Poursuivre le débat sur « l’habitat indigne et insalubre »

DÉGRADATION DE L’ESPACE URBAIN À MARSEILLE

Billet de blog
Bernard LAMIZET
16 Déc 2018 0

Au-delà du débat et de la réflexion suscités par la disparition des immeubles de Noailles, il est temps d’engager une réflexion plus générale sur la dégradation de l’espace urbain à Marseille

La dégradation du patrimoine

Pour bien prendre la mesure de la dégradation du patrimoine urbain à Marseille, il suffit de marcher dans les rues de la ville, il suffit de se promener et de lever les yeux sur ces rues sales et mal entretenues, sur ces façades de maison qui n’ont pas été ravalées depuis des années, sur ces monuments eux-mêmes dégradés, alors qu’ils devraient être des repères de ce que fut Marseille au temps de sa grandeur. C’est tout le patrimoine urbain de Marseille qui connaît, en ce moment, une dégradation inquiétante : ce ne sont pas seulement deux maisons qui s’effondrent, ce qui entraîne des morts et des sans-abri, mais c’est tout l’espace urbain qui est en train de s’effondrer. Quand on marche dans le centre de Marseille, on ne peut pas ne pas voir ces façades mal entretenues, ces maisons qui ne vieillissent pas en devenant des monuments, des symboles d’autres périodes de l’histoire de la ville, mais qui vieillissent en se dégradant, en s’usant, en dépérissant. Et, bien sûr, derrière cette dégradation du patrimoine de la ville, il y a des habitants qui finissent par ne plus se sentir chez eux, par ne plus se sentir dans des maisons où l’on a envie de vivre, qui finissent par ne plus reconnaître cet espace comme le leur, et qui, par conséquent, en viennent à ne plus se sentir assez motivés pour contribuer à son entretien. Il devient urgent d’entendre l’alerte lancée à Noailles et il est temps que la municipalité, responsable de l’espace de la ville, prenne les mesures qui s’imposent, à la fois sur le plan financier, sur le plan immobilier et architectural et sur le plan de la voirie.

 

La saleté et le pourrissement de l’espace public

Sans doute trouvera-t-on que ce sont des mots forts que j’emploie ici, mais ce sont les seuls qui viennent à l’esprit quand on commence à penser à l’espace urbain, à Marseille, Deux comparaisons me viennent à l’esprit. La première se situe dans le temps : venant de Paris, j’ai vécu à Marseille de 1983 à 1993. J’ai quitté la ville à la fois pour des raisons familiales et pour des raisons professionnelles, et j’y suis revenu il y a trois ans. Ce qui m’a frappé à mon retour dans ville – au sens propre du mot « frappé », c’est-à-dire avec violence, c’est, justement, que je ne reconnaissais plus certains quartiers et certaines constructions, tellement elles avaient vieilli, ce que j’ai constaté, c’est cette dégradation du paysage de la ville. J’ai eu l’impression que les municipalités qui s’étaient succédé après mon départ avaient ignoré leurs responsabilités dans le domaine de l’environnement – et, sans doute, aussi  dans le domaine du logement. C’est même d’une façon simple, élémentaire, que j’ai pu constater ce dépérissement de l’espace de la ville : en constatant à quel point il était devenu sale, en voyant que les maisons n’avaient pas été entretenues, en me rendant compte de cet état de l’espace public qui donne l’impression d’une ville abandonnée par ceux qui ont les pouvoirs sur elle. L’autre comparaison qui m’est venue est avec la ville d’où je venais, après y avoir vécu une quinzaine d’années, qui est d’une taille comparable à Marseille : Lyon. Il ne s’agit pas ici, pour moi, de vanter les mérites d’une municipalité ou d’une autre, car je n’adhère au projet politique d’aucune des deux. Il s’agit seulement d’observer que l’espace urbain, à Lyon, est entretenue, que les rues sont propres, nettoyées, alors qu’à Marseille, les ordures jonchent les rues et les trottoirs. C’est cette sorte de pourrissement de l’espace public qui frappe d’emblée quand on compare Marseille avec d’autres villes.

 

L’absence d’une politique municipale de l’environnement

Cette dégradation de l’espace urbain est le signe de l’absence d’une véritable politique municipale de l’environnement. À cet égard, il est significatif que l’immeuble censé abriter l’Espace Culture, sur la Canebière, soit l’un des plus dégradés. Cela en dit long à la fois sur ce que représentent la culture et les politiques culturelles pour la municipalité et sur l’état du patrimoine architectural. Il n’ y a pas de projet écologique dans la politique de la municipalité, mais sans doute peut-on ajouter que la question écologique ne tient pas une place suffisante dans le débat public et dans la réflexion collective sur l’espace de la ville. C’est à cette absence d’une politique de l’écologie urbaine qu’il faut mettre fin aujourd’hui. Il faut que s’engage une réflexion publique partagée, citoyenne, sur l’écologie de l’espace urbain à Marseille, à la fois pour que des projets s’élaborent afin de concevoir une nouvelle approche de l’environnement urbain et pour que ceux qui vivent à Marseille habitent vraiment la ville, en participant à l’élaboration de ce projet, ce qui est une façon de se l’approprier, afin que chacun des habitants de la ville en assume pleinement sa part de responsabilité pour que le ville retrouve un espace urbain convenant à la deuxième ville de France. C’est grave aussi parce qu’il est clair que l’absence de projet politique se double d’une terrifiante incompétence. Aux questions soulevées par l’effondrement des immeubles de Noailles, la municipalité ne sait répondre que par des policiers qui empêchent la tenue d’un débat et par le report du Conseil municipal.


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