Tensions autour de l’accompagnement low cost des mineurs étrangers isolés
Plusieurs salariés de l’AAJT, association qui accompagne une centaine de mineurs isolés à Marseille, dénoncent des conditions de travail dégradées, dictées par des impératifs économiques propres à ce secteur. Une prise en charge « au rabais » de ces adolescents étrangers dont se défend la direction.
Jeunes hommes sur l'esplanade de la gare Saint-Charles, point de ralliement des réfugiés. Photo : Nina Hubinet.
La gare Saint-Charles ne leur rappelle pas vraiment des bons souvenirs : c’est le point de départ de leurs mois de galère à Marseille, avant d’être officiellement reconnus comme mineurs et d'obtenir une précieuse place en foyer. C’est là où, pour certains, ils ont passé plusieurs nuits, souvent dans la hantise de se faire voler ou maltraiter. Mais ces adolescents venus seuls de Conakry, Kaboul, Abidjan ou Oran, que l’on désigne comme "mineurs isolés étrangers" ont accepté de revenir à la gare pour parler du lieu où ils vivent, une Maison d’enfants à caractère social (Mecs), située rue Palestro, à quelque pas des voies ferrées.
Interrogé sur ses relations avec les éducateurs de la Mecs, l'un d'eux raconte : "Il y avait une éducatrice en qui j’avais confiance, je m’étais confié à elle… Mais elle est partie. Il y a tout le temps une nouvelle personne qui frappe à la porte de ma chambre pour se présenter parce qu’elle vient d’arriver à l’AAJT. À chaque fois il faut reprendre tout du début, c’est un peu fatiguant", soupire-t-il, assis sur les marches du grand escalier.
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Ce qu'ils disent à demi-mot révèle en creux de fortes tensions dans la structure qui les accueille, l'AAJT, pour association d'aide aux jeunes travailleurs. Des tensions dénoncées par d'anciens salariés qui y voient le signe d'une prise en charge "au rabais" des mineurs étrangers isolés dont le nombre a explosé en quelques années.
Des jeunes travailleurs aux mineurs étrangers
Créée en 1954, l’association gérait à l’origine des foyers de jeunes travailleurs, et a ouvert sa première Mecs en 1986. Elle y accueillait des enfants français et étrangers placés par l’aide sociale à l’enfance. Mais, depuis une dizaine d’années, les Français n’y représentaient plus que 20% des effectifs, et à partir de 2018, comme beaucoup d’associations similaires à Marseille, l’Escale Saint-Charles s’est "spécialisée" sur les mineurs étrangers.
Le nombre de jeunes pris en charge a par ailleurs presque quadruplé ces deux dernières années, passant de 30 à 114 adolescents : 50 au sein d’un pôle "collectif", qui prennent leur repas dans un réfectoire et sont logés dans les chambres simples ou doubles d’un même bâtiment, et 64 autres, plus autonomes, pour certains déjà majeurs, répartis dans des colocations ou studios . . .
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