Trois immeubles menacent ruine et ferment une station de métro jusqu’à nouvel ordre

Reportage
le 21 Juin 2019
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La Ville de Marseille a pris un nouvel arrêté prescrivant un périmètre de sécurité autour de trois immeubles de la place Jules-Guesde. Il entraîne l'évacuation de 42 personnes et la fermeture de la station de métro du même nom. Pour l'heure, l'étendue des désordres et le destin des immeubles restent inconnus.

Le périmètre de sécurité place Jules-Guesde. (Image Emilio Guzman)

Le périmètre de sécurité place Jules-Guesde. (Image Emilio Guzman)

La place Jules-Guesde vibre de son activité habituelle, ce jeudi matin. Les turfistes cochent les cases autour du kiosque central. Quelques chibanis cherchent l’ombre ou patientent le nez au vent. De temps à autre, un passant se prend dans le fil de rubalise qui dessine un triangle dans un coin de la place. Depuis mercredi matin, des grilles empêchent l’accès à la station de métro jusqu’à nouvel ordre. Les trois immeubles du fond de place qui surplombent la bouche du métro forment les trois dernières dents debout d’un îlot, éventré de part en part. Ils menacent de tomber.

Une camionnette franchit la rubalise pour se rapprocher des 4, 6 et 8, rue de la Butte, vestige d’une ancienne voie, antérieure à la place. Trois hommes en sortent. « Nous, on doit mettre des moellons pour condamner les portes d’entrée, pour le reste, nous n’avons pas de commentaire », lâche celui qui semble être le patron. Rapidement, un ouvrier s’affaire pour monter les blocs et condamner l’accès. Une démarche qui laisse croire à un chantier installé dans la durée.

Avis d’expert attendu

Pour l’heure, l’incertitude demeure. Un expert du tribunal administratif a été saisi par la Ville pour déterminer si la situation nécessite un arrêté de péril grave et imminent et quels type de travaux sont nécessaires. Il est attendu pour lundi au plus tard. Le signalement part du n°6, dernier immeuble en copropriété. « Le propriétaire du local commercial a souhaité faire des travaux, explique Guillaume Kolf, directeur de la rénovation urbaine à Euroméditerranée. Il s’est inquiété de l’état des soubassements de l’immeuble. Il a saisi un architecte qui a saisi à son tour la direction de la gestion et de la prévention des risques ». D’après nos informations, le mur de soutènement présenterait une courbe inquiétante. Lesdits immeubles étant eux-mêmes placés sur un sol argileux. Dans ces conditions l’arrêté de péril imminent paraît certain.

Le 7 juin dernier, un arrêté a prescrit l’évacuation des habitants du 6, rue de la Butte en raison d’une « structure de bâtiment endommagée ». Seize personnes ont été évacuées à ce moment-là et « logées dans des hôtels », indique-t-on à la Ville.

La station de métro est fermée jusqu’à nouvel ordre. (Image Emilio Guzman)

26 personnes évacuées ce mercredi

Mercredi en fin de journée, la Ville a publié un communiqué laconique annonçant qu’un arrêté de police générale avait été signé ce jour. C’est lui qui détermine le périmètre de sécurité qui englobe une partie de la rue de la Joliette jusqu’au boulevard des Dames. 26 personnes dont les fenêtres donnent sur la place Jules-Guesde ont été évacuées à leur tour.

« Il était question que nous fermions aussi, indique Abderahmane Ghoul, imam et gérant de l’agence Falhi Voyages, située à l’angle du boulevard des Dames. Mais le service de prévention des risques est passé et nous avons trouvé un compromis en fermant les volets qui donnent sur la rue. Fermer n’aurait pas été possible. Nous sommes en pleine période de pèlerinage à la Mecque. Pour nous, c’est la haute saison ». Effectivement, le directeur du service, Christophe Suanez sort des lieux. Il se refuse à tout commentaire sur la suite de l’opération.

Un peu plus loin, rue de la Joliette, Mouloud fulmine. Ce prénom fictif, ce commerçant le jette comme un signe du mépris dont il se sent victime. « Et moi, je suis Fatma », rigole une cliente. Mouloud donc, a aligné ses étals le long de la grille qui barre la rue. « Je vide mon stock en attendant de savoir quand je pourrais rouvrir ». Il y a des pommes, des pêches à même la rue, contre son camion dans un magasin improvisé. D’informations, il n’en a pas. Lui et son voisin font partie des évacués par sécurité de l’arrêté de police générale. Pourtant, Mouloud l’assure l’immeuble qui lui fait face, au 4, rue de la Butte, ne menace pas de s’effondrer. « Il est solide… »

« Pour le 8, je suis inquiète »

Une position que l’on confirme chez le bailleur Logirem, propriétaire de deux des quatre immeubles de la rue édentée. « Pour le 8, je suis plus inquiète », indique Nathalie Dutheil, directrice adjointe du bailleur social, en charge du patrimoine. Comme beaucoup d’immeubles anciens des XVIII et XIXe siècles, ils ont en commun leurs murs porteurs et s’appuient les uns sur les autres.

Dans le cadre du projet de rénovation urbaine, pilotée par Euroméditerranée, Logirem doit y livrer le « Faubourg des Fiacres », un programme de logements sociaux et d’accession à la propriété qui mélangent l’ancien rénové et les programmes neufs. Le centre de l’îlot, aujourd’hui éventré, doit devenir un espace arboré entouré de 53 logements réhabilités et 73 neufs.

Lourde réhabilitation prévue

L’îlot doit fait l’objet d’un lourde réhabilitation par Logirem (Image Emilio Guzman)

« Nous savions que ces immeubles nécessitaient une lourde réhabilitation et présentaient donc des problèmes de structure, explique la directrice adjointe. Cela aurait été plus simple pour nous de ne faire que du neuf mais les copropriétaires du 6 n’ont pas souhaité vendre. Nous savons nous adapter à toutes les situations ». En l’occurrence, le bâtiment jaune à la façade pimpante est restée une copropriété. Visé par plusieurs arrêtés de péril depuis 1998, il a fait l’objet de travaux prescrits par la Ville nous indique son syndic, Cogefim Fouque, qui se refuse à faire plus de commentaire sur l’avenir de ces trois immeubles.

« Le chantier de la réhabilitation de l’îlot devait démarrer à l’automne », constate Guillaume Kolf, d’Euroméditerranée. Il passera après une mise en sécurité de l’îlot qui se traduira par des travaux lourds de soutènement ou une démolition, comme le quartier en a déjà beaucoup connues. C’est de cette issue prochaine que dépendra la réouverture de la station Jules-Guesde. En discussion avec la RTM, Euroméditerranée entendait profiter de la mise aux normes de la station pour la déplacer plus au centre de la place. L’habitat dégradé l’a rattrapée. Une passante fulmine en découvrant les barrières qui barre sa route et lâche : « y a qu’à Marseille qu’on voit ça… ».

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