Capitale du sport : comment Red Bull s’est offert la carte postale de Marseille

Décryptage
Clémentine Vaysse
11 janvier 2017 27

Les festivités de la capitale européenne du sport s'ouvrent ce vendredi avec le Red Bull crashed ice, une compétition de patin à glace pour laquelle l'entreprise de boissons énergisantes a bâti une impressionnante piste devant l'Hôtel Dieu. Elle a aussi empoché pas moins de 450 000 euros des collectivités pour l'événement.

Ne cherchez pas, c’est complet. Les 22 600 places gratuites distribuées sur le site du Red Bull Crashed Ice ont fondu comme glace au soleil en quelques heures. Il vous reste peut-être une chance avec les petits malins qui revendent des places pour cet événement gratuit. Ce dernier fait office de tête d’affiche pour l’ouverture de la capitale européenne du sport. La discipline s’appelle Ice Cross Downhill : des patineurs, équipés comme des hockeyeurs, s’affrontent dans une courte épreuve de vitesse sur glace. Les riders sont cernés de logos de la marque et de ses partenaires dans un show à l’américaine parfaitement huilé.

Vidéo promotionnelle de présentation de l’événement.

Après le Canada et les États-Unis, l’événement marketingo-sportif de Red Bull a choisi Marseille comme première et unique étape française. Si le marchand de soda a choisi la ville, la réciproque est vraie et même davantage encore, puisque les collectivités qui financent la capitale européenne du sport ont apporté près d’un quart du budget de l’événement.

450 000 euros d’argent public

Pour correspondre aux canons de la franchise, la piste de glace, installée devant l’Hôtel Dieu, fait 340 mètres de long pour quelques 35 mètres de dénivelé ponctués de virages et de bosses jusqu’au Vieux-port. Un périmètre fermé permettra aux spectateurs munis de billets de voir la course de près. Quatre écrans géants sur les quais seront aussi installés. En tout, selon la préfecture de police, 150 000 personnes sont espérées pour l’événement qui est couplé avec une parade et un feu d’artifice. La spectaculaire course sera également retransmise sur le site de la marque. « Imaginez, de belles images de notre ville sur toutes les télés du monde » se réjouit l’adjoint au sport de la ville de Marseille Richard Miron. Entre deux sauts, on voit déjà dans les sujets télévisés une petite image de Notre-Dame de la Garde.

Quant à la genèse de cette collaboration entre les pouvoirs publics et Red Bull, c’est l’entreprise autrichienne qui en a eu l’initiative. « Nous avions ouvert un portail d’appel à projets pour la capitale européenne du sport en décembre 2015, explique l’élu. Sur les 762 propositions, Red Bull en avait fait deux ». L’autre, poursuit-il, était un événement autour du plongeon, le Red Bull Cliff Diving, déjà réalisé à la Rochelle, avec des professionnels qui plongent du haut d’une tour. « Cela n’a pas été possible car on voulait le faire au Fort Saint-Jean et il y a une esplanade en contrebas donc il aurait fallu construire un grand plongeoir ».

Interrogé sur la participation financière des collectivités, l’adjoint au maire, qui représente aussi le conseil régional, lâche très vite le morceau : « La Ville a mis 150 000 euros, la région 150 000 euros et la métropole 150 000 euros. » Seul manque pour le carton plein le département : « Nous n’avons pas souhaité sponsoriser cet événement et privilégier des événements d’ampleur départementale », explique Maurice Di Nocera, son vice-président au sport. Le montant global de l’organisation de la compétition sur glace est donné, à la demande de l’adjoint, par les représentants de Red Bull : 2 millions d’euros, ce qui est important quand on sait que le budget global de la capitale du sport est de 11,4 millions d’euros. L’entreprise n’attend pas de rentrée directe d’argent mais le coup de projecteur sur la marque dans un lieu carte postale vaut certainement l’investissement.

« Politique de communication »

Si la marque au taureau rouge, qui a par ailleurs racheté un club de foot et une écurie de formule 1, organise depuis plusieurs années des événements de ce type pour faire la promotion de son produit et de son image, on aurait pu penser qu’elle n’avait pas besoin du soutien des collectivités pour cela. Interrogé, le service communication botte en touche : « Notre “politique de communication” ne nous permet pas de communiquer sur ce type de données. » Red Bull n’en est cependant pas à son premier coup avec des collectivités. La Ville de Québec lui réserve également, à chaque édition de ce même Redbull Crashed Ice Challenge, une aide financière de 350 000 dollars.

