise que le cabinet évoque une célébration en l’honneur du président : « Mais pas du tout ! Le groupe n’a pas envoyé de mail ou d’invitation de quelque sorte que ce soit ! » Certains élus du groupe n’ont d’ailleurs pas été mis au parfum de la soirée. Un des convives précise : « Pour moi, c’était la région qui organisait et je n’ai eu aucun écho que c’était le groupe. C’était l’occasion de recevoir Bellamy et Wauquiez et aussi une manière de marquer la fin de son mandat européen. »

« Muselier a décidé de payer lui-même »

Réinterrogé dans la foulée, le cabinet maintient sa version et précise comme lors du premier coup de fil : « L’important, c’est que Renaud Muselier a décidé de payer lui-même cette soirée, de sa poche. Qu’on ne dise pas que c’est Carlos Ghosn. » Si l’événement n’avait vraisemblablement pas le faste d’une soirée costumée à Versailles, comme ce fût le cas pour l’anniversaire de l’ex-président de Renault-Nissan, il devrait tout de même en coûter « 2500 euros » au président selon son cabinet qui promet d’envoyer à Marsactu « les copies de la facture quand elle sera arrivée et du chèque ». Pas mal pour un simple « pot ».

L’ennui pour le président, c’est qu’il y a déjà eu un précédent mélange des genres. L’eurodéputé a diffusé via les listes de mails du conseil régional son bilan continental. « Ce succès s’explique grâce à une capacité d’action et d’influence décuplée à Bruxelles comme à Strasbourg. Notre Région est devenu un interlocuteur crédible, efficace et respecté par les institutions européennes », se félicite-t-il alors. Le document en pièce jointe, 136 pages d’auto-célébration, mêle lui aussi les genres. « Finalement, sont fournis les contacts de la région associés à une partie des relations européennes de la région, en les engageant de cette façon dans un discours partisan », s’émeut un des destinataires.

En dernière page en effet, on retrouve le numéro de téléphone de la direction des services européens de la région. « La région n’a pas financé ce document, assure alors le cabinet. Il a été entièrement rédigée par le bureau parlementaire. » Lequel bureau est en fait situé dans l’enceinte de la région où Renaud Museilier loue un petit local. L’entourage du président reconnaît toutefois « une erreur de mail » ayant conduit à la diffusion via les canaux régionaux de ce fichier.

Enfin, ce n’est pas un des derniers courriers en date reçu par le groupe Front national de la région qui va dissiper le trouble : un appel au don et un « bulletin de souscription personnel » adressé par le parti Les Républicains à la formation d’extrême-droite qui a bien fait rire les récipiendaires. Mais pour cette fois, le cabinet peut souffler : « C’est la souscription nationale. Ils ont de vrais problèmes de fichiers à Paris, c’est hallucinant ! » Heureusement qu’à Marseille, tout a l’air carré.

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