Donnez-moi tort Monsieur le Maire !

Billet de blog
le 27 Déc 2020
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Je ne vous écris pas pour commenter les mouvements récents de l’escarpolette municipale. Je ne vous écris pas non plus pour claironner de façon jubilatoire, mais aussi pathétiquement superflue, que comme d’autres je n’en ai pas été surpris.

Non Monsieur le Maire, mais lundi dernier j’ai écouté doctement presque religieusement votre discours. Je voulais savoir sous quels auspices vous alliez placer votre mandature.

J’ai entendu et j’ai été sensible aux accents de sincérité qui l’ont émaillé lorsque vous avez rappelé ce qui fait la singularité de notre ville. Vous avez cité Jean Claude Izzo et son fameux « Marseille appartient à ceux qui y vivent… ». Si j’osais je dirais que Marseille revient de droit à ceux qui y souffrent… Vous avez parlé de vos origines et de cette altérité structurelle et essentielle qui fait de Marseille plus qu’une ville, un refuge, un sanctuaire, un espoir…

Né de l’autre côté de la Méditerranée, et bien que Français, je reste physiologiquement, culturellement et socialement un immigré. Et je ne peux qu’agréer au sens profond de cette partie-là de votre discours. En vous rappelant qu’il vous engage devant les hommes et devant l’Histoire !

Vous avez aussi, au détour d’une phrase parlé des « Damnés de la terre » et donc cité Frantz Fanon. J’ai écouté attentivement votre désir de « recoudre » Marseille. Déchirée qu’elle est par des décennies d’incurie politique, mais pas seulement. Relier les maux qui plombent notre ville à la seule mauvaise gestion de l’ère Gaudin serait réducteur et, à mon humble avis, contre-productif. Le mal est plus ancien, plus profond encore. Peut-être remonte-t-il à l’été et à l’automne 1973 et son cortège de massacres, peut être remonte-t-il à 1953 et au « partage politique » de la ville ? Ce que l’on constate c’est que Marseille ne se développe pas de la même manière et à la même vitesse…C’est juste évident ! Et c’est profondément ressenti par les habitants des quartiers nord de la ville.

Le Printemps Marseillais n’a pas gagné la mairie avec cette partie de la ville. Là aussi il n’y a pas débat et mon propos ne se veut pas polémique mais simplement factuel. Depuis le 5 Novembre 2018 notre ville est en plus devenue une ville en sursis. En sursis de catastrophe naturelle, de catastrophe économique, sanitaire, sociale et démocratique. Donnez-moi tort, Monsieur le Maire, de ne pas avoir cru aux promesses que vous avez réaffirmées !

De l’endroit d’où je vous parle, les quartiers nord de Marseille, les gens ne croient plus, n’espèrent plus, ne votent plus. Pas par nihilisme, indifférence ou inconscience. Non l’abstention est ici verbalisée, théorisée et pratiquée sciemment comme une réponse politique ! Un silence électoral qui couvre jusqu’à présent un orage de colère et occulte un horizon de cendres !

En responsabilité, personne ne peut ignorer ce silence. Et surtout pas vous Monsieur le Maire !

Recoudre Marseille n’est pas un slogan, ou un gimmick publicitaire ! Donnez-moi tort Monsieur le Maire en l’adoptant comme un leitmotiv obsessionnel de votre mandat et de votre équipe ! Donnez-moi tort de ne pas avoir fait campagne à vos côtés (sauf contre la droite et son extrême bien entendu) en répondant aux attentes de nos concitoyens. Donnez-moi tort en reconstruisant les écoles de nos enfants. Donnez-moi tort en réorganisant des transports efficaces et cohérents. Donnez-moi tort en rétablissant un minimum de services publics dans nos quartiers. Rétablissez la sureté de nos rues en envisageant autre chose que la répression, les caméras de surveillance inutiles et les artifices de la démagogie sécuritaire. Donnez-moi tort en investissant dans nos quartiers populaires et en rattrapant tout ce que des décennies de relégation ont produit de négatif sur ces territoires ! Donnez-moi tort en faisant de ces quartiers une priorité et en donnant à sa jeunesse des perspectives. Prouvez mon erreur en luttant contre l’habitat indigne en commençant par renforcer et restructurer le SCHS*. Confondez mon scepticisme en  luttant contre la désertification sanitaire, économique, culturelle de nos quartiers. Prouvez que la municipalité soutiendra le tissu associatif et les dispositifs structurants …

Donnez-moi tort en soutenant des projets innovants solidaires et sociaux directement issus de processus d’auto-organisation apolitiques et apartisans. Des projets qu’il est indéfendable de ne pas défendre, à Saint Barthélémy par exemple…Vous voyez de quoi je parle Monsieur le Maire ? Mais aussi d’autres propositions qui ont été faites et qui restent dans les cartons : comme la création de maisons des droits, les mêmes droits pour tous et pour celles et ceux qui ont le plus de mal à les faire valoir : les femmes seules, les migrant-e-s, les personnes âgées !

Ne me faîtes pas de réponse technocratique (dans l’attente illusoire d’une réponse), sur le partage des prérogatives de la Mairie centrale et des Mairies de secteurs. Ne m’expliquez pas non plus les périmètres de compétences des institutions et autres collectivités territoriales. Ce qui m’intéresse et ce qui intéresse vos administrés, c’est avant tout votre volonté de changement !

La volonté politique doit, dans le cadre du pacte social, toujours aider à transcender les obstacles bureaucratiques et protocolaires ! Donnez-moi tort Monsieur le Maire en faisant que chaque jour de votre mandat contribue au rétablissement de notre ville. Donnez-moi tort Monsieur le Maire en faisant que l’histoire retienne vos décisions plutôt que votre accession à la Mairie.

Aussi masochiste que cela puisse paraître je n’ai jamais autant souhaité avoir tort !

Recevez, Monsieur le Maire, l’expression de mes salutations respectueuses.

 

Bensaada Mohamed

Pour  QNQF                                                                  Marseille, le 27 Décembre 2020

 

 

 

SCHS* = Service Communal d’hygiène et de Sécurité

 

 

Commentaires

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  1. Jacques89 Jacques89

    Belle tirade Momo !
    Comme tu le dis, le séparatisme à Marseille ne date pas d’hier.
    Né à la Calade, j’ai passé mon enfance avec les gamins du Cap Janet (bidon ville qui a été remplacé par les tours actuelles) contre qui j’avais fait « la guerre ». Une guerre style « guerre des boutons » arabes vs français (je dis français parce qu’on est né là, mais rares étaient les parents qui pouvaient en dire autant). Le champ de bataille c’était la « steppe » qui séparait le Parc (résidence face au LEP actuel qui était un couvent ou un monastère à l’époque) et la Traverse Maritime (limite ouest de Bernabo) où se trouvait l’école élémentaire. On se faisait la guerre le jeudi pour tous se retrouver à l’école le vendredi où la bagarre continuait dans la cour.
    Mais à l’époque, l’école faisait son boulot. Au point qu’adolescent tout ce joli monde se retrouvait pendant les vacances pour les sorties à la mer entre la base sous-marine et Mirabeau. Autant dire, pas de plage : les digues, les jetées, côté chenal c’était plus calme. Plus tard (avec les mobs) Corbières, Méjan, jusqu’à Cary. Bref les quartiers Nord restaient au Nord. Les « beaux quartiers » (Catalans, Petit Nice – les plages du Prado n’existaient pas-) ne nous attiraient pas. On n’était pas de ce « monde » et on trouvait peu d’intérêt à se voir reluquer comme des singes. Ces différences de mentalités se retrouvaient partout ou presque. Même chez les rameurs du CAM (Cercle de l’Aviron de Marseille) majoritairement fréquentés par des enfants d’ouvriers ou de pêcheurs de l’Estaque qui se faisaient une gloire de « foutre la branlée » aux fils de bourgeois du Rowing-Club de la Corniche (cercle des nageurs aujourd’hui).

    L’histoire de Marseille s’est donc faite autour de cette rivalité ancestrale entre une zone « industrielle » au Nord (entre le port et l’Estaque) et une zone de commerces, loisirs, habitat plus ou moins luxueux au sud (entre le port et la Pointe Rouge). Je ne parle pas du côté Est car à l’époque, au-delà d’une ligne Sainte Marthe/Saint Pierre c’était la campagne. Mais on peut remarquer que ces secteurs moins anciens ont été aménagés sur un schéma peu différent des quartiers Nord. Les cités y côtoient les zones industrielles et les zones commerciales.

    La quasi-totalité des villes du pays, moyennes ou grandes, ont subi le même schéma d’aménagement qui consistait à organiser à la périphérie des centres-bourgs des banlieues autonomes en habitat et consommation ; peu de culture, peu de services et au final peu d’échanges. Les associations ont permis de compenser le manque de services et sollicité des aides que les municipalités leur accordent, trop heureuses qu’elles sont que quelqu’un s’occupe de faire baisser la pression dans la « cocote du social ». Mais au final, malgré la volonté d’établir des « passerelles », les liens entre les centres et les banlieues ne se sont jamais créés durablement. Le découpage électoral en est d’ailleurs la stigmatisation et tant que les intérêts seront ciblés sur le quartier, il y a peu d’espoir que cela change. On ne peut pas trouver l’unité en divisant les intérêts.

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    • petitvelo petitvelo

      Sur la fin du découpage, espérons que la Conseillère Municipale Déléguée à la réforme de la loi PLM nous fera changer de siècle

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    • Jacques89 Jacques89

      Pas sûr que la Sophie ait l’appui nécessaire de ses collègues pour réformer la loi sur « le séparatisme ».

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  2. Mohamed Bensaada Mohamed Bensaada

    Merci Jacques oui le paralléle que tu dresse entre la gentification et ses répercussions politico-éléctorale est une réalité à combattre…si il y’a volonté de le faire.

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    • Jacques89 Jacques89

      La volonté de certains existe probablement. De là à trouver un consensus avec les représentants d’apparatchiks, cela relève peut-être de l’Utopie.

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  3. raph2110 raph2110

    Il est évident que la Ville constitue un levier possible de changements mais il ne peut à lui seul réduire tous les maux de ces quartiers et de ses habitants. Les souhaits se confrontent bien souvent aux réalités financières et de champs de compétences, il est impossible de balayer ce point d’un revers de manche. Un véritable projet pour ces secteurs passerait par une alliance de l’Etat et des diverses collectivités locales.
    L’action sociale, les collèges, les personnes âgées entre autre pour le Département, la Police- l’accès aux droits et aux soins… pour l’Etat notamment, les grands projets d’infrastructure avec en particulier l’Etat/la Métropole/la Région. Voilà pèle mêle quelques obligations et responsabilités des uns et des autres, mais construire un projet collectif commun ambitieux nécessiterait de mettre tous les acteurs/décideurs autour de la même table mais malheureusement le positionnement des politiques et les déclarations

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  4. raph2110 raph2110

    les déclarations… n’ont qu’un seul objet maintenir un discours auprès d’un électorat. J’en conclu que chacun depuis la place qu’il occupe doit mobiliser, interpellé, argumenter et négocier pour un véritable projet pour les habitants et avoir la capacité d’oublier son étiquette politique dans un souci d’intérêt public.

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