Agression au McDo de Saint Barthélémy : coup de pression ou “délinquance de droit commun” ?

Actualité
Violette Artaud
7 Août 2018 6

Ce dimanche plusieurs employés du McDonald's de Saint Barthélémy ont été violemment agressés par une quinzaine de personnes. Tandis que la police y voit un banal fait divers, des salariés dénoncent un incident en lien avec la contestation du projet de reprise de ce restaurant.

Un fait, deux interprétations. Ce dimanche, aux alentours de 22 heures, deux femmes accompagnées de leurs enfants entrent dans le restaurant McDonald’s de Saint Barthélémy. Elles commandent des sandwichs. Considérant le service de mauvaise qualité, ces dernières se montrent rapidement agressives verbalement et physiquement envers les employés du fast-food. C’est alors qu’une quinzaine de personnes les rejoignent, armés pour certaines d’armes blanches dont des couteaux. L’affrontement vire à l’agression générale. Plusieurs employés sont blessés. Ce lundi soir, au moins quatre plaintes ont été déposées. Voilà pour le factuel.

“Il s’agit de délinquance de droit commun, de problème de cité. C’est de la voyoucratie et les personnes mises en cause ne vont plus tarder à être arrêtées”, défend-on du côté de la direction départementale de la sécurité publique des Bouches-du-Rhône, après l’audition de quatre témoins de la scène ayant porté plainte. Il s’agit là de la première version. La seconde est toute autre.

“Comme si c’était le repreneur qui parlait”

“J’étais sur place et j’ai tout vu. Ces mamans sont entrées et ont commencé à insulter les équipiers, entame Abadli Nour Douanne, l’un des managers du restaurant. Elles ne voulaient plus s’arrêter. Elles disaient “on va vous tuer, on va revenir, on est chez nous maintenant”. C’était comme si c’était le repreneur qui parlait.” Le McDo de Saint Barthélémy doit prochainement faire l’objet d’un projet de reprise pour devenir un fast-food asiatique halal. Syndicalistes et salariés contestent vigoureusement un projet de reprise qu’ils considèrent être “un plan social déguisé” mis en place pour mettre à l’écart un foyer de la contestation sociale au sein de l’enseigne McDo à Marseille (lire l’un de nos articles). Ces dernières semaines, le conflit dans ce restaurant connaît dans la presse un large écho local comme national.

“C’était d’une violence extrême, on ne voyait plus rien ça partait dans tous les sens, poursuit Abadli Nour Douanne. Peut-être que je suis fou, mais pour moi, ces agressions sont des menaces liées au projet de reprise”. Une interprétation qu’il n’est pas le seul à relater.

“Je pense aussi cela. Un des agresseurs a dit qu’ils seraient là le jour de la reprise et qu’il allait y avoir du changement quand le nouveau directeur serait là, ajoute Christophe Lomonaco, ex-directeur du McDo de Saint Bathélémy et élu CFE-CGC au comité d’entreprise qui s’appuie sur des notes écrites par le vigile dans le cahier d’observation ce jour là. Marsactu a pu consulter le document en question sur lequel on peut lire : “J’ai essayé de faire mon possible pour protéger les salariés, je me suis pris des coups et ils ont menacé de revenir, et que de toute façon, il allait y avoir un changement ici.” La police, qui auditionné ce lundi le vigile, n’y voit elle “aucun lien avec le conflit social. Les plaignants n’ont à aucun moment fait allusion à la reprise”.

Soutien du parti communiste

“La police dit de ne pas s’emballer mais les menaces continuent d’arriver”, contre-argumente de son côté l’avocat Ralph Blindauer, qui conteste pour les salariés le projet de reprise devant le tribunal de grande instance. Autre son de cloche qui va en ce sens, celui du secrétaire départemental du parti communiste des Bouches-du-Rhône qui le premier a alerté les médias sur cette agression. “Des hommes disant agir pour le futur repreneur, ont fait irruption dans l’enceinte du McDonald’s, et ont violemment agressé 9 salariés. C’est avec la plus grande fermeté que je condamne cet acte de violence et apporte tout mon soutien aux salariés qui se battent pour défendre leurs emplois”, écrit dans un communiqué Jérémy Bacchi.

Des propos qui “ne reprennent pas du tout la réalité de ce qui s’est passé hier [dimanche] soir“, a défendu la police. Pour l’heure, la direction départementale de la sécurité publique poursuit son enquête : d’autres employés doivent être entendus dans les prochains jours. De leur côté, les salariés, dont le restaurant doit être officiellement vendu ce mardi, ont reçu d’autres appuis. Ainsi, Sophie Camard pour la France insoumise appelle à un rassemblement de soutien ce mardi à 20 heures.

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