Pour Richard Miron, le financement de l’événement par les collectivités ne pose pas de problème. « C’est complètement transparent, défend-il. Chacune des collectivités l’a déjà voté », explique t-il avant de se raviser pour préciser qu’il s’agit en fait de marchés, qui n’ont donc fait l’objet d’aucun vote en hémicycle. « C’est un jury qui a attribué les labels aux événements » poursuit-il pour justifier ces allocations de moyens. Tous les événements labellisés n’obtiennent pas systématiquement de subvention, a fortiori encore moins à cette hauteur là. « C’est un événement à but non-lucratif, se hâte de préciser Francis Magnaniou, le responsable de la société locale qui organise la course pour Red Bull, Solola. Il n’y a pas de recettes ».

« Marseille, une destination événementiel »

« Marseille en elle-même est une destination événementielle. On avait pensé à faire la descente sous Notre-Dame de la Garde, argumente Francis Magnaniou. C’est comme faire un événement au Parthénon ». « Red Bull a été séduit par le côté décalé, le show est fait sur mesure pour chaque ville », explique pour sa part une responsable de Red Bull. Sur la participation des collectivités, à hauteur d’un quart des frais tout de même, tous deux assurent que le critère n’a pas joué sur le choix de Marseille.

Le doute n’est pas permis en revanche sur le poids des 150 000 spectateurs attendus pour l’ouverture de la capitale européenne du sport, contre 75 000 à la Rochelle lors des grands événements autour des plongeons. Pompon sur le bonnet, le Red Bull Crashed Ice permet en habillant de glace Marseille de masquer son palais de la glisse aux airs de gouffre financier. De là à ce que l’entreprise revienne chaque année ou presque comme à la Rochelle, il n’y a qu’un flocon.

27
commentaires

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  1. Philippe Boeglin

    Pour y être passé dimanche : tous les projecteurs haute puissance étaient allumés en plein soleil, des fuites d’eau de partout, une piste gelé une semaine à l’avance… la transition énergétique est en marche, c’est sûr…
    Mais bon, du pain et des jeux, panem et cirecenses, ça marche sur les foules abruties depuis l’Antiquité, alors pourquoi se gêner ? En plus ça reste moins cher qu’un feu d’artifice (notre record pour mémoire : 550 000 € en 2014), donc….

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  2. barbapapa

    Que trouve-t-on dans une canette de Red Bull ?
    Une seule canette de 25 cL contient : de l’eau gazéifiée, bien entendu, mais aussi une quantité énorme de sucre, soit 27 g de sucre (saccharose et glucose), 1000 mg de taurine, 600 mg de glucuronolactone, 80 mg de caféine, des vitamines : 20 mg d’acide nicotinique (aka B3), 5 mg de vitamine B6, 5 mg d’acide pantothénique (aka B5), 0,005 mg de vitamine B1.

    La suite ici http://www.consoglobe.com/mechants-petits-secrets-red-bull-cg/3

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  3. laplaine

    Inénarrable Miron « de belles images de notre ville »…une ville quasi abandonnée au quotidien à la saleté, au stationnement sauvage, avec des écoles délabrées, des TC sous-dimensionnés, etc…vous connaissez la suite

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  4. Electeur du 8e

    Longtemps interdite en France, la commercialisation du RedBull ® a finalement été autorisée du jour au lendemain. Pourquoi un tel virage sur l’aile ? La réponse est ici : http://www.lefigaro.fr/societes-etrangeres/2008/05/23/04011-20080523ARTFIG00287-comment-red-bull-a-fait-plier-la-france-.php

    Une telle réussite marketing valait bien 450 000 euros d’argent public. Pendant qu’on coupe les vivres à des associations de réinsertion pour jeunes en grande difficulté…

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  5. Cehere

    Je me posais justement la question en passant devant les installations, non pas de savoir combien redbull a mis pour être accueilli à Marseille, mais combien la ville aura mis pour financer l’évènement ? Marsactu donne la réponse, merci. (les lecteurs du journal de Tapie verront-ils ces chiffres ?…)

    Connaissant le système à présent, il est évident que ce sont les collectivités qui payent. Ce sera pareil pour le tour de France.

