Un nouveau monde

Idée de sortie
le 24 Jan 2020
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Les festivals Parallèle et Dansem fusionnent cette année pour mieux se recentrer sur la jeune création en Méditerranée. En mutualisant les moyens et les réseaux, Lou Colombani et Francesca Corona nous proposent une programmation qui repousse les limites du possible et de la représentation.

Farah Saleh © Chris Scott

Farah Saleh © Chris Scott

À deux mois des municipales, il est opportun de réfléchir à ce que l’on attend d’une municipalité en termes de services. Le bien-être partagé, c’est une réflexion sur l’urbanisme et le déplacement librement consenti de tout un chacun. Il va de soi que le piéton qui marche le long d’une quatre-voies subit plus qu’il ne consent. La piétonisation du centre-ville de Marseille, aussi attrayante soit-elle, n’est pas un projet en soi, car elle ne résout pas la question des flux et de la libre circulation des individus d’un bout à l’autre de la ville.

De la même manière, le libre accès à la culture et à son information est un service que la ville se doit de prendre en compte. Cela passe par une politique tarifaire graduée et un soutien à la jeune création. Aujourd’hui, la ville a jeté son dévolu sur le Festival de Marseille, la BIAC et le Jazz des Cinq Continents, qui font la part belle à des groupes et des compagnies internationales. Si le spectacle est présent, la réflexion l’est beaucoup moins, car les énormes budgets consacrés à la venue de ces artistes pénalisent le reste de la création. Certes, le public répond présent, mais il répond également présent pour un texte de poésie contemporaine. La question du service et de la répartition des subventions est donc plus que jamais au cœur du débat. Rencontre avec Lou Colombani sur l’élaboration de la programmation de Parallèle.

Pourquoi avoir supprimé le nom Dansem dans la fusion des deux festivals ?

Dansem est arrivé à la fin d’une histoire avec le changement de direction et la fin d’un cycle. Le festival Parallèle est le plus jeune des deux dans son développement et sa relation au public. On a fait le choix avec Francesca Corona de garder le nom de ce dernier. On s’entend dire, à longueur d’année, au sein des institutions et des diffuseurs, qu’il y a trop de festivals. Le paysage est en train de changer d’air, il fallait se fédérer pour mieux défendre la qualité de notre travail.

Où se situe Parallèle après douze années d’existence ?

On a travaillé en partenariat avec le Merlan et le Festival de Marseille pour bénéficier d’un espace bureau et d’un réseau. Aujourd’hui, on travaille au sein du collectif et du bâtiment de Coco Velten. C’est important pour nous de se mélanger à la société civile et ça colle avec les thèmes abordés dans le projet More than this : Hétérogénéité-Déplacement-Hospitalité. C’est un projet écrit avec Francesca Corona et financé par l’Union Européenne qui nous permet de maintenir une équipe à l’année. Comment créer un espace du futur d’où émerge une civilisation ? On n’a pas envie que les artistes soient assignés à une nation et un drapeau. Il faut redonner de la fluidité aux identités. On accompagne les artistes dans leur travail et on regarde comment ils se fondent dans une communauté.

Quel est le principe de More than this ?

C’est une coopération entre cinq festivals, axée sur la performance contemporaine. Chaque festival accueille un festival. Cette année, Parallèle accueille Ramallah. Ça révèle des manières de travailler et ça questionne aussi notre capacité à accueillir et à aller vers l’autre.

Il y a beaucoup de danse dans cette édition…

Il y en a toujours eu dans Parallèle. C’est aussi une histoire de rencontres, il y a beaucoup de danse d’une manière générale parce que c’est plus facile à diffuser. On est poreux aux tendances et on observe avant de choisir. La danse qui m’intéresse est liée à des histoires de société. J’aime la danse qui s’affranchit des codes. Mais il se peut que dans la prochaine édition, on recentre les points d’équilibre. J’observe que les artistes pensent moins en termes de discipline. Ils créent de nouveaux langages. Ils ont des formations hybrides qui vont des Beaux-Arts au CNDC d’Angers.

Quelques mots sur Anne Lise le Gac et Sara Sadik, programmées dans ce festival ?

Anne Lise le Gac, c’est une rencontre artistique. Elle est très exigeante dans sa pratique et sa maîtrise, elle a acquis un savoir faire. En ce moment, elle apprend la pratique du chant des oiseaux. C’est une artiste unique à la croisée des chemins. Quant à Sara Sadik, elle s’est formée aux Beaux-Arts de Bordeaux et elle est soutenue par Triangle-Astérides. Elle développe une esthétique qu’elle appelle le « Beur corps ». Tu deuh la miss est une pièce sur la sensualité et le rapport à la drague, au corps masculin. C’est une artiste passionnante qui vit à Marseille.

Y a-t-il un partenariat de prévu avec la Horde, qui a pris la direction du BNM ?

C’est une direction jeune qui souhaite ouvrir des horizons pour ses danseurs. Ça commence avec Parallèle en invitant Alessandro Sciarroni à transmettre sa pièce Happiness au corps de ballet. On a des complicités artistiques et cette soirée est leur première ouverture au public.

Propos recueillis par Karim Grandi-Baupain

Festival Parallèle, du 24/01 au 1/02 à Marseille. Renseignements ici.

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