Michel Samson vous présente
Arts et essais

L’amour est toujours contemporain

Chronique
le 22 Mai 2018
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Michel Samson poursuit son analyse de la vie culturelle et artistique locale. Et suit par la même occasion une saison marquée par les grandes ambitions de MP2018. Cette semaine, il plonge au cœur même du thème de "Quel amour !" avec l'exposition du moment au musée d'art contemporain de Marseille.

L’amour est toujours contemporain puisque « le passé n’existe pas, le temps est un présent perpétuel ». Il s’expose en tous cas au MAC, ce musée d’art contemporain niché au sud de la ville et annoncé par un immense pouce vertical de César. Quel Amour !? y a donc rassemblé 150 œuvres de 60 artistes venus des quatre coins du monde. Déambuler dans cette exposition, regarder, écouter, passer d’un rose vivant à un noir sinistre, d’une figure érotique à une sculpture sadique n’est pas facile à vivre. Les émotions contraires que provoquent ces tableaux peints, ces sculptures, ces photos, ces installations, évoquent toujours le corps, sexe et tête, jambes et poitrine. C’est magnifique, à peine soutenable, sinistre et parfois jouissif : oui, il s’agit bien d’amour…

A l’entrée de l’exposition flotte un cœur rouge, Cœur indépendant rouge, de Joana Vasconcelos : ébouriffé, de plastique, de fer et de chaîne, on voit à travers, il est presque rieur, l’exposition s’annonce joyeuse.

On arrive alors devant l’immense toile de Gérard Fromanger Rouge, nus qui de loin semble aussi gaie : une foule de traits noirs sur fond rouge trace des visages de femmes et de corps qui semblent entrelacés. Regarder Rouge, nus de près, longuement : apparaissent alors des bouches, des yeux, des seins, des phallus, des langues, des vagins, des pénétrations, des masturbations, des doigts. Une sorte d’orgie qui mélange jouissance et quelques douleurs de traits dont on ne sait s’ils évoquent trop de plaisir ou… Un peu plus loin, Pierre Klossowski peint au crayon de couleur Roberte et les barres parallèles : elle est face à nous, un homme embrasse sa main droite, ses bras tiennent deux barres et sont écartés, ses jambes aussi.

Arden Anderson et Norma Murphy sont couchés : couleur chair, leurs corps sont à leur taille exacte, leurs cheveux réels, « illusion parfaite à partir de modèle vivant » dit le catalogue. Les jambes nues de ce couple nu sont enlacées, leurs sexes se touchent, il me semble qu’on les voit quelques secondes après qu’ils se soient charnellement aimés. Ils sont en polyester, leur visages restent mystérieux, je suis effectivement dans la « posture du voyeur tenu à distance » que propose John De Andrea, autour de cette sculpture.

Jusque-là ces œuvres étaient respirables. Oedipus and the Sphinx after Ingres la toile de Francis Bacon l’est à peine qui, entre figuratif et abstraction, montre l’athlète blessé et ressort plus de la « destruction amoureuse », dont Bacon est un horrible spécialiste –cela était déjà apparu à Marseille puisque le musée Cantini avait exposé ses Œuvres récentes en 1976…!

Blessée, suspendue sur le dos à un mètre du sol, Chîrîn, qui « était là bien avant que Shakespeare ait inventé sa Juliette » gît devant une table, blessée, tatouée. « Oui le sommeil vient mais comment dormirais-je ? » se lit sur le mur de l’installation de l’Iranien Narmine Sadeg dans laquelle elle figure…

Il y a heureusement des œuvres plus douces, comme cette empreinte de sein d’une dame du Crazy Horse par César. Ou Amour et pastèque, ce tableau rouge et vert de Chéri Samba qui peint un couple qu’on devine jeune devant un beau fruit vert tacheté de blanc et sur des draps rouges. L’amour, à ce moment, est vivant, gai et presque nourrissant.

Des couples semblent pourtant en étouffer comme Marina Abramovic et Ulay dont l’interminable baiser filmé en noir et blanc en 1978 va jusqu’au manque d’oxygène dont on entend le son.

Devant son miroir, filmée par Chantal Akerman, Claire Wauthion examine son corps nu et se demande que faire de son propre corps…

Revient alors comme un malaise devant ces visions si variables, presque contradictoires de l’amour. Après des images heureuses viennent les photos de la portugaise Helena Almeida : tibia gauche de l’homme en pantalon blanc, tibia droit de la femme en robe noire, un fil de fer noir les unit –ou plutôt les enchaîne. Les dizaines de photos d’Antoine D’Agata, souvent prises dans des bordels, assombrissent les rapports charnels, quand la peintre Paula Rego, elle aussi portugaise, montre une femme couchée sur le ventre et fouettée devant une vache que surplombent des vampires. Manière de montrer, comme d’autres artistes, que l’amour peut-être sans pitié pour les femmes…

Jean-Bertrand Pontalis se demande « d’où nous vient l’amour des commencements sinon du commencement de l’amour ? De celui qui sera sans suite et par là sans fin ». L’exposition ne répond pas à la question et au contraire, cela semble en accentuer l’acuité.

Heureusement que rires et sourires n’en sont pas toujours absent : Jean-Luc Verna, dont on peut voir un étrange personnage « se raser alors qu’il fut une fille » (?), expose aussi cette grande toile entourée de « 44 lampes de verre » qui emmène au cinéma. Peut-être est-ce aussi une réponse à la question Quel Amour ?

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