Ça botte en touches

Idée de sortie
le 20 Déc 2019
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On peut croiser ce pianiste presque quadra dans nombre de lieux où se joue le jazz phocéen. Dans une ville où l’histoire des notes bleues se confond avec la vie de la cité, ses drames et ses joies, Fred Drai saisit les pouls des vibrations urbaines avec un sens du bop sans pareil.

Convier les mannes de Thelonious Monk et de Charlie Parker à Marseille, près de soixante ans après l’éclosion du bebop à New York, c’est loin d’être désuet. C’est au contraire restituer la mélancolie créatrice des fondateurs du jazz moderne, la folle urgence d’une rupture avec les codes musicaux et sociaux établis. C’est que la culture new-yorkaise, il la porte en lui, avouant son goût pour Basquiat : « J’aime bien tout ce qu’il a fait sur le jazz. Chez moi, j’ai pas mal de reproductions de ses tableaux, Max Roach par exemple. Et puis j’aime bien le style, un peu barré. » Certes, Fred Drai a appris ce langage dans la classe de jazz du Conservatoire et d’aucuns déplorent le fait que cet idiome tende à s’institutionnaliser. « Je veux bien, concède-t-il, mais alors on ne fait plus de musique ? »

Conscient de marcher sur les pas de ses prédécesseurs, reconnaissant notamment Henri Florens comme son « mentor et ami », il a bénéficié du sens artistique aiguisé de ce dernier, tant son jeu est d’une évidence spirituelle et dansante qui fait des étincelles.
Il avoue que son expérience africaine a nourri sa pratique musicale : « Je suis parti au Maroc pour enseigner. J’ai rencontré les musiciens de la scène jazz de Casablanca puis je me suis retrouvé à jouer à Marrakech, notamment avec un violoniste, Hicham Taoudit, avec qui on est allé en Afrique du Sud… On a carrément partagé la scène avec Victor Wooten, Cassandra Wilson… Évidemment, je me suis enrichi de ce que j’ai joué là-bas, de ces façons de mettre un temps supplémentaire dans la mesure, de l’esprit des gnawas aussi. » Ce profond respect pour l’autre, il le transpose dans un swing empreint de liberté qui confine à la transe. Il faut le voir, avec son sourire félin (normal, c’est un vrai cat), régalant les publics qu’il embarque dans des tempêtes musicales, donnant à ses compères musiciens un plaisir de jeu collectif sans pareil.

À son retour, il y a trois ans, Fred Drai trouve de profonds changements dans la vie du jazz à Marseille. Il constate notamment le développement d’une scène locale qui se nourrit de jam sessions, en particulier au regretté U.Percut, le club de la rue Sainte. Il se régale, et les publics avec, de l’éclosion des lieux propices à l’expression de son art. Ainsi du Jam : il y fait office de maître de cérémonie pour les bœufs, en faisant l’ouverture à la tête d’un trio avec Max Briard, batteur ô combien redoutable, et Nicolas Koedinger, contrebassiste non moins brillant. On peut l’entendre officier au clavier au Renaissance, pour des sessions en duo. D’aucuns l’auraient même aperçu à Gardanne, au bar du cinéma, infligeant une leçon de jazz aux vieux briscards du collectif La Jam du CourS, à l’occasion d’un jazz-brunch pendant le marché du dimanche matin. Parfois, il se produit à la tête d’un quartette avec le suave Sam Favreau à la contrebasse et Vincent Strazzieri au saxophone, essayant d’amener ce petit monde vers l’univers de ses propres compositions. Car, oui, un album est en vue !

Laurent Dussutour

Pour en (sa)voir plus : www.freddrai.com

Commentaires

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  1. Zumbi Zumbi

    Je ne savais pas que Thelonious Monk et Charlie Parker avaient oublié leurs grands paniers d’osiers à Marseille — à moins que ce fût des rentrées d’argents providentielles ou des nourritures célestes. Leurs mânes doivent en tout cas se réjouir qu’un pianiste local en fasse bon usage.

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