Art brut

Idée de sortie
le 29 Nov 2019
0

Dans le cadre du festival Photo Marseille, Fabrice Ney sort des archives son travail photographique sur les cités en contrebas du centre urbain du Merlan. Difficile sélection parmi plus de mille clichés qui cartographient les grands ensembles du début des années 80. Un travail documentaire qui n’est pas sans taire la beauté plastique de ce que l’on appelle maintenant le hard french.

À la fin des années 70, Fabrice Ney finalise son mémoire en sciences sociales sur le thème Fos-sur-Mer : Regard sur un quotidien localisé. De ses prises de vues, de sa cartographie qui détaille « la topographie urbaine et domestique de la ville », comme le dira Jordi Ballesta, il tire une méthode proche des fondements de la photographie documentaire édictés par Jenkins, Deal, Nixon et Baltz à New York dans les années 70.

À l’œuvre de 1981 à 1983, il parcourt ce que l’on nomme administrativement la ZUP n°1, soit les cités de la Busserine, Saint Barthélémy et Picon. Patiemment, à la levée du jour, dans ces lieux de vie encore déserts, il photographie inlassablement les portes des immeubles de la Busserine et Saint Barthélémy.

Même cadrage, même focale, la répétition fait partie du process. Il s’ensuit un travail de recoupement, localisation et classement informatique. Où sont regroupées les portes de tel style ? Quelles sont celles qui ont le plus de dommages ? Peut-on prévoir la durée de vie, les usages ? Autant de questions (non exhaustives) que le jeune doctorant à l’EHESS sous-tend lorsqu’il croise les usages de la photographie et de l’informatique. Dans ZUP n°1, il laisse voir également son travail préparatoire, fruit de ses déambulations.

Toujours en plans serrés, il parcourt les cités et s’attache déjà aux détails : graffitis, escaliers, passages. Cette fois, les cadrages diffèrent, et une certaine esthétique surgit : lignes de fuites, combinaisons. La beauté structurelle de l’alignement et du décroché, de l’animation des façades : linge, ombre, lumière. Pas un passant dans ces coursives et passages, et pourtant, des témoignages de vie, d’usage.

En guise d’anecdotes, on notera ce graffiti « Vive l’Iran ? » où le mot « Iran » est barré au profit de « le rock’n’roll », et, déjà, un « La police assassin » à côté d’une Citroën CX garée devant un mur en béton texturé. Immanquablement, il se dégage un aspect sociologique, qui fait d’autant plus sens que quarante ans après, on peut mesurer les effets des diverses politiques de la ville et penser qu’à part les modèles de voitures, pas grand-chose semble avoir évolué.

Damien Boeuf

Fabrice Ney – ZUP n°1 : jusqu’au 14/12 à la Ville Blanche (55 rue Flégier, 1er). Rens. : www.laphotographie-marseille.com/

Commentaires

Vous devez être vous-même abonné pour écrire un commentaire sur un article réservé aux abonnés.

Ajouter un commentaire

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire