Un rapport ministériel épingle ArcelorMittal, “principal pollueur du département”

Décryptage
Violette Artaud
20 Juil 2018 1

Le ministère de l'écologie a publié il y a quelques mois un rapport gênant pour le sidérurgiste ArcelorMittal. Passé jusqu'alors inaperçu, il désigne l'industriel comme le principal pollueur de la zone et qualifie d'injustifiées les dérogations dont il bénéficie.

Fos-sur-mer.

Fos-sur-mer.

“Oui, bien sûr qu’on est au courant. Mais vous, comment vous l’avez su ?”. L’embarras est de mise chez ArcelorMittal Méditerranée. Passé jusqu’alors inaperçu, c’est un rapport du ministère de la Transition écologique, daté de février 2018, qui met mal à l’aise la responsable du service de communication du sidérurgiste implanté à Fos. Le titre du document, “la qualité de l’air dans le secteur de l’étang de Berre”, laisse entrevoir la raison de cette gêne. La lecture de ses quelques 75 pages, mises au jour ce mercredi sur le site spécialisé Actu-environnement, la confirme : le personnage principal de l’histoire s’appelle bien ArcelorMittal.

“Cette installation est le principal émetteur de polluants dans l’atmosphère dans le département des Bouches-du-Rhône”, écrit le Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD), une instance de conseil du ministère. La rédaction de ce rapport a démarré sous l’ancien gouvernement, à la demande de l’ex-ministre de l’écologie Ségolène Royal. Après la publication des résultats de l’étude Epseal (lire notre article) selon lesquels les habitants de Fos et Port-Saint-Louis présenteraient une prévalence plus forte de certaines maladies dont le cancer, cette dernière avait en effet décidé en avril 2017 de lancer une mission sur les émissions et les pollutions atmosphériques dans l’ouest du département.

80 % des particules fines, 95 % des PCDD et furanes

46 % du dioxyde d’azote, 27 % du dioxyde de souffre, 80 % des particules fines, 95 % des PCDD (des dioxines) et furanes, 19 % hydrocarbures aromatiques polycycliques ou encore 27 % du très cancérigène benzène. Voilà pour ce qui est de la part des émissions d’ArcelorMittal dans la zone ouest du département. “C’est aussi, pour le moment, la seule installation à bénéficier ou avoir bénéficié de dérogations à la directive IED [directive européenne relative aux émissions industrielles. Ndlr], poursuit le CGEDD qui n’hésite pas à préciser que ces dérogations ne sont pas “justifiées”. Difficile de faire plus clair.

“On peut juger que ces dérogations sont injustifiées, mais elles sont prévues par le code de l’environnement, tente-t-on d’argumenter au service com’ du sidérurgiste. Il ne faut pas laisser croire que nous faisons du lobbying industriel pour demander des choses complètement improvisées.” La directive européenne IED a pour objectif une réduction intégrée de la pollution industrielle et agricole et est notamment basée sur le principe dit des “meilleures techniques disponibles”. Elle prévoit effectivement des dérogations “lorsque la hausse des coûts induits par le respect d’une valeur limite d’émission serait disproportionnée au regard des bénéfices pour l’environnement”.

Dérogations pérennes “injustifiées”

Ce qui n’empêche pas l’État de considérer que certains industriels abusent de ces dérogations. “S’il peut être légitime d’accorder des délais de mise en conformité lorsque celle-ci nécessite des investissements complexes ou coûteux, le maintien de dérogations pérennes à la directive IED ne semble pas justifié”, indique le rapport avant de citer ArcelorMittal.

D’autres industriels, dont le pôle pétrochimique de Berre, l’usine Naphtachimie de Martigues et les usines Kem One de Lavéra et Fos sont mentionnés dans le document comme d’importants pollueurs à surveiller. Mais Arcelor est le seul parmi eux à avoir été enjoint début 2017 par la Dreal [direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du territoire. Ndlr] à “modifier ses conditions d’exploitation”.

“Sur le site de Fos-sur-Mer, des investissements de plus de 100 millions d’euros ont été réalisés sur la période 2012-2017, dans le but de renforcer la protection de l’environnement. En 2018, cette dynamique se poursuit avec la mise en service d’un système de recirculation des fumées, pour un montant de près de 14 millions d’euros”, répond partiellement le service presse quand l’interroge sur les actions qui ont suivi les recommandations de la Dreal, refusant de répondre plus en détails à des questions jugées “techniques”.

“Porter une attention particulière à ArcelorMittal”

Les conditions d’exploitations d’ArcelorMittal sont en partie régies par un arrêté préfectoral datant du 23 mai 2017. Lequel s’appuie donc sur la directive européenne citée plus haut, bien qu’agrémentée de dérogations. Au début de l’année en cours, cet arrêté a été complété de prescriptions. Celles-ci portent notamment sur le contrôle des émissions de benzène, particule fortement cancérigène. “Nous effectuons déjà des mesures mensuelles sur les deux cheminées de la cokerie pour le benzène, nous sommes donc au-delà de l’arrêté”, indique-t-on encore chez Arcelor.

Mais si l’État demande de contrôler plus, c’est parce qu’il se base sur des “dépassements réguliers des valeurs limites”, des “travaux de réfection ayant contribué à une augmentation de ces émissions” et en qu’il considère “l’impact sanitaire potentiel des émissions supplémentaires de benzène”, peut-on lire dans l’arrêtéBref, la pression monte dans les fourneaux du sidérurgiste et l’étau des contrôles se resserre. “Il convient en outre de continuer à porter une attention particulière à la réduction des émissions des plus gros émetteurs, comme l’usine d’ArcelorMittal”, peut-on ainsi lire dans le rapport ministériel. Et si l’industriel, tout comme une grande partie de ses voisins du bassin de Fos, a réussi à réduire fortement ses émissions polluantes ces dernières années, celles-ci sont loin de se faire oublier.

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