    Concernant l’évènement en lui-même, vu la configuration des lieux je ne suis pas sûr que les spectateurs voient grand chose (les 22 000 qui ont des billets, pour les 125 000 autres, ce sera sur écran…).
    Il y a quelques années redbull était déjà venu faire une manifestation, à la plage cette fois, le « redbull flug tag », où des sortes de caisses à savon artisanales venaient s’écraser assez lamentablement dans l’eau depuis un grand tremplin construit sur le bord. Il y avait eu des dizaines de milliers de spectateurs, et autant de canettes de la fameuse boisson laissées au sol une fois tout le monde reparti.

    Quitte à faire quelque chose, j’aurais plus vu le concours de plongeon en effet, qui est une compétition antérieure à redbull, mais sur laquelle comme pour tout le reste des sports extrêmes, la marque a mis le grappin.
    Quand l’inénarrable Miron dit à ce sujet : « Cela n’a pas été possible car on voulait le faire au Fort Saint-Jean et il y a une esplanade en contrebas donc il aurait fallu construire un grand plongeoir »… quel plaisantin celui-là, la piste de glace de 340m, c’est moins cher ?
    Ils ont choisi le projet bling bling entre les deux. Rien d’étonnant.

    Quant à la capitale du sport, on peut se demander ce qu’elle va apporter à la ville.
    Au fait, il parait qu’il va y avoir un championnat du monde de handball en France dans quelques temps, la capitale européenne du sport va-t-elle accueillir des matchs ? (non).

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    • Clémentine Vaysse

      Je crois que le plongeon c’était un problème de sécurité et non de coût. Problématique aussi en janvier pour l’ouverture ^^ Ceci dit, Red Bull ne confirme pas avoir déposé un dossier sur le plongeon.

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    • Jacques irrmann

      En fait tout les gros evts de la capitale europeene du sports sont payes par la ville .demi finale du top 14, tour de france velo , voile ..
      des que c’est gros et que cela ammene de la com la ville , le dep , la region meme la main a la poche

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  6. Cehere

    Et le redbull c’est dégueulasse.

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  7. kukulkan

    Quand on sait que Marseille ne va même pas accueillir un match de la coupe du monde féminine de foot qui aura lieu en France en 2019…

    Grosse blague ces politiques

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  8. corsairevert

    Dans un précédent article sur ce sujet, un intervenant prétendait que » Marseille capitale du sport » ne coûterait rien à la collectivité .. on en est déjà à 450 000 € alors que les écoles publiques sont sinistrées, les rues et les trottoirs immondes de saleté , etc…… et en plus on paie pour empoisonner la jeunesse !!!
    Bêtise ou aveuglement ?
    Marseille est défigurée par ces instruments commerciaux : roue sur le vieux port , et maintenant ce catafalque devant l’Hotel Dieu !
    Quand s’arrêteront- ils les nuls à qui vous avez donné le pouvoir ?
    A quand l’association avec Trump ?
    il aurait sûrement d’autres idées aussi tordues !

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    • Philippe Boeglin

      eh oh ! restez courtois cher ami, j’ai voté contre eux moi hein 😉

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  9. Pitxitxi

    Vu comment l’événement nous est vendu en grande pompe par les spécialistes de la communication de tous bords (collectivités et Red Bull), il fallait s’attendre à ce qu’autant d’argent public soit dilapidé dans la vitrine de la capital du sport. Autant d’argent qui, on se le doutait depuis la désignation de Marseille au titre de capital européenne du sport (et au même titre que pour MP2013), n’ira ni dans les écoles, ni dans les transports, etc.

    On aurait pu au moins faire contre mauvaise fortune bon coeur en se disant que l’argent servirait à rénover certaines infrastructures ou à en créer d’autres dans des endroits qui en manquent cruellement : évidemment, on déchante vite lorsqu’on a à faire à Richard Miron et sa clique.

