À Cabriès, la petite histoire du ruisseau, de l’anguille et du préfet

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Clémentine Vaysse
29 décembre 2016 1

Le préfet a mis en demeure la ville de Cabriès de démolir une canalisation construite sans les autorisations nécessaires à travers le Grand Vallat, un ruisseau qui se jette dans l'Arc. Motif : le seuil créé empêche la migration des anguilles que l’État espère voir remonter un jour jusque là.

Le Grand Vallat, non loin de la station d'épuration de Cabriès.

En Provence, à chacun son vallat, son ruisseau. La petite commune de Cabriès a le sien, le Grand Vallat, qui se jette dans l’Arc, lequel rejoint à son tour l’étang de Berre. Comme Marsactu vous le racontait au printemps, les anguilles remontent la rivière dans le cadre de leur migration. Elles fréquentent l’eau douce pour la nourriture mais se reproduisent en mer. Mais les anguilles européennes, en danger critique d’extinction, butent parfois sur des obstacles et ne peuvent aller plus loin. Si certains sont historiques, de dessertes des champs voisins par exemple, d’autres sont plus récents comme une canalisation qui vient traverser le cours d’eau.

C’est le cas notamment à Cabriès où le préfet a mis en demeure la commune de procéder à la démolition d’une « conduite réalisée en fond de lit ». « Cet ouvrage crée une rupture de la continuité écologique par la création de ce seuil et une modification du profil en long du cours d’eau », précise l’arrêté. En clair : les travaux effectués risquent de faire barrage aux petits thalassotoques. Et l’État ne rigole pas avec le tapis rouge déroulé aux anguilles.

Trois mois pour faire des travaux

Celles-ci font l’objet d’un chapitre particulier dans le schéma d’aménagement et de gestion des eaux dans le bassin versant de l’Arc. C’est sur ce document d’orientation ainsi que sur le code de l’environnement que les services de l’État s’appuient pour sanctionner la municipalité. Rappelant de multiples signalements passés, ils lui donnent un mois pour présenter un « dossier de remise en état du site » et trois pour « enlever l’ouvrage existant ».

Contactée, la mairie de Cabriès reconnaît tout de suite le problème par la voix de son directeur général des services Alain Meggiato. « La commune est mise en demeure au titre de sa compétence en matière d’assainissement collectif car il s’agit du raccordement d’une propriété et parce que c’est elle qui délivre l’autorisation de branchement dans le cadre de son service de l’eau et assainissement. » Selon lui, « c’est le propriétaire de la conduite (le particulier) qui devra assumer le dévoiement de la canalisation. D’après mes services, il a omis de faire l’étude dite loi sur l’eau. »

Libre circulation des anguilles

L’arrêté, pour sa part, n’évoque aucun particulier ni poursuite de la collectivité au titre d’un tiers. « C’est à la commune que s’adresse le premier rapport de manquement administratif et ce sont ses services qui s’étaient engagés dans un échange de mail à implanter la canalisation sous le lit. Et puis il ne s’est rien passé », commente Nicolas Chomard, chef de service à la direction départementale des territoires et de la mer. « C’est un petit dossier pour nous, tient-il toutefois à nuancer. Mais si la déclaration nous avait été faite, nous ne l’aurions pas acceptée en l’état. »

Pour lui, il s’agit d’être « cohérent » avec la politique menée par ailleurs. Comme nous vous le racontions il y a quelques mois, des travaux d’aménagement doivent être faits sur sept seuils en aval de l’Arc afin de permettre aux anguilles de la remonter. Aujourd’hui, la plupart buttent au Moulin du Pont, une double cascade située à l’ouest de Ventabren. Le Grand Vallat, qui nous intéresse cette fois-ci, se jette dans la rivière un peu plus à l’Est en amont, près des Milles. Une fois les seuils aménagés grâce à de savantes plaques permettant aux animaux de monter, les anguilles pourront donc accéder aux affluents de l’Arc. C’est le concept de continuité écologique, une forme de « trame circulatoire » des différentes espèces. Ces travaux sont financés à 80 % par les factures d’eau des usagers. D’où l’intérêt de veiller à éviter l’apparition de nouveaux obstacles.

Clémentine Vaysse (avec Julien Vinzent)

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commentaires

Commentaires

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  1. Regardneutre

    Selon Alain Meggiato, le directeur général des services de la mairie de Cabriès, qui reconnaît le problème , avance que  c’est au propriétaire de la conduite (le particulier) qui devra assumer le dévoiement de la canalisation. D’après ses services, il aurait omis de faire l’étude dite loi sur l’eau. Mais pourquoi la commune a-t-elle délivré une autorisation de branchement sur un dossier incomplet? Les travaux de raccordement étant projetés dans un lit d’un ruisseau. La réponse du responsable technique communal — qui en protection dresse un barrage administratif ,il fait l’anguille — demeure un peu légère. On continue, responsable mais pas coupable, c’est le citoyen qui ne respecte pa la loi qui doit payer…

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