Dérives radiophoniques

Idée de sortie
Journal Ventilo
31 Oct 2018 0

En résidence à la Déviation, le collectif Monobloc prépare plus de trente-deux heures de diffusion radiophonique en tout genre, dans vos oreilles tout ce week-end.

Se retrouver trois fois par an pour créer et diffuser des contenus radios, autour ou à partir d’un thème et depuis ou à partir d’un espace. Telles semblent être les consignes que s’est donné le collectif Monobloc, une dizaine de passionnés du médium radiophonique issus de divers horizons dont le défi consiste à explorer toutes les possibilités de la radio : émissions animées, histoires que l’on écoute, interviews de gens rencontrés, fictions ou réalités, loufoques ou très sérieuses. Ils sont graphistes, philosophes, jardiniers, théoriciens, poètes, et seulement deux d’entre eux avaient déjà travaillé à la radio avant la création du collectif. Ensemble, ils s’octroient quelques jours de liberté créatrice par an pour nous offrir un ou deux jours d’écoute et beaucoup de moments de plaisir, tous genres confondus.

L’histoire commence il y a presque deux ans, à Anvers, lors d’une exposition monographique consacrée à l’artiste conceptuel Robert Filliou du groupe Fluxus. Ils y découvrent le principe de « création permanente » et décident d’ « essayer d’appliquer ce principe dans tout ce [qu’ils font], notamment à la création radio. »

On peut d’ailleurs écouter l’histoire de la naissance de Monobloc et la liste de leurs premières envies dans le podcast Mais pourquoi on a fait ça ? sur leur site. Parmi leurs idées : « faire des questionnaires dans la rue à des inconnus », « apprendre à ne rien faire », réaliser un abécédaire, « raconter l’histoire d’un syndrome de Stockholm qui tombe amoureux d’un syndrome de la Tourette », se plier à l’exercice de la chronique sportive sans reprendre son souffle, interviewer le maire ou le patron du bistrot… Jouer avec le langage et le récit, le tout avec beaucoup d’humour.

Pendant une semaine, jusqu’à vendredi après-midi pour le début de la diffusion, ils étaient en résidence à la Déviation, un lieu hybride de création au bout d’un chemin à l’orée d’une carrière de l’Estaque (voir Ventilo # 398). Il s’agit de leur sixième expérience (officielle) de création radiophonique depuis leur première, dans les Cévennes. On avait pu auparavant les entendre sur les ondes en Normandie ; ils avaient fait un crochet sonore par une île de Bretagne, posé leurs valises et leurs micros dans une librairie parisienne, animé des ateliers et fait des concerts dans le camp de Moria, sur l’île de Lesbos…

Pour chaque édition, Monobloc invente un thème, un fil d’Ariane, un mot-valise à suivre pour ensuite mieux le décliner, l’extrapoler, voire le contredire. Pour cette édition marseillaise, le chemin à suivre (ou à dévier) est apparu comme une évidence compte tenu du nom du lieu qui les accueille : la Déviation. Instantanément, ce mot revêtait une infinité de sens pour nos radiophages et audiophiles. Déviation comme un chemin qui permet de contourner une zone de travaux, premier sens que l’on confère au mot, mais aussi, après les digressions que permettent le langage, déviation comme ce qui dévie, comme des normes que l’on contourne, des sentiers qui bifurquent.

On écoutera des récits captés lors d’un voyage en autostop où des inconnus racontent le moment de leur vie où tout a basculé, des jeunes qui se font passer pour fous afin d’éviter le service militaire, un homme qui fuit l’apocalypse par tous les chemins de traverse possibles : en vélo, puis en auto, puis en bateau…

Monobloc, c’est aussi pour chaque édition des appels à contributions sonores à tous les amateurs de micro, de casque et d’antenne : tous les formats sont acceptés, la seule contrainte étant le temps qui peut varier d’une « nano seconde à vingt minutes ». Parmi ces propositions venues d’ailleurs, nos oreilles pourront suivre les pérégrinations et les divagations d’un spectateur face à des tableaux dans un musée, ou encore des collections de sons et des histoires rares…

Depuis que Monobloc a passé quelques semaines cet été sur l’île de Lesbos dans le camp de Moria à animer des ateliers radio et des moments d’écoute ou de musique avec des migrants, la pratique sociale que la radio peut avoir est devenue encore plus fondamentale dans le rapport qu’ils tissent avec autrui. Ce vendredi, à partir de midi jusqu’à samedi 21h, c’est un vrai marathon radiophonique que l’on pourra écouter en live sur internet et partiellement sur l’antenne de Radio Grenouille. Et le samedi dès 14h à l’Estaque, c’est ouvert au public, avec concerts et performances à partir de 18h !

Cette édition s’ouvrira sur une rencontre avec les résidents permanents du lieu qui cherchent aujourd’hui à devenir propriétaires grâce au principe de la « propriété d’usage ». Moyen pour la dizaine d’artistes qui occupent cet espace dans les anciennes carrières Lafarge depuis plus de trois ans d’inventer un lieu indépendant dédié à la création contemporaine (arts plastiques, spectacle vivant, musique…). Cette acquisition veut aussi renverser (ou encore une fois dévier) les codes de la propriété et les faire bénéficier au collectif plus qu’au particulier. La soirée d’ouverture permettra de discuter sur le plateau des détails de cette opération et de faire découvrir cette initiative. Aujourd’hui, une campagne de financement participatif est en cours pour permettre la promesse de vente.

Au final, voici un programme radiophonique déviant et dévié, drôle et sérieux, collectif et associatif à ne pas manquer ce week-end à la Déviation et en direct sur monobloc.zone et Radio Grenouille.

Mathilde Ayoub

Radio Monobloc : diffusion en live sur monobloc.zone du 2 novembre 13h au 4 novembre à 21h. Ouverture au public le 3 de 14h à 21h à la Déviation (210 Chemin de la Nerthe, 16e).

Rens. : 09 81 09 44 01 / La DéviationParpaing libre

Pour en (sa)voir plus : www.monobloc.zone


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