Au-delà de l’irréel

Idée de sortie
Journal Ventilo
1 Fév 2019 0

Première exposition de Magie nouvelle à la Friche, dans le cadre de la Biennale Internationale des Arts du Cirque, Traversée des apparences envoûte les spectateurs dans une déambulation illusionniste et surnaturelle.

Transformation Silencieuse de Louis Debailleul

Ici, pas de chapeau, pas de baguette, le magicien a même disparu pour laisser place à des œuvres, toutes plus fantastiques les unes que les autres. Dans cette exposition curatée par Raphaël Navarro, fondateur du mouvement de la Magie nouvelle, un courant artistique et magique créé en 2002, on découvre des peintures qui changent de couleur, des plantes qui dansent, et même des fantômes qui virevoltent au-dessus de nos têtes ! Ce magicien-commissaire a rassemblé les œuvres d’une douzaine d’artistes et vous jette un sortilège pour un vrai parcours à travers des moments mystérieux, fascinants, et tout aussi inexplicables.

Il est vrai qu’on a souvent l’habitude d’associer le charme des illusionnistes à un spectacle vivant, à une scène, à une distance qui permettrait à la magie d’opérer. Ici, le spectateur est seul acteur de ce qu’il voit. Son corps est presque en lévitation entre les installations, peintures, sculptures ou même des objets volants non identifiés. Personne pour actionner les rouages d’un tour, pas de baguette ou de formule, la Magie nouvelle agit seule, sans abracadabras.

On dit souvent qu’un magicien ne révèle jamais ses tours. C’est le contraire ici, certains dispositifs magiques dévoilent leurs mécanismes, ou nous jouent des tours. L’artiste Nicolas Jargic joue des codes des spectacles de prestidigitation : il propose une porte qui parait donner sur un couloir sans fin alors qu’elle ne débouche nulle part (Sortie), ou un caisson où semble enfermé un lapin qui aurait été happé par le chapeau (Lapin Noir). Les sculptures impossibles de Francis Tabary deviennent des jeux d’optiques et de point de vue dont les secrets apparaissent après une observation minutieuse ou lorsqu’on les regarde dans un miroir.

Dans cette exposition, il y a aussi des moments qui relèvent de l’enchantement pur. Louis Debailleul invite le spectateur à la lente contemplation d’une peinture qui change de couleurs à mesure qu’on la regarde : est-ce notre regard qui la voit différente ou évolue-t-elle vraiment sous nos yeux ? Sans parler de Neptunia, la vraie plante de la compagnie Blizzard Concept qui danse sous nos yeux et dont les mouvements chorégraphiques restent impossibles à concevoir sans l’opération d’une divinité.

La magie passe aussi par le récit, et souvent prend sa source dans des histoires vraies, comme celle de cette fabuleuse Denise, grand-mère de Rémi Lasvènes de la compagnie Sans Gravité. L’artiste raconte qu’elle s’enfermait dans son boudoir, prétextant après chaque repas aller y faire son tricot, mais que jamais personne n’a vu aucun tricot sortir de cette pièce. Quelle surprise à son décès de découvrir que la grand-mère n’était autre qu’une intermédiaire entre deux magiciens scientifiques de son époque et que son boudoir (aujourd’hui reproduit dans l’exposition) était plein d’expériences autour de la lévité (le contraire de la gravité). On pénètre dans une pièce plongée dans l’obscurité, où des objets sont en lévitation, des balles jonglent dans une cheminée, une chaise parait ne tenir que sur un pied. Sacré secret de famille !

L’ébahissement continue dans la Tour Panorama plongée dans l’obscurité où le fantôme d’Étienne Saglio virevolte au-dessus de nos têtes avec légèreté et hante nos pensées plusieurs jours durant. Notre corps même devient fantasmatique dans l’installation de Clément Debailleul et Raphaël Navarro : alors que l’on nous invite à danser face à un miroir sans tain, ce sont d’autres mouvements que l’on voit projetés… Notre empreinte corporelle est comme capturée par ce dispositif qu’il reproduit alors que l’on ne sera plus là.
On n’en croit pas ses yeux ! Et une question résonne quand on sort de l’exposition : mais comment tout cela est-il possible ? On ne saura rien des rouages de ces tours… Il faut laisser la magie faire effet… Et quel effet !

Mathilde Ayoub

Traversée des apparences : jusqu’au 24/02 à la Friche la Belle du Mai (41 rue Jobin, 3e).

Journal Ventilo
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