Ce que cache la candidature Narducci à la présidence d'Euroméditerranée

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Benoît Gilles
29 Avr 2014 19

Solange Biaggi (à gauche) et

Solange Biaggi (à gauche) et

Le nom est lâché officiellement, dans le bureau du maire lors d'un échange informel, à l'issue du conseil municipal de lundi. Si la vice-présidente du conseil général, Lisette Narducci, est candidate, elle recevra les suffrages des représentants de la Ville et de la communauté urbaine. En effet, magnanime, le maire a l'intention de jouer l'alternance. "La Ville ayant présidé trois fois l'établissement public, la région une fois avec monsieur Vauzelle, le tour revient au conseil général des Bouches-du-Rhône", justifie-t-il. Ben tiens. Tout ceci n'a rien à voir avec un accord d'entre deux tours entre Lisette Narducci et Jean-Claude Gaudin qui aurait reçu l'onction du président du CG 13.

Ce dernier n'est pas candidat et a déjà décliné l'offre une fois. C'est ce que l'on apprend à la lecture du procès-verbal de la séance du conseil d'administration du 16 décembre dernier qui a vu l'élection de Michel Vauzelle. Jean-Noël Guérini en a profité pour faire une leçon d'histoire au Préfet :  "À une certaine époque, lorsque Strauss-Kahn était ministre de l'économie et des finances, il me fait venir dans son bureau et me propose la présidence d'Euroméditerranée. J'ai refusé parce que cela aurait créé plus de problèmes qu'autre chose"

La candidature de Lisette Narducci, en revanche, aurait l'avantage d'offrir un poste prestigieux à "la candidate de coeur" du président Guérini et une place de choix à cette nouvelle élue de la majorité Gaudin. Même si le maire se défend de tout calcul politicien : "Comme pour la coalition politique qui a permis à Gaston Defferre de gouverner pendant 24 ans, celle-ci ne concerne que la gestion municipale. Ils restent libres de leurs engagements", affirme-t-il. Mais pour assurer que leur candidate soit reçue à l'examen, le maire fait un peu d'arithmétique avec les doigts.

Le 2e accord Guérini-Gaudin

Les résultats des élections municipales assurent cinq voix à la droite avec les trois voix de la ville et les deux de la communauté urbaine, représentée par Guy Teissier et Laure-Agnès Caradec. Les conseils général et régional détiennent deux sièges chacun. La coalition pour Narducci auraient donc sept voix contre deux pour la région. "Je ne connais pas les intentions de Michel Vauzelle", glisse le maire. Oserait-on dire qu'il n'est pas le seul ?

Mais c'est sans compter avec les représentants de l'Etat, dont la position fait aussi figure d'inconnue. "Avant l'élection de Michel Vauzelle, les fonctionnaires ont pris part au vote pour l'élection de Guy Teissier uniquement parce que tout le monde était d'accord", affirme le maire. C'était en 2008, puis en 2010 après le décret signé par François Fillon qui lui a permis de poursuivre sa pige au-delà des 65 ans.

Un nouveau décret permettant à Michel Vauzelle de prolonger sa présidence au-delà des 70 ans relève de la science-fiction. En revanche, on imagine le gouvernement très embarrassé à l'idée de confier les clefs de l'institution à l'actuelle maire de secteur, faisant de l'opération d'intérêt national l'autel où viendrait se sceller l'accord Guérini-Gaudin. Il existe toujours la possibilité d'une vraie candidature régionale en la personne de Michèle Trégan, à la place du suppléant Front de gauche Jean-Marc Coppola, candidat pour le symbole le 16 décembre dernier. Cette dernière hypothèse ne satisferait certainement pas la coalition en cours de constitution. La Ville a attaqué l'élection de Michel Vauzelle devant le tribunal administratif comme elle l'avait promis avant Noël. Reste alors l'hypothèse de la candidature d'une personnalité non élue sur laquelle se porterait les suffrages des hauts fonctionnaires. Le conseil d'administation d'Euroméditerranée accueille en effet une "personnalité qualifiée", nommée par le préfet.

Visiblement, l'hypothèse a circulé dans le sérail. Le premier à faire connaître son ire est le président du conseil général lui-même. Lors de la présentation de son mouvement, vendredi dernier, il a lâché : "On me cite un nom qui n'a rien à voir avec un politique pour remplacer le président Vauzelle quand ce dernier sera atteint par la limite d'âge. Je m'opposerai très fermement à ce qu'une personnalité non élue préside Euroméditerranée. Ce projet doit être dirigé par un responsable politique". Il n'en dira pas plus sur ladite personnalité. Mais, cette colère trouve un écho dans le bureau du maire. Jean-Claude Gaudin campe sur la même ligne : "Il est exclu que les politiques acceptent une personnalité non élue à la tête d'Euroméditerranée". Quelle pourrait être cette personnalité qui fait l'unanimité contre elle ?

Une Ricard sinon rien

À la préfecture, on affirme n'être au courant de rien. Pourtant, c'est lui qui doit renouveler le siège réservé à la "personnalité qualifiée", qui reste à pourvoir. "Jusque-là, le poste était occupé par le banquier Bernard Maurel, rappelle Jean-Claude Gaudin. A sa place, nous avons proposé le nom de Patricia Ricard, cela ne semblait pas poser de problème".

La petite-fille de Paul Ricard, présidente de l'institut d'océanographie du même nom est une personnalité reconnue du monde maritime et de la protection de l'environnement. Elle est également présentée comme une proche de François Jalinot, l'actuel directeur général de l'établissement public. Mais tout ceci ne suffira pas pour en faire une présidente incontestable à la tête d'Euromed. "En tout cas, s'ils nous refont le coup de nommer un patron proche de la Chambre de commerce, cette fois-ci, je ferai entendre ma voix", prévient Jean-Marc Coppola, membre suppléant au conseil.

Dernière hypothèse, la nomination directe d'un représentant des services de l'Etat. Un temps, le nom d'Etienne Crépon, directeur de l'habitat, de l'urbanisme, et des paysages au ministère de l'Écologie avait été avancé comme président intérimaire avant que Michel Vauzelle ne réussisse à s'imposer. L'homme est loin de faire l'unanimité. Lors du conseil d'administration de décembre, Jean-Noël Guérini lui tenait ce langage : "Je sais que les représentants de l'Etat, je ne les intéresse pas trop dans mes propos. « Parle, parle », dit Etienne Crépon, je pense, « on s'en fout, de toute façon, on fera ce que l'on a envie ». Je vois votre visage et j'ai l'habitude". Avant de prendre la porte, drapé dans son courroux : "Vivez bien Euroméditerranée ! Je m'en vais moi aussi. Il n'y a pas d'accord entre monsieur Gaudin et moi, je vous rassure. Gérez Euroméditerranée entre vous, messieurs les administrateurs d'Etat". L'été sera chaud du côté de la Joliette.

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