    Les piscines municipales ? Les stades de foot dans les quartiers Nord ? Quelles étranges questions… La piscine de Luminy va rester un terrain vague, les jeunes footballeurs des quartiers Nord vont continuer à bousiller leurs godasses sur des terrains stabilisés crasseux et dangereux, et Consolat continuera de jouer dans un stade exigu en bordure d’autoroute. Oui, car MC Miron n’a pas jugé nécessaire lors de la rénovation du Stade Delort d’augmenter légèrement la taille du terrain pour qu’il rentre en adéquation avec les normes de la FFF. Il a préféré miser sur l’athlétisme et le rugby qui, comme tout le monde sait, sont des disciplines phares dans le coin ! (sic)

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  10. neomars

    Et quel a été la mesure de l’impact de la série de NetFlix sur Marseille pour laquelle la collectivité avait mis également la main à la poche (100 000€ ?) ? Mystère !

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    • Cehere

      Des lettres géantes formant un « MARSEILLE » fissuré à une des entrées de la ville.

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  11. LN

    J’ai vu dernièrement sur Arte, un reportage sur le cassidain Lionel Franc, plongeur de l’extrême (en saut de l’ange) dans les calanques, Comme son mentor Jean Michel Beaujon qui a sauté dans le port de Cassis dans les années 70, il voulait le faire d’une grue dans le Vieux Port et pour la bonne cause : le don d’organes.
    La mairie a refusé car trop risqué pour le peuple qui aurait assisté à l’événement et peut-être trop encombrant sur l’organisation sur le port. C’est vrai que nous sommes en état d’urgence.
    Maintenant je ne m’interroge plus sur la finalité des enjeux de capitale du sport… Et puis quand je lis tous les commentaires, c’est plus que du dégoût que RedBull m’inspire, je gerbe, carrément.

    https://marsactu.fr/lionel-franc-jaimerais-faire-renaitre-le-plongeon-de-tete/
    http://www.arte.tv/guide/fr/064565-008-A/360-geo

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    • Jacques irrmann

      En fait les plongeon sont interdit sur tt le littoral marseillais

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  12. Jacques irrmann

    Bizarre que vous ne rappeleiez pas que Di nocera est aussi elue au grand evets pour la ville de Marseille

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    • Clémentine Vaysse

      Bonjour Hdemars, c’est vrai, nous aurions pu le préciser mais il parle pour l’occasion en tant qu’élu du conseil général. Merci pour votre vigilance

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  13. Cehere

    Sur les photos de la première soirée, il n’y a pas foule.

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  14. VieuxPort

    Juste pour info Red Bull ne possède pas un mais deux clubs de foot : le Red Bull Salzbourg et le RB Leipzig.

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    • VitroPhil

      Et de 3 avec les Red Bulls de New York. ..

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  15. Cehere

    Bon, la com’ ne le dira pas mais globalement il n’y avait pas grand monde.

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    • corsairevert

      tant mieux ! peut être y a t-il un sursaut d’intelligence dans cette ville?

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  16. leravidemilo

    He be, ils ne s’arrêterons donc pas! Absent un gros trimestre de notre « bonne  » ville, j’arrive juste à temps pour le choc visuel de la piste blanche et les folles libations au red bull… assorties de la présentation de la note : 450000euros de bon argent public (bien frais!) dont 150 de la gross métropole, déjà bonne fille bien que follement endettée! Tout ça pour une vaste opération publicitaire et qui plus est pour une boisson très douteuse, y compris en terme de santé publique, dont on ne sait même pas de quoi sont constitués ses tiers.
    C’est visiblement parti pour une folle année de vrai sport/business/spectacle/business… dont nos équipements sportifs sortiront plus lessivés encore si possible, mais à l’impossible gaudin/miron ne sont point tenus.
    Encore une fois, il y avait tromperie sur la marchandise, avec ce Monsieur Distinguin de promotion provence, parti chercher l’ ICSS, organisme à but non lucratif, au quatar(!) pour aider nos élus, à un label de plus, à définir (gratuitement) une stratégie sportive à coup de brainstorming foireux (votre article du 9/09 2014 Le quatar voit déjà marseille…). Encore une fois la gratuité va nous coûter bien cher, et l’ICSS n’était que le masque d’organismes baignant dans le lucre… C’est du lourd!

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