Ce soir à 20 h au Théâtre de l'Œuvre

Associations : l’urgence d’un débat

Actualité
Rédaction de Marsactu
4 Oct 2018 1

Ce jeudi à 20 h au Théâtre de l'Œuvre, Marsactu organise un débat intitulé "Associations : l'état d'urgence" consacré aux difficultés des acteurs associatifs face à la raréfaction des subventions publiques. Entre nécessité de se réinventer et volonté d'interpellation, la situation du monde associatif interroge l'action publique et de ses modes de financement.

Marie-Emmanuelle Assidon, préfète pour l'égalité des chances, rencontrait des habitants et associations de la Busserine (Photo Julie Le Mest)

Marie-Emmanuelle Assidon, préfète pour l'égalité des chances, rencontrait des habitants et associations de la Busserine (Photo Julie Le Mest)

Les responsables publics, élus ou grands commis d’État aiment à vanter l’incroyable vitalité du tissu associatif, sa contribution au “vivre ensemble” dans les quartiers prioritaires ou auprès des publics les plus fragiles. Leurs bénévoles et salariés sont souvent en première ligne de l’action publique, là où parfois l’État et les services publics sont absents ou trop lointains. Tous vantent leurs vertus et pourtant les crédits qui permettent de financer leurs actions ou de prendre en charge une partie des emplois baissent inexorablement. C’est le sens de l’état d’urgence qui sert de titre que Marsactu organise en partenariat avec le théâtre de l’Œuvre, ce jeudi soir (voir au bas de l’article).

Mises à la diète par l’État, les collectivités locales ont répercuté une partie de la baisse des dotations en limitant leurs subventions au monde associatif. Le non-renouvellement des emplois aidés a frappé de plein fouet bon nombre de structures dont c’était parfois le seul mode de salariat. Ce désengagement public, Marsactu le chronique au coup par coup au rythme des appels à l’aide des structures soumises à des plans de restructuration, de redressement ou tout simplement liquidées (lire notre dossier).

Raréfaction de la ressource

Cette baisse de la ressource publique n’est pas un mythe. En épluchant non sans difficulté les comptes des trois principales collectivités locales -Ville, département et région – nous avons retrouvé sans peine ces coupes dans les lignes budgétaires où l’on retrouve leurs subventions (lire notre décryptage). Mais, là encore, la nature de la structure n’est pas forcément un indice de la situation de crise. Toutes les associations ne sont pas soumises à la même diète et certaines continuent de recevoir de confortables subventions. C’est le cas notamment des associations culturelles qui gèrent les grands théâtres de la ville.

Festival de jazz, théâtres labellisés, ballet national, les structures culturelles apparaissent assez haut dans le budget municipal avec des subventions qui comptent parfois plusieurs millions. On trouve aussi dans ce Top 50 des structures qui bénéficient d’argent public des associations para-municipales comme le centre communal d’action sociale (CCAS) qui perçoit à lui seul, 10,3 millions d’euros en 2017. De statut associatif, on trouve aussi le comité d’action sociale de la ville à destination de ses agents (3,4 millions d’euros), l’école de la deuxième chance (1,4 millions d’euros) ou la cité de la musique (2,2 millions).

La question des délégations

Dans cette liste des plus gros, figurent également de grandes fédérations d’éducation populaire qui ont en délégation de service public des établissements comme l’unité d’hébergement d’urgence (Groupe Sos), les maisons pour tous (IFAC, Léo Lagrange, CCO…) ou certaines crèches et temps périscolaires.

À côté de ces mastodontes, il existe une myriade d’associations dont les subventions vont de quelques centaines à quelques milliers d’euros par an. Dans son rapport sur le conseil général des Bouches-du-Rhône, période Guérini, la chambre régionale des comptes a pointé cette distorsion entre grosses associations, largement subventionnées et d’autres se partageant quelques miettes.

“L’analyse de la dispersion des crédits par montant annuel alloué montre qu’en 2011,
comme en 2010, 84,1% des associations ont perçu des subventions inférieures à 23
000 €, représentant 18,1 % des subventions totales, pour un montant moyen de
subvention inférieur à 5000 €.”

Le même constat était posé sur la région, période Vauzelle. Or, sans méconnaître l’intérêt général de l’action des grosses structures, c’est aussi dans ce large vivier de petites structures de proximité que l’action associative prend tout son sens. Installées au plus près de la population, composées d’acteurs bénévoles et salariés maigrement payés, elles dépensent une énergie folle dans le traitement des dossiers sans avoir les moyens techniques et humains de répondre aux appels à projets, gages de revenus supplémentaires.

Le mythe du guichet unique

“Je passe un temps fou à remplir les dossiers de demande de subventions avant les projets, explique le directeur d’une structure sociale installée dans un quartier prioritaire. Par exemple, les partenaires de la politique de la ville n’ont pas tous le même type de formulaire avec la même présentation budgétaire. Ce temps, je ne l’ai pas pour aller sur le terrain, à la rencontre des habitants.” Depuis des décennies, les pouvoirs publics annoncent une politique de guichet unique permettant de faciliter le dépôt des demandes mais celles-ci restent souvent difficile à gérer pour des associations de petites tailles.

Souvent démunis, les gestionnaires de structure ont face à eux des représentants des pouvoirs publics sur le terrain qui n’ont pas de vision claire des priorités politiques. “On nous dit de mettre le paquet sur les jeunes d’un côté et de l’autre le département envisage de se désengager de cette thématique pour faire face à d’autres priorités”, explique un autre responsable de structure.

Face à une ressource publique qui se raréfie, les associations vont chercher de l’argent ailleurs, auprès des grandes fondations ou directement auprès du public via les plateformes de financement participatif. Certains ont fait de cette capacité à réinventer la relation au public un nouveau modèle économique. Changer ou disparaître, face à cette injonction, les associations entendent répondre par une nécessaire co-construction de l’action publique entre ceux qui financent et ceux qui agissent.


Le débat “Associations : l’état d’urgence” a lieu ce jeudi 4 octobre à 20h au Théâtre de l’Œuvre, 1 rue mission de France. Il n’est plus possible de réserver en ligne, mais des places seront disponibles au théâtre. Entrée libre, ouverture des portes à 19h30. Informations supplémentaires ici.

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